Le président polonais promet d’examiner la loi sur la Shoah
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Le président polonais promet d’examiner la loi sur la Shoah

Des passages d'une loi polonaise concernant la Shoah et la définition des camps de la mort nazis a suscité l'ire d'Israël

Andrzej Duda, président de la Pologne (Crédit : Wikimedia Commons CC BY 3.0)
Andrzej Duda, président de la Pologne (Crédit : Wikimedia Commons CC BY 3.0)

Le président polonais Andrzej Duda a promis ce dimanche d’examiner des passages d’une loi concernant la Shoah et la définition des camps de la mort nazis, dont le texte a suscité l’ire d’Israël.

Son évaluation sera présentée « après la conclusion du travail parlementaire et une analyse soigneuse de la forme finale de cet acte », selon un communiqué de la présidence.

Vendredi, la chambre basse du Parlement polonais a adopté une législation prévoyant des peines de prison pour l’utilisation de phrases comme « les camps polonais de la mort » pour se référer aux sites d’extermination qu’avaient fait fonctionner l’Allemagne nazie dans la Pologne occupée au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le projet de loi doit encore recevoir l’approbation du sénat et du président polonais. Il marque toutefois une initiative spectaculaire du gouvernement nationaliste actuel du pays qui tente de prendre pour cible tous ceux qui tentent de saper sa position officielle, à savoir que tous les Polonais se sont comportés de manière héroïque pendant la guerre contrairement aux collaborateurs nazis qui ont commis des crimes atroces.

Le centre du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem a estimé que « tandis que le terme ‘camps de la mort polonais’ est une déformation de l’Histoire ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réitéré dimanche ses critiques à l’égard de cette loi, déclarant : « Nous ne tolérerons pas qu’on déforme la vérité et réécrive l’histoire ou qu’on nie l’Holocauste ».

Le ministre israélien des Affaires étrangères a convoqué dimanche un haut diplomate polonais pour lui demander une « clarification ».

« L’opposition d’Israël à la formulation du projet de loi lui a été exprimée », a déclaré le ministère. « Le moment choisi pour la présentation du projet de loi – la veille du jour du Souvenir de l’Holocauste – a été particulièrement surprenant et regrettable ».

La loi, votée vendredi par le Parlement polonais dominé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS), doit être adoptée par le Sénat puis promulguée par le chef de l’Etat.

Le texte comprend un article qui prévoit des poursuites, allant aussi jusqu’à trois ans de prison, contre toute personne qui « attribue à la nation ou à l’Etat polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le 3e Reich allemand – ou tout autre crime contre l’humanité […] ou crime de guerre ».

Anna Azari, ambassadrice d’Israël à Varsovie, a déclaré à l’agence polonaise PAP que cet article pourrait ouvrir la porte à des poursuites contre les survivants de l’Holocauste qui témoigneraient de la participation de Polonais à des crimes de guerre.

Sur ce point, M. Duda a assuré que « toute personne dont les souvenirs personnels ou la recherche historique exprime la vérité sur des crimes ou des comportements honteux survenus dans le passé avec la participation de Polonais, a pleinement le droit à cette vérité ».

Selon l’ambassadrice, le gouvernement israélien « rejette » la loi, mais en même temps « comprend » qui a construit les camps de la mort et que « ce n’étaient pas les Polonais ».

Mme Azari doit rencontrer lundi un proche collaborateur du président polonais.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avait souligné sur Twitter que « Auschwitz-Birkenau n’est pas un nom polonais, et Arbeit Macht Frei n’est pas une expression polonaise », en référence à l’expression inscrite sur le portail d’entrée du camp nazi : « le travail rend libre » en allemand.

Pour Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, « il ne fait aucun doute que le terme « camps de la mort polonais » constitue une interprétation erronée de l’histoire ». En revanche, l’institution estime que « cette loi est susceptible de brouiller la vérité historique concernant l’assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise durant l’Holocauste ».

Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la Seconde guerre mondiale.

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