Le prochain grand « film juif » vient d’être réalisé par une cinéaste de 24 ans
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Le prochain grand « film juif » vient d’être réalisé par une cinéaste de 24 ans

Danielle essaie avec humour de trouver sa voie tout en évitant de créer un conflit avec sa communauté dans « Shiva Baby » de la néophyte Emma Seligman

  • Rachel Sennott interprète Danielle dans “Shiva Baby” de la cinéaste Emma Seligman. (Autorisation)
    Rachel Sennott interprète Danielle dans “Shiva Baby” de la cinéaste Emma Seligman. (Autorisation)
  • Rachel Sennott et Danny Deferarri dans “Shiva Baby” d'Emma Seligman. (Autorisation)
    Rachel Sennott et Danny Deferarri dans “Shiva Baby” d'Emma Seligman. (Autorisation)
  • Danny Deferrari, à gauche, et Fred Melamed dans “Shiva Baby” d'Emma Seligman. (Autorisation)
    Danny Deferrari, à gauche, et Fred Melamed dans “Shiva Baby” d'Emma Seligman. (Autorisation)

NEW YORK – Une grande partie de la tension – et il y a beaucoup de tension – dans le nouveau film exceptionnel « Shiva Baby », provient des lourdes attentes de l’ancienne génération à l’égard de la jeune protagoniste féminine. Je voudrais donc éviter tout art-imitant-la vie, au passage, en assurant à la scénariste-réalisatrice Emma Seligman que je ne le pense pas vraiment lorsque j’affirme que l’avenir du cinéma juif repose sur ses épaules.

Et pourtant, cette jeune femme âgée d’à peine 24 ans durant la phase de production (le même âge que Steven Spielberg durant son premier long-métrage – pas de pression !) peut avancer vers le reste de sa carrière, où qu’elle la mène, en sachant qu’elle a réalisé l’un des vrais grands « films juifs ».

« Shiva Baby », diffusé sur des plateformes comme iTunes et Amazon depuis le 2 avril, est un « film juif » à la fois en surface et dans ses racines. Pour commencer, presque toute l’action se déroule lors d’une shiva – le rituel de deuil par excellence lorsqu’un Juif perd un parent, et qui dure une semaine – avec un étalage de saumon fumé et de bagels disposés devant un chœur grec de parents qui kibitzent. On peut parfois entendre un bissel (petit peu) de yiddish dans un film, mais le mamalochen jaillit de la bouche du personnage dans « Shiva Baby » avec une aisance non forcée qui frappe par son authenticité (Quand il y a du schmutz sur le punim de quelqu’un [de la saleté sur son visage], pourquoi le formuler autrement?).

Mais c’est également un « film juif » dans la façon dont le sont souvent les nouveautés les plus intéressantes du genre – avec le personnage principal Danielle qui découvre comment s’orienter dans sa propre identité sans provoquer de rupture avec la communauté qui l’entoure. Lorsque l’anxiété de Danielle se carapate depuis l’intérieur de son cerveau et commence à exprimer son chaos parmi les endeuillés, sa mère la prend de côté, et la nettoie avec de l’eau du pichet rituel à l’avant de la maison. « Dieu nous pardonnera; c’est trop fou là-dedans », dit-elle, et elle a probablement raison, comme c’est généralement le cas avec les mères.

La réalisatrice Emma Seligman. (Emma McIntyre)

Sont en exergue une série de mensonges, tous exposant une plus grande vérité. Danielle (brillamment interprétée par Rachel Sennott) est sur le point d’obtenir son diplôme universitaire et n’a absolument aucune idée de ce qu’elle va faire de sa vie. C’est tout à fait en contradiction avec la façon dont elle se présente, comme quelqu’un qui a fièrement renoncé à poursuivre des études de droit pour inventer sa propre spécialisation dans quelque chose qui a trait aux médias et au fait d’être féministe (c’est un peu vague). De plus, il s’agit d’une jeune femme d’aujourd’hui, qui est libre et qui contrôle sa sexualité, et vit une relation de sexualité avec contreparties avec un homme plus âgé, l’une des excuses étant qu’il l’aide dans ses études de droit.

Ce n’est pas une relation amoureuse, ce n’est pas de la prostitution, c’est autre chose (et apparemment c’est très courant ces jours-ci, grâce aux nouvelles applications), mais c’est tout de même une surprise lorsque cet homme se pointe à la shiva.

Et c’est une encore plus grande surprise lorsqu’elle apprend qu’il a une femme et un nourrisson.

Rachel Sennott et Danny Deferarri dans “Shiva Baby” d’Emma Seligman. (Autorisation)

Bien que ces révélations ne doivent pas la déranger, c’est le cas, et cela la dérange aussi que son ex-petite amie Maya (Molly Gordon) soit également là, elle qui fait un choix sensé et étudie en faculté de droit. Les parents adorent les facultés de droit.

La mère de Danielle (une Polly Draper hilarante) est consciente de sa relation amoureuse passée avec Maya, mais balaie d’un revers de la main l’identité bisexuelle de sa fille comme étant « juste une phase ». On ne sait pas ce que son père, Fred Melamed, sait. À propos de tout et rien.

Tout cela peut sembler compliqué, mais le script de Seligman le ficelle bien, agençant étroitement cette combinaison d’angoisse millénaire avec les conventions cinématographiques d’un film d’horreur. À la fin, la lueur orange du coucher de soleil dans la maison pas-tout-à fait-de banlieue bondée de tantes porteuses de plats en céramique Corning désireuses d’entrer dans la salle de bain du rez-de-chaussée évoque les cendres enflammées d’un enfer auto-infligé.

Danny Deferrari, à gauche, et Fred Melamed dans “Shiva Baby” d’Emma Seligman. (Autorisation)

Les premiers films à petit budget qui durent 77 minutes sont généralement les meilleurs indicateurs de ce qu’un réalisateur pourrait faire « sur un vrai film ». Ce n’est pas le cas de « Shiva Baby ». La performance de Sennott qui campe Danielle, oscillant entre la déviance et un désir clair de « faire le bien », quelle que soit pour elle la signification de cette expression, est étonnamment compassionnelle.

Il y a aussi des blagues efficaces, et pas seulement celles centrées sur la façon de prononcer rugelach ou sur si les enfants ont l’air trop heureux sur une photo à l’extérieur d’un musée de la Shoah. Je le souligne à nouveau, les non-juifs « capteront » ce film; pensez aux films que vous avez vus sur des coutumes qui vous sont étrangères… vous avez au final compris qui était quoi.

Alors que Danielle se rend compte qu’elle n’est pas aussi maître de quoi que ce soit dans sa vie qu’elle se l’était dit, elle éprouve tout un éventail d’émotions, culminant dans une étreinte littérale du confort stabilisateur de son judaïsme. Ses choix quant à ce qu’elle va faire ensuite lui semblent plus clairs, alors qu’elle se prépare à commencer sa vie d’adulte.

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