Le roi saoudien reçoit un rabbin israélien au palais royal – une première
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Le roi saoudien reçoit un rabbin israélien au palais royal – une première

David Rosen, invité à Ryad dans le cadre d'une réunion interconfessionnelle, salue ce "moment révolutionnaire" ; mais dit que la question palestinienne reste un "plafond de verre"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le rabbin David Rosen, (deuxième à partir de la gauche), rencontre le roi d'Arabie Saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud au palais royal de Riyad, février 2020 (avec l'aimable autorisation de KAICIID)
Le rabbin David Rosen, (deuxième à partir de la gauche), rencontre le roi d'Arabie Saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud au palais royal de Riyad, février 2020 (avec l'aimable autorisation de KAICIID)

Pour la première fois de l’histoire des temps modernes, un rabbin a rencontré le monarque saoudien à Ryad la semaine dernière.

Le roi Salmane Ben Abdel Aziz a reçu au palais royal le rabbin David Rosen, basé à Jérusalem – signe du désir de la monarchie de s’ouvrir davantage au monde occidental.

Rosen est né en Angleterre mais a emménagé en Israël il y a de nombreuses années. Il est membre de la commission du Grand-rabbinat pour le dialogue inter-religieux. Il a passé deux jours et demi dans la capitale saoudienne pour assister à une réunion du Centre international du roi Abdallah bin Abdulaziz pour le dialogue interreligieux et interculturel [KAICIID], dont il est membre du conseil d’administration.

Le centre basé à Vienne, connu sous le nom de KAICIID Dialogue Centre, a été créé il y a huit ans par le précédent roi saoudien, Abdallah, mais aucun monarque saoudien n’a jamais invité son conseil d’administration au palais royal de Ryad.

« C’était incroyable. L’expérience a été vraiment spéciale », a déclaré Rosen au Times of Israël cette semaine. « Et ce n’était pas seulement la rencontre avec le roi. Le plus excitant a été de rencontrer des jeunes et leur sens de la transformation de leur pays ».

Dans les faits, le roi Salmane a accueilli le tout premier groupe interconfessionnel lors de la réunion de la semaine dernière, a déclaré Rosen.

Il y a deux ans à peine, les autorités saoudiennes « n’auraient pas envisagé de nous inviter, et surtout moi en tant que rabbin. Cela aurait été trop pour l’époque », a déclaré Rosen. En ce sens, l’accueil au palais royal a été un « moment révolutionnaire », a-t-il ajouté.

Rosen, qui est le directeur des affaires inter-religieuses de l’American Jewish Committee (AJC), était l’un des neuf membres du conseil d’administration de KAICIID qui ont assisté à la réunion avec le roi Salmane, et le seul à représenter le judaïsme. Les huit autres membres représentaient le bouddhisme, le christianisme, l’hindouisme et l’islam.

« Le Gardien des deux saintes mosquées a accueilli les membres du conseil d’administration, qui tenaient leur première réunion à Ryad, et a souligné l’importance du rôle de KAICIID dans la consolidation des principes de dialogue et de coexistence entre les différentes religions et cultures, la promotion des valeurs de modération et de tolérance, et la lutte contre toutes les formes d’extrémisme et de terrorisme », a déclaré l’organisation dans un communiqué de presse.

Aucun service de restauration casher n’a été fourni à Rosen, qui est végétalien, de sorte qu’il a survécu en mangeant de la pita, du houmous, des olives et des dattes, a-t-il déclaré. « Je ne pense pas avoir jamais mangé autant de dattes dans ma vie », a-t-il plaisanté.

Alors que sa rencontre avec le roi n’aurait probablement pas été possible sans le rapprochement secret entre le Royaume d’Arabie Saoudite et l’Etat d’Israël, la possibilité d’établir des liens bilatéraux n’a pas été discutée, a déclaré Rosen.

« Au contraire : du point de vue saoudien, il y avait une volonté de me présenter comme un représentant religieux, un représentant du monde juif et de la religion juive, et non comme un représentant d’un courant politique particulier », a-t-il déclaré. « J’ai été présenté au roi comme représentant du peuple juif et du judaïsme, et non comme représentant d’une identité nationale particulière ».

Rosen, qui a également servi comme rabbin de communauté en Afrique du Sud et comme grand rabbin d’Irlande, a déclaré qu’il avait l’impression que pour que la relation israélo-saoudienne devienne plus formelle, des progrès tangibles doivent être réalisés dans le processus de paix israélo-palestinien.

« Dans toutes mes conversations, on a insisté sur le fait qu’il y a encore un plafond de verre. En d’autres termes : les choses peuvent se réchauffer – et les gens veulent que les choses se réchauffent – mais le symbolisme de la question palestinienne est encore si important que s’il n’y a pas de progrès sur cette voie, il y aura toujours une limite au réchauffement possible », a-t-il déclaré.

Le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem a refusé de commenter cet article. Mais son compte Twitter en langue arabe a tweeté une photo de la réunion.

Joel C. Rosenberg, un militant interconfessionnel chrétien israélien basé à Jérusalem qui s’est rendu en Arabie Saoudite en septembre, a salué l’invitation de Rosen à Ryad.

« Je pense qu’il est extrêmement important que les Saoudiens continuent de promouvoir les délégations et le dialogue interconfessionnels », a-t-il déclaré. « La rencontre entre le rabbin et le roi est particulièrement importante, car, à ma connaissance, c’est la première fois que le roi rencontre l’une de ces délégations interconfessionnelles ».

En septembre, M. Rosenberg, qui a la double nationalité américaine et israélienne, a conduit une délégation d’évangéliques américains lors d’une tournée de trois jours à Djeddah, le deuxième groupe de personnalités ecclésiastiques de haut niveau qu’il a amené dans le royaume conservateur ces dernières années. La délégation a été reçue par le prince héritier Mohammed ben Salmane, mais pas par le roi.

Joel C. Rosenberg, (à gauche), est accueilli par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane au palais royal de Djeddah, en Arabie saoudite, le 10 septembre 2019 (Avec l’aimable autorisation de l’ambassade saoudienne à Washington)

« C’est un progrès significatif, et je suis encouragé », a-t-il déclaré à propos de l’audience de Rosen avec le monarque. « Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, ce sont des gestes très significatifs, et j’espère que les Saoudiens continueront à les développer. Mais je suis convaincu qu’ils le feront ».

Un autre militant interconfessionnel américain ayant des liens étroits avec le Golfe, le rabbin Marc Schneier, a également passé quelques jours en Arabie Saoudite au début du mois, où il a rencontré le ministre des Affaires étrangères du pays, le prince Faisal bin Farhan bin Abdullah bin Faisal Al Saud.

Bien qu’il ait rencontré le roi de Bahreïn, qu’il conseille sur les affaires interconfessionnelles, il n’a jamais été reçu au palais royal de Ryad.

Le rabbin Marc Schneier, (à gauche), est accueilli par le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan bin Abdullah bin Faisal Al Saud, en février 2020. (Autorisation)

Le royaume souhaiterait « vivement poursuivre activement toute forme de paix régionale », y compris en établissant des relations de plus en plus ouvertes avec Israël, a déclaré le rabbin. Toutefois, lors de son récent voyage, il a été informé qu’“ils ne veulent pas aborder cette question avant les élections israéliennes” du 2 mars.

Au début de ce mois, une importante délégation de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines s’est rendue en Arabie saoudite à l’occasion de ce que l’on croit être le premier voyage d’une organisation juive américaine dans le royaume depuis le début des années 1990.

La Conférence des Présidents a déclaré que cette visite « très productive » était un « grand pas en avant » en termes de relations entre Jérusalem et Riyad. Elle a refusé de dire qui a reçu la délégation.

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