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Opinion

Le raid limité à Jénine prouve la nécessité d’une stratégie en Cisjordanie

Malgré ce constat, la coalition s'affaire à relancer le dossier auquel il a accordé plus d'attention qu'à tous les autres : la campagne de refonte du système judiciaire

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Les troupes israéliennes lors d'un raid à Jénine, en Cisjordanie, le 3 juillet 2023. (Crédit : Armée israélienne)
Les troupes israéliennes lors d'un raid à Jénine, en Cisjordanie, le 3 juillet 2023. (Crédit : Armée israélienne)

L’incursion calibrée de l’armée à Jénine, qui a duré quarante-huit heures, n’a pas changé la donne au niveau stratégique. Ce n’était d’ailleurs pas son objectif. L’armée s’est d’ailleurs montrée peu encline à la désigner officiellement comme une « opération » – de manière à ne pas donner lieu à des comparaisons avec des offensives d’envergure qui ont pu avoir lieu au fil des ans, comme cela avait été particulièrement le cas de l’Opération Bouclier défensif de 2002, longue d’un mois, qui avait été l’occasion pour les soldats israéliens de rentrer dans les villes majeures de Cisjordanie pour s’y attaquer – avec succès – aux infrastructures terroristes à l’origine de la série d’attentats-suicides qui avaient marqué la Seconde intifada.

L’objectif résolument limité de l’incursion de cette semaine, en contraste, a été de commencer à rétablir la dissuasion israélienne dans le nord de la Cisjordanie, avec une focalisation sur les cellules terroristes de Jénine. Un rétablissement de la dissuasion qui devait par ailleurs éviter à tout prix le risque réel de dégénérer en conflit plus large ou d’attiser les critiques à l’international – dans l’attente que d’autres offensives aussi cadrées, ponctuelles, puissent se profiler à l’horizon.

Des Palestiniens marchant sur une route endommagée, après que l’armée israélienne a retiré ses forces du bastion terroriste, dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie, le 5 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohamed)

Israël ne peut pas permettre à la Cisjordanie de se transformer en une nouvelle bande de Gaza, avec des organisations terroristes de plus en plus enhardies.

Surtout, Israël ne peut pas tolérer que la Cisjordanie puisse avoir la capacité de fabriquer et de lancer des roquettes vers son territoire. Presque tout le territoire, dans le pays, est à la portée de roquettes rudimentaires qui seraient tirées depuis la Cisjordanie et Israël, notamment l’aéroport, seraient paralysés si l’industrie naissante de production de ce type de missile, en Cisjordanie – une industrie dont l’existence a été prouvée ces dernières semaines – devait encore se développer.

Des explosifs et d’autres armes découvertes par les forces israéliennes dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le 4 juillet 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Jusqu’à présent, l’armée israélienne et le Shin Bet ont travaillé de manière plus étroite avec les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) que le leadership politique, à Jérusalem, n’est désireux de le reconnaître. Mais l’AP, avec son président vieillissant et sa grande impopularité, s’avère être incapable et/ou nullement disposée à s’attaquer aux cellules terroristes du nord de la Cisjordanie et elle a complètement perdu le contrôle à Jénine.

A LIRE – Meïr Ben-Shabbat : « Pourquoi Israël va à Jénine ? Parce que l’AP ne fait pas son travail. »

De nombreux membres de la coalition actuelle, avec le leader du parti Hatzionout HaDatit d’extrême-droite, Bezalel Smotrich, à leur tête, voudraient qu’Israël annexe la Cisjordanie. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait poussé, en vain, à l’annexion de toutes les implantations et de la Vallée du Jourdain lorsque Donald Trump était à la Maison Blanche, n’a pas, jusqu’à présent, cherché l’effondrement de l’AP et l’annexion par Israël de la totalité du territoire.

La pleine souveraineté sur la Terre d’Israël induirait, au choix, la perte d’une majorité juive dans un pays aussi élargi ou le refus de l’égalité des droits aux citoyens non-Juifs sur un territoire ainsi étendu – avec pour conséquence la perte de la démocratie. L’alternative proposée à la gauche de l’échiquier politique, telle qu’elle avait été prônée par Amos Yadlin, candidat à la tête du ministère de la Défense d’Avoda, ancien responsable des renseignements israéliens, est un retrait israélien d’une grande partie de la Cisjordanie, un retrait qui s’effectuerait en coordination avec les États-Unis et avec les alliés arabes d’Israël, avec des arrangements sécuritaires dont l’objectif serait de garantir que les territoires ainsi vacants ne deviendraient pas un État terroriste dans le style de Gaza. Mais l’expérience vécue à Gaza – le Hamas s’est saisi de la bande en 2007, moins de deux ans après le retrait d’Israël – ne constitue guère, il faut le reconnaître, un précédent encourageant.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) et le ministre de la Défense Yoav Gallant (à droite) visitent un poste militaire près de Jénine, le 4 juillet 2023. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Dans le contexte des intérêts essentiels et à long-terme d’Israël – la nécessité de déjouer la course à l’arme atomique de l’Iran ; le désir d’élargir nos alliances régionales et, en particulier, le désir de normaliser les liens avec l’Arabie saoudite ; l’impératif de maintenir la stabilité, la sécurité et une économie prospère dans le pays – il est tout à fait vital qu’Israël développe et mette en œuvre une stratégie nationale viable en ce qui concerne les Palestiniens. C’est vital – mais c’est loin d’être simple et cela nécessite une attention considérable, du temps et de l’argent aux niveaux les plus élevés du gouvernement.

Et pourtant, alors même que l’incursion à Jénine battait son plein, la coalition était affairée à relancer le dossier auquel il a indubitablement accordé plus d’attention qu’à tous les autres au cours de ses six premiers mois au pouvoir – sa campagne destructrice de refonte du système judiciaire israélien.

Mardi, Simcha Rothman a fait avancer au pas de course au sein de la commission qu’il préside, la commission de la Constitution, du droit et de la justice, une version de la législation consacrée à l’usage, par les juges, de la notion juridique de « raisonnabilité » lors de leur réexamen des politiques ou des décisions gouvernementales. Une version si extrême qu’elle a dorénavant suscité l’opposition de certains des défenseurs conservateurs dont il affirmait avoir le soutien. La première présentation à la Knesset du projet de loi devrait avoir lieu au début de la semaine prochaine.

Le ministre de la Justice Yariv Levin s’exprimant à la Knesset le 7 juin 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Le ministre de la Justice Yariv Levin, pour sa part, a repris mercredi son assaut contre le processus hautement sensible et consensuel de la désignation des magistrats en Israël, qui, actuellement, nécessite l’accord des professionnels du secteur de la justice et de la coalition s’agissant de la nomination des juges appelés à siéger à la Haute-cour. Il a ainsi déclaré que ce processus était biaisé, absurde et inacceptable. L’une des dernières idées de la coalition serait de restructurer la commission de sélection des juges en se contentant d’y intégrer, à nombre égal, que des politiciens de la coalition et de l’opposition, moyennant quoi toutes les nominations deviendraient politiques par définition et tous les juges se distingueraient uniquement par la couleur du camp leur ayant permis d’occuper leur poste.

Et Netanyahu lui-même oscille sous la force des vents tempétueux du plan de refonte du système judiciaire du pays – disant au Wall Street Journal , jeudi dernier, que la législation consacrée à la « clause dérogatoire », qui interdirait largement à la Haute-cour de bloquer des législations ou des décisions gouvernementales, a été « mise en rebut » de façon catégorique, tout en assurant à ses collègues de coalition indignés par cette annonce, trois jours plus tard, que non, le projet de loi n’était très certainement pas écarté.

Les Israéliens manifestent contre le plan de refonte du système judiciaire avancé par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 3 juillet 2023. (Crédit : Amir Goldstein)

Avec la relance de ce plan destructeur, les rassemblements et les manifestations de ses opposants se sont naturellement intensifiés. Le mouvement de protestation organisé lundi à l’aéroport Ben Gurion qui a réuni 15 000 personnes – les routes menant à l’aéroport ont été bloquées pendant plusieurs heures, entraînant un désordre considérable, et des centaines de manifestants ont accueilli bruyamment les voyageurs à l’intérieur du hall des arrivées – a probablement aliéné au moins quelques partisans potentiels du projet. Mais les organisateurs du mouvement de protestation sont bien décidés à renforcer leurs actions en les menant au niveau de la fin du mois de mars, où les manifestations étaient arrivées à un tournant – quand Netanyahu s’était senti dans l’obligation de faire une pause dans un contexte de colère publique qui avait atteint son paroxysme avec le renvoi du ministre de la Défense Yoav Gallant, qui avait mis en garde contre l’impact clivant de la refonte du système judiciaire israélien au sein de l’armée et contre les conséquences désastreuses de cette fracture pour la sécurité nationale.

Le Premier ministre est apparemment à nouveau prêt à risquer une répétition de ces divisions internes accrues en Israël, au nom – et il le sait très bien – de la neutralisation manifestement anti-démocratique du système judiciaire. Ce qu’il devrait chercher à faire – il ne devrait y avoir nul besoin de le dire – serait de minimiser les division intérieures et de se concentrer sur les véritables priorités pour Israël et notamment, c’est évident, sur la nécessité de mettre en place une stratégie visant à empêcher l’anarchie et pire encore en Cisjordanie.

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