Le suivi téléphonique envoie beaucoup d’Israéliens à l’isolement, avec des ratés
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Le suivi téléphonique envoie beaucoup d’Israéliens à l’isolement, avec des ratés

Le ministère de la Santé, qui reconnaît avoir été submergé par un flot de plaintes, insiste sur la nécessité de suivre les instructions de mise en quatorzaine

Un passant portant un masque dans la rue Jaffa dans le centre-ville de Jérusalem, le 24 juin 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Un passant portant un masque dans la rue Jaffa dans le centre-ville de Jérusalem, le 24 juin 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Un programme controversé de suivi des contacts qui a donné à l’agence de sécurité du Shin Bet l’accès aux téléphones mobiles des porteurs confirmés du coronavirus est âprement critiqué – non pas pour des raisons de confidentialité, mais par la mise en doute de son efficacité.

Après la remise en oeuvre du programme par le gouvernement, jeudi, pour répondre à un taux d’infection à la COVID-19 croissant, ce sont des dizaines de milliers d’Israéliens qui ont reçu des messages texto, ce week-end, les avertissant qu’ils s’étaient trouvés au contact d’un malade.

Toutefois, un nombre de plus en plus important d’Israéliens disent que la quatorzaine qui leur a été imposée résulte d’une erreur, probablement due en partie à une technologie incapable de déterminer si deux personnes se sont réellement trouvées à deux mètres l’une de l’autre – suffisamment à proximité pour craindre une transmission du virus.

Les appels téléphoniques au ministère de la Santé – un processus d’appels a été rendu obligatoire par la loi, la semaine dernière, lorsque la Knesset a accepté ce suivi de masse – n’obtiennent pas de réponse dans leur majorité. Les responsables évoquent pour leur part une surcharge du système.

« On m’a envoyé un message me disant qu’il fallait que je me place à l’isolement parce que le 28 juin, entre 14 heures et 15 heures, je me trouvais à côté d’un porteur confirmé du coronavirus. Mais j’étais chez moi à ce moment-là », déplore Mazal Shain, enseignante dans un jardin d’enfants et originaire de Givatayim, devant les caméras de la Douzième chaîne.

Une femme utilise son téléphone, entourée de gens qui portent le masque par crainte du coronavirus, dans le centre-ville de Jérusalem, le 8 juin 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Je me retrouve à l’isolement encore pendant cinq jours et il faut que j’aille au travail », ajoute Shai. « Je suis institutrice et, au moment où je vous parle, je devrais me trouver dans un camp d’été. Je ne présente aucun symptôme, je ne me suis approchée de personne et là, j’ai perdu cinq jours de paie pour rien ».

Comme pour un grand nombre de plaintes exprimées via les réseaux sociaux et dans la presse, ces derniers jours, Shai note avoir tenté de téléphoner à la ligne d’urgence mise en place par le ministère sans parvenir à entrer en contact avec un interlocuteur.

« J’ai bien essayé d’appeler mais personne ne m’a répondu. Je tente de joindre la hotline du ministère de la Santé, et on me raccroche au nez… Ce n’est pourtant pas admissible d’envoyer comme ça des milliers de personnes à l’isolement sans raison », s’exclame-t-elle.

Un soldat actuellement enrôlé dans une formation au commandement, au sein de l’armée israélienne, a reçu l’ordre de se mettre en quatorzaine parce qu’il aurait été en contact avec un porteur du virus lui-même à l’isolement, a raconté la Douzième chaîne.

Le soldat risque d’être écarté de cette formation prestigieuse et « nous n’avons pas pu obtenir de réponse de la ligne d’urgence du ministère de la Santé. Ce n’est que lorsque nous sommes parvenus à faire intervenir des contacts personnels et haut-placés dans l’armée que nous avons pu résoudre le problème », a expliqué la sœur du militaire, dimanche.

Aucun chiffre n’était disponible, dimanche, pour évaluer l’ampleur du problème mais le ministère de la Santé a semblé confirmer qu’il luttait pour gérer l’afflux des plaintes. Il a fait savoir dans un communiqué avoir reçu des milliers d’appels sur sa hotline consacrée au coronavirus, au numéro *5400, depuis que les messages texto ont commencé à être émis, surchargeant le système.

Des Israéliens sur le marché Mahane Yehuda de Jérusalem après sa réouverture, le 7 mai 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Nous comprenons les difficultés rencontrées par le public mais il est important de se rappeler que cet outil est très utile pour mener des enquêtes épidémiologiques et qu’il sauve également des vies », a continué le ministère.

Le temps d’attente est très long sur la ligne d’urgence, a-t-il reconnu, promettant que de nouveaux personnels seraient déployés pour répondre aux citoyens rencontrant des difficultés.

« Le ministère de la Santé souligne que la réception d’un message nécessite une mise à l’isolement immédiate », a poursuivi le communiqué.

Itamar Grotto, directeur-général adjoint du ministère de la Santé, estime pour sa part que le ministère a commis une erreur en n’établissant pas un système d’appels téléphoniques plus efficace.

« Nous nous sommes trompés en ne mettant pas en place une infrastructure adéquate qui puisse garantir qu’il y aurait une réponse à chaque appel téléphonique. Le système s’est effondré », a déploré Grotto au micro de la radio militaire.

Un problème d’inexactitude similaire a été rapporté avec l’application Magen, qui suit les utilisateurs et leur signale s’ils se trouvent à proximité immédiate d’un porteur du coronavirus. Néanmoins, l’application s’appuie sur le GPS plutôt que sur la technologie Bluetooth, plus précise.

Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz a déclaré dimanche qu’il poussait le gouvernement à développer une application de suivi civile qui viendrait se substituer au Shin Bet. Les Israéliens devront télécharger cette application pour avoir accès aux espaces publics, a-t-il noté.

Les quatorzaines sont obligatoires en Israël et les mêmes technologies de suivi par téléphone peuvent être utilisées pour traquer les porteurs possibles de la maladie et pour mettre en oeuvre les règles de mise à l’isolement. Le refus d’obtempérer peut entraîner de lourdes amendes, voire l’envoi du récalcitrant dans une structure supervisée.

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