Le rapport de HRW va-t-il resserrer l’étau sur les implantations ?
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Le rapport de HRW va-t-il resserrer l’étau sur les implantations ?

Même si Netanyahu cherche à rattacher la rhétorique anti-implantations au mouvement BDS, l’UE et l’ambassadeur américain Shapiro ont la Cisjordanie en ligne de mire

Des ouvriers palestiniens dans l'usine SodaStream, le 2 février 2014. L'usine a été relocalisée dans le Néguev à la suite de critiques de la communauté internationale. (Crédit: Nati Shohat/Flash90)
Des ouvriers palestiniens dans l'usine SodaStream, le 2 février 2014. L'usine a été relocalisée dans le Néguev à la suite de critiques de la communauté internationale. (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

WASHINGTON (JTA) – L’effondrement du processus de paix israélo-palestinien il y a un an a mené à une guerre accélérée de déclarations contre les implantations israéliennes, Israël accusant le chœur grandissant de critiques étrangères de préjuger des termes finaux d’un accord de paix au mieux, et d’antisémitisme au pire.

La bataille s’est réchauffée cette semaine avec la publication d’un rapport de Human Rights Watch affirmant qu’avoir des relations commerciales avec les implantations de Cisjordanie renforce la présence israélienne et contribue à des violations des droits de l’Homme.

Ce rapport est publié au lendemain d’une déclaration de l’Union européenne (UE), qui a en novembre annoncé de nouvelles directives pour étiqueter les exports israéliens produits dans les implantations, et a cette semaine déclaré que tout accord avec Israël « devait indiquer sans équivoque et explicitement leur inapplicabilité aux territoires occupés par Israël en 1967 ».

Et l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Daniel Shapiro, bien que n’allant pas aussi loin, a critiqué la saisie par Israël de terrains en Cisjordanie et ce qu’il a décrit comme un système judiciaire à deux vitesses.

L'ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro (Crédit : Flash90)
L’ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro (Crédit : Flash90)

« Trop d’attaques contre des Palestiniens manquent d’une enquête ou d’une réponse vigoureuse par les autorités israéliennes, trop d’actes d’auto-défense ne sont pas vérifiés, et de temps en temps il semble qu’il y ait deux standards d’adhésion aux règles de la loi : un pour les Israéliens, et un autre pour les Palestiniens », avait déclaré lundi Shapiro dans un discours qui sinon vantait la proximité de la relation israélo-américaine.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été furieux de ces remarques, les qualifiant d’ « inacceptables et incorrectes ». Mais sa stratégie plus large contre les critiques des implantations a été d’attacher de tels efforts au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, (BDS), et de les comparer aux boycotts des commerces juifs qui ont précédé l’Holocauste en Europe.

« Parce que la bureaucratie, ou des schémas d’ensemble, se protègent eux-mêmes, nous avons ensuite l’absurdité de l’UE à Bruxelles, qui, depuis un sol européen, étiquète les produits de citoyens israéliens, de juifs, avait déclaré la semaine dernière Netanyahu à la presse étrangère. Et la dernière fois que cela a été fait sur le sol de l’Europe, c’était il y a 70 ans. »

Israël a largement été capable d’éviter les questions sur le statut de la Cisjordanie aussi longtemps qu’il semblait réellement engagé dans un processus de paix.

Mais les développements de cette semaine semblent confirmer les avertissements de l’année dernière, l’effondrement du processus de paix, suivi des déclarations de Netanyahu à la veille de sa réélection en mars qui semblaient rejeter la possibilité de la mise en place d’un état palestinien, auraient mené les Etats-Unis et l’Europe à se concentrer à nouveau sur les implantations, ne serait-ce que comme un moyen de garder ouverte l’option d’une solution à deux états.

Le rapport de Human Rights Watch affirme clairement que le commerce avec les implantations ancre Israël en Cisjordanie et fait du commerce un partenaire de l’oppression des Palestiniens. Il recommande que les entités commerciales « évitent de financer, d’administrer ou de soutenir de toute autre manière les activités et les infrastructures des implantations ou liés aux implantations, comme par le biais de l’achat de produits manufacturés dans les implantations ou de produits agricoles, pour assurer que l’entité commerciale ne contribue pas indirectement et ne bénéficie pas à de telles activités. »

Le rapport cite un exemple de comment attirer l’attention sur les pratiques israéliennes en Cisjordanie peut les entraver. Human Rights Watch a contacté une usine d’une implantation de Cisjordanie, qui fournit, comme l’on trouvé les chercheurs de l’ONG, du linge de maison à un détaillant américain et qui sous-payait ses ouvriers palestiniens.

« Pendant les conversations qui ont suivi, l’usine a accepté de fermer ses opérations à Barkan et de relocaliser ses nouvelles installations à l’intérieur d’Israël », a rapporté l’ONG.

« Nous ne cherchons pas de problèmes », a dit au groupe le copropriétaire de l’usine, cité par Human Rights Watch. « Cela semble vraiment ennuyer les gens que nous soyons ici, donc nous allons partir. »

Des soldats israéliens à un checkpoint de Cisjordanie (Issam Rimawi / Flash90)
Des soldats israéliens à un checkpoint de Cisjordanie (Issam Rimawi / Flash90)

Les organisations centristes et de droite pro-israéliennes soulignent que de tels efforts pour cibler les implantations visent à définir les termes d’un accord de paix final. En décembre, la commission des affaires publiques israélo-américaines (AIPAC) a publié une longue analyse de la décision de l’UE sur l’étiquetage des produits des implantations.

« L’action de l’UE – prise en dehors d’un contexte de négociations de paix – est conçue pour imposer la vision de Bruxelles des futures frontières d’Israël, a déclaré l’AIPAC, un important lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Ces attaques commerciales contre Israël augmentent la perspective d’un Etat juif isolé, tout en renforçant ses critiques les plus féroces et ralentissant la poursuite de la paix. »

Le débat sur les implantations se joue aussi au Congrès et dans les chambres des Etats. L’AIPAC a rassemblé un soutien bipartisan via des déclarations du Congrès rejetant les tentatives de distinguer les implantations. Et plusieurs actions législatives au niveau des Etats pour cibler le BDS incluent explicitement les tentatives de distinctions des implantations.

Les organisations pro-israéliennes de gauche affirment que de tels efforts sont mutuellement autodestructeurs. Les tentatives de distinguer les implantations sont une bonne chose, disent-elles, puisqu’elles aident à neutraliser le plus large mouvement BDS.

« Un système d’étiquetage plus fidèle, puisqu’Israël n’a jamais annexé la Cisjordanie, autorisera les résidents européens à faire leurs achats en fonction de leurs considérations idéologiques », a déclaré Americans for Peace Now au moment de la décision sur l’étiquetage de l’UE. « Le système aidera à restreindre les efforts de boycott de tout Israël, comme ceux défendus par le mouvement BDS. »

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