L’UE adoucit ses déclarations, mais trace une ligne entre Israël et les implantations
Rechercher
Les implantations sont illégales, selon l’UE, et tous les accords avec Israël doivent « sans équivoque » ne pas être appliqués aux territoires

L’UE adoucit ses déclarations, mais trace une ligne entre Israël et les implantations

Jérusalem a réussi à rendre la résolution – qui critique toujours sévèrement l’activité en Cisjordanie – légèrement moins hostile, mais critique le "double standard"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La responsable de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, pendant un conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 18 janvier 2016. (Crédit : AFP / JOHN THYS)
La responsable de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, pendant un conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 18 janvier 2016. (Crédit : AFP / JOHN THYS)

L’Union européenne (UE) a péniblement adopté lundi des conclusions sur le processus de paix au Proche-Orient, certains Etats voulant atténuer les références aux violences exercées par les habitants israéliens des implantations ou à l’étiquetage des produits issus des implantations.

Le long texte a été adopté par les 28 chefs de la diplomatie des pays de l’UE après une journée de négociations, alors qu’il devait initialement être validé sans débat à l’ouverture de leur réunion mensuelle à Bruxelles.

Lors d’une ultime relecture du texte au plus haut niveau, le ministre grec Nikos Kotzias a notamment exprimé des réserves sur les références aux violences exercées par certains résidents des implantations à l’encontre des Palestiniens, dont certaines ont été abandonnées, a précisé un diplomate à l’AFP.

Et son homologue polonais, Witold Waszczykowski, a refusé une formulation insistant sur l’unité de l’UE sur la question de l’étiquetage des marchandises issues des implantations israéliennes, comme prévu dans la législation européenne depuis 2012.

L’UE a répété lundi qu’elle continuera à faire une différence entre Israël à proprement parler et les implantations, mais à cesser de parler explicitement de « distinction ».

Affirmant une décision précédente qui demande que certains produits fabriqués dans les implantations soient étiquetés ainsi, les ministres des Affaires étrangères des 28 états membres ont déclaré que l’UE reste « engagée à assurer la mise en place continue, complète et effective des législations existantes de l’UE et des dispositions bilatérales applicables aux produits des implantations ».

Le communiqué a attiré une condamnation sévère des dirigeants politiques israéliens, même si le corps diplomatique du pays s’est vanté d’avoir réussi à adoucir le phrasé.

Les dirigeants européens ont ensuite promis de « s’assurer que – en accord avec la loi internationale – tous les accords entre l’Etat d’Israël et l’UE doivent sans équivoque et explicitement indiquer leur inapplicabilité aux territoires occupés par Israël en 1967 ».

Cependant, les ministres des Affaires étrangères ont souligné que cela « ne constitue pas un boycott d’Israël, auquel l’UE s’oppose fortement ».

Suite à une décision précédente de l’UE pour mettre en place un programme d’étiquetage des produits issus des implantations, des ministres israéliens avaient déclaré que cette action était équivalente à un boycott, certains accusant une forme classique d’antisémitisme européen.

En réponse, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait décidé de suspendre les contacts avec l’UE sur le conflit israélo-palestinien, alors que Bruxelles cherche à relancer le processus de paix par l’intermédiaire du Quartette pour le Proche-Orient (qui regroupe l’UE, les États-Unis, l’ONU et la Russie).

Le communiqué des ministres des Affaires étrangères, bien que contenant des critiques sévères sur la politique d’Israël en Cisjordanie, et abordant même les inquiétudes européennes sur le projet de loi israélien qui nuirait aux ONG de gauche, a été modifié à cause des pressions exercées par Jérusalem sur plusieurs états membres de l’UE, selon le ministère israélien des Affaires étrangères.

La responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a salué la résolution après la réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

« Nous avons approuvé [le communiqué] à l’unanimité, c’est une bonne base commune pour notre position commune et notre engagement dans la région », a-t-elle déclaré.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que la décision de l’UE avait été adoucie grâce aux « efforts diplomatiques et politiques du Premier ministre [Benjamin] Netanyahu et du ministère des Affaires étrangères », mais a néanmoins fustigé Bruxelles pour son « double standard ».

Le porte-parole des Affaires étrangères israéliennes, Emmanuel Nahshon, a déploré que l’UE continue à « utiliser deux poids deux mesures en ne tenant pas compte de la responsabilité de l’Autorité palestinienne dans l’impasse politique actuelle et la campagne d’incitation à la violence qui encourage la vague de terrorisme palestinien ».

« Sur 200 conflits territoriaux dans le monde, l’UE a choisi de ne discriminer qu’Israël. Cette approche empêche l’Union d’être un acteur juste dans le règlement du conflit », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

La ministre déléguée aux Affaires étrangères Tzipi Hotovely a accusé l’UE d’être partie prenante dans son approche du conflit israélo-palestinien et a déclaré que la résolution apporterait « l’effet inverse à celui qu’ils souhaitent ».

Le leader de l'Union sioniste Isaac Herzog,  le 14 juillet 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash 90)
Le leader de l’Union sioniste Isaac Herzog, le 14 juillet 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash 90)

Le chef de l’opposition, Isaac Herzog, a déclaré que l’UE s’est « enrôlée pour soutenir le BDS » (mouvement de Boycott, Désinvestissement, et Sanctions).

« Ils ne font pas la distinction entre les blocs d’implantation légitimes et les avant-postes isolés, et c’est une grosse injustice », a déclaré Herzog.

Le dirigeant du parti Yesh Atid Yair Lapid a déclaré que les conclusions du conseil « continuent sur la ligne problématique qui tente d’intervenir dans les affaires souveraines d’Israël », affirmant avec insistance que coller aux lignes de 1967 pourrait prédéterminer le futur d’Israël, en contradiction avec les accords internationaux.

Cependant, Lapid, qui a rencontré la semaine dernière Mogherini à Bruxelles et lui a demandé de publier un communiqué s’opposant aux mouvements de boycott anti-Israël, a salué l’UE pour avoir inclus une phrase à ce sujet dans les conclusions du conseil.

« Nous devons continuer à nous battre contre l’étiquetage de produits de la Cisjordanie et du plateau du Golan via la diplomatie », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dans une première version du document, connu comme les conclusions du conseil des Affaires étrangères, l’UE avait appelé à ce qu’une « distinction » soit faite entre Israël el lui-même et les implantations.

« L’UE va continuer sans équivoque et explicitement à faire une distinction entre Israël et tous les territoires occupés par Israël en 1967 », était-il écrit dans la première version, que Haaretz avait pu se procurer. Jérusalem abhorre le terme « distinction » dans ce contexte.

Ces derniers jours, les diplomates israéliens ont eu des réunions avec leurs interlocuteurs dans les capitales européennes afin d’adoucir la conclusion du conseil.

Netanyahu, qui a sévèrement critiqué jeudi l’UE, a personnellement contacté les hauts fonctionnaires de cinq pays européens – Grèce, Chypre, République tchèque, Bulgarie et Hongrie – afin de tenter de les faire s’opposer aux parties les plus problématiques du document.

Alors que cet effort a partiellement réussi, les conclusions du conseil des Affaires étrangères de lundi, qui demandaient l’unanimité des 28 membres de l’Union et ont valeur de loi une fois adoptées, contiennent certaines critiques sévères contre Israël, particulièrement, mais pas uniquement, sur sa politique d’implantations.

« Rappelant que les implantations sont illégales selon les lois internationales, constituent un obstacle à la paix et menacent de rendre la solution à deux états impossible, l’UE réitère sa forte opposition à la politique d’implantations d’Israël et les actions prises dans ce contexte, comme la construction d’une barrière de séparation au-delà de la ligne de 1967, les démolitions et les confiscations, y compris de projets financés par l’UE, les évictions, les transferts forcés, y compris de Bédouins, les avant-postes illégaux et les restrictions de mouvement et d’accès », ont déclaré les ministres des Affaires étrangères.

Ne distinguant pas les avant-postes et les blocs d’implantations, ils condamnent également l’expansion de projets immobiliers à Jérusalem Est, affirmant qu’ils « mettent sérieusement en danger la possibilité que Jérusalem soit la capitale des deux états ».

Israël a annexé dans les faits Jérusalem Est et déclaré qu’il garde le droit de construire n’importe où dans la capitale unifiée, bien que sa souveraineté sur la ville ne soit pas reconnue internationalement.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked parle à la Conférence annuelle du Bar Association à Eilat, le 18 mai 2015 (Crédit : Yossi Zamir / flash 90)
La ministre de la Justice Ayelet Shaked parle à la Conférence annuelle du Bar Association à Eilat, le 18 mai 2015 (Crédit : Yossi Zamir / flash 90)

Les conclusions du conseil font également mention de « l’importance du travail sans entrave de la société civile », ajoutant que cela « suit de récents développements inquiétants sur ce sujet ». Il s’agit d’une référence claire au projet de loi israélien controversé sur le financement des ONG, proposé par la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui forcerait les ONG qui reçoivent plus de la moitié de leurs financements de gouvernements étrangers à prendre des mesures plus fortes pour publier leurs revenus que précédemment.

Les ministres des Affaires étrangères ont également exprimé leur profonde inquiétude à propos du « cycle de violence continue qui a mené à des pertes sérieuses de vies humaines en Israël et dans les territoires palestiniens ces derniers mois », et « condamnent fermement les attaques terroristes et la violence des deux côtés et en toutes circonstances, y compris la mort d’enfants ».

« L’UE salue le progrès dans l’enquête sur Duma », concernant la mort d’une famille palestinienne après l’incendie de sa maison par des extrémistes juifs, et appelle Israël « à faire répondre de leurs actes » tous les auteurs de violences parmi les extrémistes juifs.

« Seul un rétablissement d’un horizon politique et la reprise du dialogue peut arrêter la violence », estiment les 28 Etats de l’UE, alors que les pourparlers de paix sont au point mort depuis le printemps 2014, et que les violences entre Israéliens et Palestiniens font presque quotidiennement des victimes.

« Notre position fondamentale c’est que la situation sur place est extrêmement tendue, dangereuse, dans une région qui est déjà très déstabilisée par de nombreux conflits, en particulier le conflit en Syrie, en Irak et au Yémen, et par la progression de Daech (l’organisation Etat islamique) y compris en Egypte, dans le voisinage de Gaza », a expliqué le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir.

« Donc aujourd’hui il n’y a qu’une solution (au conflit), fondée sur le principe des deux Etats », a-t-il poursuivi. Pour relancer le processus de paix, l’UE propose de mettre sur pied un groupe de soutien international, comme proposé par la France, ou d’organiser une conférence internationale.

Le bras droit de Mahmoud Abbas, Saeb Erekat, a déclaré que l’annonce de l’UE était « un pas en avant pur qu’Israël rende des comptes », mais que l’Europe devait prendre des « mesures immédiates telle que l’interdiction d’importer des produits en provenance des colonies israéliennes, le texte constitue un message adressé au gouvernement israélien. (…) Les colonies restent illégales au terme du droit international et un obstacle pour la paix ». Il a appelé à une plus grande implication européenne pour « faire cesser l’occupation israélienne de la Cisjordanie ».

Ilan Ben Zion et des agences de presse ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...