Netanyahu : La loi polonaise est « non fondée » et la Shoah « ne peut être niée »
Rechercher

Netanyahu : La loi polonaise est « non fondée » et la Shoah « ne peut être niée »

L'envoyé israélien en Pologne a exprimé l'opposition d'Israël à une loi prévoyant une peine d'emprisonnement pour l'usage de phrases comme "camps de la mort polonais"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 21 janvier 2018 (Alex Kolomoisky / POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige une réunion du cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 21 janvier 2018 (Alex Kolomoisky / POOL)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réclamé samedi une réunion urgente entre les diplomates israéliens en Pologne et le Premier ministre Mateusz Morawiecki pour exprimer sa « forte opposition » à un projet de loi adopté vendredi par la chambre basse du Parlement polonais qui rendrait illégale l’incrimination de la population polonaise dans les crimes de la Shoah perpétrés sur le sol polonais.

Dans un post en hébreu paru dans les médias sociaux samedi dans la soirée, Netanyahu a qualifié cette législation polonaise de « non fondée » et a indiqué que « l’histoire ne peut être réécrite ».

« La Shoah ne peut être niée », a écrit Netanyahu, ajoutant qu’il a donné pour instruction à l’ambassade israélienne en Pologne de « rencontrer ce soir le Premier ministre polonais pour relayer ma position ferme contre ce projet de loi ».

Le vice-ambassadeur polonais en Israël a été convoqué par le ministère israélien des Affaires étrangères pour un entretien dimanche, a fait savoir le ministère. L’ambassadeur polonais ne se trouve pas dans le pays actuellement.

Le nouveau projet de loi prévoit des sanctions judiciaires pour les individus ou les organisations qui calomnieraient la « nation polonaise » en assignant une responsabilité aux Polonais pour les crimes commis sur leur sol.

L’utilisation des phrases comme « camps de la mort polonais » pour se référer aux sites d’extermination que l’Allemagne nazie avait installés dans la Pologne occupée pendant la guerre ferait encourir trois ans de prison ou une amende aux individus ou aux organisations, selon le projet de loi. Ce dernier a voulu partiellement répondre à des cas, ces dernières années, où les médias étrangers ont utilisé l’expression « camps de la mort polonais » pour qualifier Auschwitz et d’autres camps dirigés par les nazis.

Le projet de législation rend également illégal le fait de « réduire délibérément la responsabilité des ‘vrais coupables’ de ces crimes », en référence au meurtre d’environ 100 000 Polonais par des unités de l’armée des insurgés ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale.

Le porte-parole du ministère Emmanuel Nahshon a pour sa part ajouté qu’un rappel de l’ambassadeur israélien en Pologne était possible pour des consultations.

Enfin, le président israélien Reuven Rivlin, notant que très exactement 73 ans se sont passés depuis la libération du camp d’Auschwitz sur le sol polonais, a cité les mots prononcés par un ancien président polonais sur la manière dont l’histoire ne pouvait être faussée, ni la vérité dissimulée.

« Le peuple juif, l’Etat d’Israël et le monde entier doivent garantir que la Shoah est reconnue pour ses horreurs et ses atrocités, a dit Rivlin. « Et également parmi la population polonaise, il y a ceux qui ont aidé les nazis dans leurs crimes ».

« Chaque crime, chaque délit doivent être condamnés. Ils doivent être examinés et révélés », a-t-il ajouté.

Les Polonais d’aujourd’hui ont été élevés dans un contexte de récits historiques consacrés aux souffrances et à l’héroïsme de leur population pendant la guerre. Un grand nombre d’entre eux réagissent viscéralement lorsqu’ils sont confrontés aux spécialistes qui, de plus en plus, évoquent l’implication des Polonais pendant la guerre.

Pendant des décennies, la société polonaise a évité de débattre du meurtre des Juifs par des civils ou nié que l’antisémitisme motivait les massacres, attribuant leur entière responsabilité aux Allemands.

Un tournant avait été en l’an 2000 la publication d’un livre, « Voisins », écrit par le sociologue américano-polonais Jan Tomasz Gross, qui explorait les assassinats des Juifs par leurs voisins polonais dans le village de Jedwabne. Le livre avait entraîné un vaste travail d’introspection et des excuses officielles de l’Etat.

Mais depuis que le parti du Droit et de la justice conservateur et nationaliste a consolidé son pouvoir en 2015, il a cherché à éliminer les discussions et les recherches à ce sujet. Il a diabolisé Gross et enquêté pour savoir s’il avait calomnié la Pologne en affirmant que les Polonais avaient tué plus de Juifs qu’ils n’avaient tué d’Allemands pendant la guerre.

Les chercheurs qui se consacrent à l’Holocauste ont collecté d’importantes preuves attestant du meurtre par des villageois polonais de Juifs qui fuyaient les nazis. Selon un spécialiste du centre du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem, sur les 160 000 à 250 000 Juifs qui se sont échappés et ont tenté de trouver de l’aide auprès de leurs concitoyens Polonais, seuls 10 % à 20 % ont survécu. Le reste a été rejeté, trahi ou tué par des Polonais, selon le spécialiste de l’université de Tel Aviv Havi Dreifuss.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...