Le président français assiste aux vœux de Rosh HaShana – une première
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Le président français assiste aux vœux de Rosh HaShana – une première

Des responsables de la communauté ont fait part de leur inquiétude d'une hausse du nombre d'actes antisémites et "refusent que la paternité soit attribuée à des déséquilibrés"

De gauche à droite : Le président du consistoire de Paris Joel Mergui, l'ancien président français Nicolas Sarkozy, 
le président Emmanuel Macron, le grand-rabbin de France Haim Korsia, et le président du Sénat Gerard Larcher à la Grande Synagogue de Paris, à l'occasion d'une cérémonie pour Rosh Hashana, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP / POOL / YOAN VALAT)
De gauche à droite : Le président du consistoire de Paris Joel Mergui, l'ancien président français Nicolas Sarkozy, le président Emmanuel Macron, le grand-rabbin de France Haim Korsia, et le président du Sénat Gerard Larcher à la Grande Synagogue de Paris, à l'occasion d'une cérémonie pour Rosh Hashana, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP / POOL / YOAN VALAT)

Emmanuel Macron a assisté mardi soir à la Grande Synagogue de Paris à une présentation des vœux à la communauté juive pour les fêtes du Nouvel an juif, Rosh HaShana, qui débutent dimanche soir, en présence des responsables de la communauté, qui ont fait part de leur inquiétude d’une hausse de l’antisémitisme.

A cette occasion, le président s’est abstenu de toute prise de parole, et ce, pour des questions de laïcité, selon le grand rabbin de France Haim Korsia.

Arrivé vers 20h à la synagogue de la rue de la Victoire (IXème arrondissement), il a été accueilli par Korsia, le président du consistoire, Joël Mergui, et le grand rabbin de Paris, Michel Gugenheim, en présence de plus d’un millier de personnes qui lui ont réservé un accueil très chaleureux.

C’est la première fois qu’un président de la République assiste à cette cérémonie, précise l’Élysée, qui rappelle que, l’an dernier, Emmanuel Macron s’était rendu à la célébration des 500 ans du protestantisme et avait participé au dîner de rupture du jeûne du ramadan, organisé par le Conseil français du culte musulman.

« Nos rabbins (…) constatent la recrudescence des actes antisémites, dont ils refusent que la paternité soit attribuée à des déséquilibrés », a souligné M. Mergui, déplorant aussi « les dangers et les ravages de la parole anti-juive » sur les réseaux sociaux.

« Les faits redoublent », a abondé M. Korsia, sans donner de chiffres précis. On sait que le nombre global d’actes antisémites a baissé en 2017, mais que parmi eux, le nombre des actes violents à caractère antisémite a lui augmenté avec des crimes qui ont durablement marqué la communauté juive, comme les meurtres de Mireille Knoll le 23 mars 2018, et début avril 2017 de Sarah Halimi.

Une tribune d’intellectuels parue dans Le Parisien en avril dernier a créé un certain remous dans l’opinion. Elle dénonçait avec virulence les méfaits du « nouvel antisémitisme » et de « l’épuration ethnique à bas bruit », faite de menaces reçues par la poste, de tags anti-juifs et d’injures dont sont victimes les Juifs qui habitent certains quartiers sensibles.

Ils décrivent une situation où les enfants juifs ont déserté les écoles publiques pour des établissements privés, et des familles juives qui choisissent « l’alyah interne », la migration à l’intérieur des villes, vers des voisinages moins problématiques.

Le même jour que la cérémonie à la Victoire, l’université de Grenoble découvrait des tags sur les murs d’un de ses bâtiments. Des inscriptions condamnées de toutes parts comme étant antisémites.

« Les graffitis antisémites ciblant Patrick Lévy sont inacceptables. Je les condamne avec la plus grande fermeté, tout comme les autres dégradations intervenues cette nuit. L’antisémitisme n’a pas sa place à l’université #ne rien laisser passer », avait tweeté la ministre de l’Éducation Frédérique Vidal.

Cette dizaine de tags, parmi lesquels ceux visant M. Lévy, ont été inscrits sur les murs du campus universitaire vraisemblablement dans la nuit de dimanche à lundi. L’un d’entre eux mentionne « La rentrée, ça gaze(ra) ? ». Ils ont été effacés dans la journée de lundi.

Emmanuel Macron et Haim Korsia à la Grande Synagogue de Paris, à l’occasion d’une cérémonie pour Rosh Hashana, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP / POOL / YOAN VALAT)

M. Mergui a par ailleurs dit vouloir refuser d’être « les victimes collatérales d’une laïcité de repli qui croit lutter contre l’islamisme ».

Dans la ligne de mire du président du Consistoire, la demande que « l’abattage rituel, la circoncision, les fêtes religieuses » ne soient « plus perçues comme des concessions en marge du droit (…) mais (soient) des libertés évidentes ».

Il a mis en garde : « Après avoir été longtemps le pays d’Europe de la plus grande immigration juive, la France est devenue aujourd’hui le pays de la plus grande émigration juive du monde ».

2015 a été une année historique d’immigration des Juifs français vers Israël. Avec près de 8 000 départs pour la « terre promise », l’alyah de France avait enregistré son plus grand nombre de départ depuis la création de l’Etat d’Israël.

En 2016, le nombre est retombé à 5 000, en 2017 à 3 500 environ. Mais ce chiffre correspond en réalité peu ou prou aux nombres de départs de 2013 (3 400), tandis qu’en 2012 on enregistrait 1 920 départs.

Soulignant leur attachement à la laïcité en France, les deux responsables ont aussi fait part de leurs inquiétudes à l’égard de la montée des populismes « et la montée des racismes en Europe ».

M. Mergui a invité le chef de l’Etat à « accompagner » les « projets » de la communauté juive, notamment en apportant un soutien au futur Centre européen du judaïsme censé ouvrir courant 2019 à l’ouest de Paris.

Le projet comprend une synagogue de 600 places, dont 200 pour les femmes en mezzanine, qui sera encadrée par deux bâtiments de cinq et sept étages : des bureaux et surtout un pôle culturel de 2 500 m² comprenant des salles de spectacle et d’exposition

Le président du consistoire de Paris Joel Mergui salue Emmanuel Macron à son arrivée à la Grande Synagogue de Paris, à l’occasion d’une cérémonie pour Rosh Hashana, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP / POOL / YOAN VALAT)

Le président, qui a pris plusieurs bains de foule avant et après les discours, a reçu plusieurs pots de miel, synonyme de douceurs sucrées pour la nouvelle année.

Selon Joël Mergui, le Président de la République devrait se rendre « prochainement » en Israël. A plusieurs reprises déjà, Emmanuel Macron a reporté une visite en Israël et au Moyen Orient, annoncée une première fois, il y a un an, lors de sa première conférence des ambassadeurs.

Depuis, le patron du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian, avait à son tour cru savoir que le président se rendrait en Israël en novembre 2018, avant que le service de presse de l’Elysée ne démente cette information quelques temps plus tard.

Contacté par le Times of Israel, l’Elysée désamorçait alors : « Il n’y a pas eu d’annulation, ni de report, car aucune date n’avait été fixée à l’agenda ». L’annonce d’une visite à l’automne, émise par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian en mars dernier ? Il s’agissait selon l’Elysée d’une date de principe, et de préciser : « La visite aura bien lieu, mais il n’y a pas de date arrêtée actuellement ».

La communauté juive française, qui compte environ 500 000 personnes, est la plus importante d’Europe.

Des membres de la communauté juive française réunis à la Grande Synagogue de Paris, à l’occasion d’une cérémonie pour Rosh HaShana, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP / POOL / YOAN VALAT)

Parmi les invités figuraient plusieurs ministres du gouvernement dont Gérard Collomb (Intérieur), mais aussi l’ex-président Nicolas Sarkozy, la maire de Paris, Anne Hidalgo, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, des députés et quelques personnalités comme Marek Halter ou Francis Huster.

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