Le Rabbinat et les députés orthodoxes veulent revenir sur l’accord du mur Occidental
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Le Rabbinat et les députés orthodoxes veulent revenir sur l’accord du mur Occidental

Avant la réponse du gouvernement à la Haute cour sur les atermoiements dans la construction d'une nouvelle place, le Rabbinat cherche à présenter ses propres avocats et les partis ultra-orthodoxes demandent “l'annulation totale” du projet

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l'arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)
Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l'arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)

Le grand rabbinat israélien a demandé l’obtention d’une représentation légale devant la Haute cour de Justice pour protester contre l’établissement d’une zone mixte au mur Occidental, et les partis ultra-orthodoxes ont pour leur part demandé « l’annulation totale » du projet approuvé par le gouvernement pour construire une section réservée à la prière non ultra-orthodoxe au lieu saint.

La demande du rabbinat a été soutenue par le ministre Uri Ariel et le député Bezalel Smotrich, tous deux du parti HaBayit HaYehudi, dans une lettre adressée jeudi au Premier ministre Benjamin Netanyahu, où ils ont également demandé au chef du gouvernement d’abandonner l’accord, sans tenir compte des « éléments extrémistes étrangers », référence apparente aux Juifs réformés et conservateurs américains.

Les demandes des députés ultra-orthodoxes – c’est au moins la quatrième fois que ces derniers s’efforcent de faire annuler l’accord – ont été dénoncées par l’association des Femmes du mur, et par les mouvements israéliens réformés et progressistes.

Le gouvernement israélien a approuvé en janvier 2016 un projet visant à établir une zone de prière mixte au mur Occidental, qui n’a guère progressé depuis. L’Etat est tenu de répondre à une requête de la Haute cour la semaine prochaine au plus tard sur son incapacité à mettre en œuvre l’accord et à construire la place aux abords de l’Arche de Robinson .

Le quotidien Haaretz a annoncé lundi que l’Etat dira probablement au tribunal qu’il ne prévoit pas la mise en œuvre du plan, citant une source proche des débats sur le sujet.

« Il semble que Netanyahu a officiellement décidé de ne rien décider », a commenté cette source.

Aryeh Deri, à droite, président du parti Shas, et le ministre de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman pendant une rare réunion conjointe des deux formations à la Knesset, le 19 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Aryeh Deri, à droite, président du parti Shas, et le ministre de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman pendant une rare réunion conjointe des deux formations à la Knesset, le 19 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Avant la défense de l’Etat, le rabbinat a publié mercredi une lettre formulée en termes énergiques condamnant la position adoptée par le gouvernement, qui favorise officiellement l’accord.

« La position du grand rabbinat est que la décision gouvernementale de division du mur Occidental n’est pas valide et n’est pas valable », a-t-il expliqué, selon une copie obtenue par le quotidien Israel Hayom. « Le grand Rabbinat est la plus haute autorité en termes de loi juive de l’Etat, et il est donc totalement interdit de faire des prières mixtes, hommes et femmes ensemble, sur n’importe quel site du mur Occidental. »

A la demande de l’instance religieuse, la commission de la Justice, du Droit et de la Constitution s’est réunie jeudi pour demander que le rabbinat soit autorisé à se représenter lui-même, indépendamment de l’Etat, une initiative à laquelle s’est opposée le procureur général Avichai Mandelblit.

« Nous vous demandons de ne pas nous réduire au silence », a expliqué le rabbin Refael Frank, conseiller du grand rabbin ashkénaze David Lau, lors de la commission de la Knesset. « Il est impossible que nous n’ayons aucune tribune pour exprimer notre opinion, et que la Cour ne puisse pas entendre la position adoptée par le grand rabbinat. »

Un représentant du ministère de la Justice a indiqué lors de l’audience qu’une lettre faisant part de la position du rabbinat serait incluse dans la réponse de l’Etat à la Cour.

Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 13 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 13 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’Etat parle d’une seule voix, à travers le procureur général, a déclaré le représentant du ministère de la Justice. Contrairement à d’autres affaires où le gouvernement et le procureur général avaient des opinions différentes, dans cette affaire, le gouvernement et le procureur général sont d’accord. »

Smotrich, député du parti HaBayit HaYehudi, l’un des députés ayant réclamé la réunion de jeudi, a insinué que Mandelblit pourrait ne pas être impartial dans cette affaire, dans la mesure où il a joué un rôle actif dans la formulation de l’accord lorsqu’il était secrétaire du cabinet.

« Il y a des soupçons d’un possible conflit d’intérêt dans la mesure où le procureur général, qui avait alors un autre poste, avait formulé l’accord avec le rabbin du mur Occidental et sans le grand rabbinat. Aujourd’hui, des réclamations sont faites contre ce même accord qu’il avait rédigé », a dit Smotrich.

Le Grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau, à droite, et son homologue séfarade Yitzhak Yosef à Jérusalem, le 4 Septembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Grand rabbin ashkénaze d’Israël David Lau, à droite, et son homologue séfarade Yitzhak Yosef à Jérusalem, le 4 Septembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette suggestion a été écartée par le procureur du ministère de la Justice, qui a indiqué que « le procureur général sait comment déconnecter ce qu’il a fait dans le passé en tant que représentant de l’Etat et son rôle actuel qui est de défendre l’accord du mur Occidental. »

Dans une lettre adressée à Netanyahu et adressée par Ariel jeudi soir, le ministre de l’Agriculture et Smotrich ont demandé au chef du gouvernement de faire une exception en faveur du rabbinat et de lui permettre de présenter un avocat indépendant.

Les deux élus ont également vivement recommandé au Premier ministre d’abandonner l’accord sur le mur Occidental.

« Nous vous le demandons, s’il vous plaît, ne permettez pas à des extrémistes étrangers de nuire à l’unité d’Israël et à nos traditions de toujours », ont-ils écrit.

Jeudi également, le parti Shas a confirmé que les formations ultra-orthodoxes, partenaires clés de la coalition de Netanyahu, n’avaient pas renoncé à leur demande d’annulation de l’accord par le gouvernement.

« La demande sans équivoque des partis ultra-orthodoxes est l’annulation totale du plan du mur Occidental, », a annoncé Aryeh Deri, président du parti Shas, dans un communiqué. « Ceci signifie l’abandon de la résolution gouvernementale sur l’accord du mur Occidental. »

Le bureau de Deri a indiqué qu’il n’y avait « aucun compromis en suspens avec le Premier ministre » concernant l’affaire, venant contredire les informations diffusées mercredi qui affirmaient que les partis ultra-orthodoxes reconnaîtraient la section si le gouvernement permettait des entrées séparées pour les deux espaces de prière et annulait la formation d’un organisme pluraliste qui superviserait le nouveau site.

La perspective de l’établissement de cette nouvelle instance est considérée par les ultra-orthodoxes comme une reconnaissance par l’Etat des communautés juives réformées et conservatrices, auxquelles ils s’opposent avec force.

Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 28 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Bezalel Smotrich, député de HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 28 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yaakov Litzman et Moshe Gafni, du parti Yahadout HaTorah, n’ont pas répondu à nos demandes de commentaires.

Shas a également nié qu’une réunion sur le sujet ait été organisée avec le ministre Tzahi Hanegbi, désigné comme médiateur.

Shas et la formation Yahadout HaTorah ont organisé jeudi une conférence de presse conjointe, lors de laquelle ils ont menacé de quitter la coalition en raison des constructions autorisées par le gouvernement pendant le Shabbat. Aucune allusion n’a toutefois été faite à l’accord du mur Occidental.

« Scandaleux »

Dans un communiqué publié mercredi, l’organisation des Femmes du mur a dénoncé l’opposition des partis ultra-orthodoxes, la qualifiant de « scandaleuse », et a dit que Netanyahu « doit encore trouver le courage de mettre en œuvre » l’accord.

« Suite à trois années de négociations avec toutes les parties impliquées (dont les formations ultra-orthodoxes et le rabbinat qui étaient régulièrement informés par le rabbin du Kotel), et après la conclusion d’un accord accepté par tous, il est scandaleux que le gouvernement réfléchisse seulement à la possibilité de faire marche arrière face à sa décision prise le 31 janvier 2016 et qui avait été confirmée par 15 voix contre cinq », a dit le groupe.

« Cette nouvelle initiative des ultra-orthodoxes de revenir au ‘statu-quo’ rend obsolète l’accord du Kotel et nous ramène à la veille des négociations dans la mesure où elle annule deux de ses éléments majeurs : en premier lieu, l’établissement d’une administration autonome qui n’est pas subordonnée au rabbinat et à la Fondation du patrimoine du mur Occidental, et en second lieu, une entrée partagée visible permettant aux visiteurs qui se rendent au mur Occidental d’avoir le choix des sections dans lesquelles prier. »

L’organisation a également noté que les partis ultra-orthodoxes, aux côtés du rabbin du mur Occidental et du rabbinat, avaient tous connaissance des contours de l’accord avant son approbation par le cabinet en janvier 2016.

Rachel Azaria, députée du parti Koulanou, a condamné mercredi les efforts livrés par les ultra-orthodoxes, les qualifiant de « coup porté aux relations entre Israël et la communauté juive américaine ». Soulignant les initiatives des Juifs américains qui s’efforcent de combattre le boycott d’Israël sur les campus, Azaria a déclaré que « nous ne pouvons pas perdre l’appui de la communauté juive américaine, et cette proposition vient menacer ce soutien ».

Un porte-parole du ministre de la Diaspora, Naftali Bennett, a indiqué qu’il se soumettrait à la décision finale prise par Netanyahu dans l’affaire.

« Il a voté en faveur du compromis. Pour le moment, tout est entre les mains du Premier ministre », a-t-il expliqué.

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