Le procès de Mehdi Nemmouche réveille la douleur de la communauté juive
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Le procès de Mehdi Nemmouche réveille la douleur de la communauté juive

Le procès du quadruple assassinat en 2014 ravive les blessures de la petite communauté juive belge, déjà meurtrie par de précédentes attaques en 1980 et 1982

Le musée juif de Bruxelles - lundi 2 juin 2014 (Crédit : Surya Jonckheere/Times of Israel)
Le musée juif de Bruxelles - lundi 2 juin 2014 (Crédit : Surya Jonckheere/Times of Israel)

Le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles ravive de douloureux souvenirs au sein de la communauté juive de Belgique, choquée par la stratégie de défense « complotiste » adoptée par les avocats du tireur présumé, le jihadiste français Mehdi Nemmouche.

« C’est un moment difficile parce qu’on revit cette période, on revit l’attaque. En même temps c’est essentiel de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé », confie Pascale Falek-Alhadeff, directrice du musée.

Ouvert début janvier pour près de deux mois, le procès du quadruple assassinat commis au musée en 2014 ravive les blessures de la petite communauté juive belge (30 à 40 000 personnes), déjà meurtrie par de précédentes attaques. Notamment une attaque contre un bus d’enfants qui avait fait un mort et une quinzaine de blessés en 1980, et celle à l’entrée de la Grande synagogue de Bruxelles en 1982 (quatre blessés dont deux graves), des drames qui reviennent dans les mémoires en ce début d’année.

« L’attentat (du Musée juif) a sans doute marqué un tournant de par sa violence. (…) Là on est vraiment dans une attaque extrêmement brutale, quatre victimes en plein jour », relève Mme Falek.

Et puis, il y a la stratégie des avocats de Mehdi Nemmouche, accusé d’avoir tué de sang-froid, en moins d’une minute et demi, Emmanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier, une bénévole française et Alexandre Stens, un jeune employé belge du musée le 24 mai 2014.

Pour disculper leur client, les avocats ont avancé la thèse d’une « exécution ciblée d’agents du Mossad » en désignant le couple d’Israéliens, Miriam et Emmanuel Riva.

« Ça excède le mensonge

Croquis de Mehdi Nemmouche, jugé à Bruxelles pour la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le 10 janvier 2019. (Crédit : Benoit Peyrucq/AFP)

« Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est dégoûtant », dit Dominique Goldberg, chroniqueuse sur Radio Judaica.

Elle dénonce « un mauvais scénario » élaboré sur le dos des victimes : « on en fait des personnages troubles, qui sont soupçonnables de tous les fantasmes antisémites ».

Jeudi, des proches du couple Riva auront l’occasion de répliquer en témoignant pour la première fois devant la cour d’assises.

Cette défense jugée « complotiste » par les parties civiles, « je trouve que ça excède le mensonge », fustige pour sa part Regina Sluszny, 80 ans, qui a échappé enfant à la Shoah en étant recueillie pendant la Seconde Guerre mondiale par une famille non juive.

« Ça excite tout le monde, même si ce n’est pas la vérité, une fois que c’est sorti, les gens écoutent (…) C’est tellement ridicule, mais il y a des gens qui vont le croire », ajoute celle qui se décrit comme une « survivante » et va raconter son histoire dans les écoles.

Le 22 janvier, symboliquement, la commissaire européenne à la Justice Vera Jourova a présenté depuis le Musée juif une étude sur l’antisémitisme en Europe. Et la première question du public a porté sur la défense de Nemmouche. « Les théories du complot sont une expression de l’antisémitisme », a dit la commissaire.

Devant le musée, des soldats montent la garde, la sécurité a été renforcée, comme pour plusieurs institutions juives. Une piqûre de rappel régulière pour Regina Sluszny.

« Lieu d’ouverture et de dialogue

« Je n’ai jamais eu de problèmes jusqu’à aujourd’hui. Je ne vis pas différemment. Mais les soldats qui se trouvent devant la porte (…), chaque fois ça me choque énormément », dit-elle.

« Depuis des années nous savons qu’un risque d’attentat existe, d’ailleurs ce n’est pas le premier attentat qui a lieu en Belgique », souligne Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique. « On sait que ça peut arriver à n’importe quel moment, il faut être extrêmement prudent », ajoute-t-il.

Interrogé sur les départs en Israël (alyah), il concède qu’il y en a eu « peut-être un tout petit peu plus » dans la communauté après l’attentat de 2014, « mais ça s’est stabilisé ».

« Il y a des gens qui partent, notamment des jeunes parce qu’ils ont parfois, comme tous les jeunes de toutes les communautés, des opportunités professionnelles en Extrême-Orient, au Canada, aux Etats-Unis. Ils sont loin de tous partir pour Israël », explique-t-il.

Au Musée juif, Mme Falek-Alhadeff poursuit le travail engagé depuis quatre ans avec « une série d’organisations, juives et non-juives, dont de nombreuses associations liées aux communautés belgo-marocaines, mais aussi des associations de terrains et publics fragilisés ». Elle assure que « les visites scolaires ont significativement augmenté ».

« Ça nous renforce dans la volonté de poursuivre nos missions, patrimoniales, culturelles et éducatives, en hommage aux quatre victimes. Nous sommes plus que jamais un lieu d’ouverture et de dialogue », souligne la directrice.

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