Le taux de vaccination augmente à Jérusalem-Est, mais « reste extrêmement bas »
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Le taux de vaccination augmente à Jérusalem-Est, mais « reste extrêmement bas »

Les responsables de la Santé constatent que cette amélioration arrive alors que les quartiers palestiniens connaissent un taux de positivité extrêmement élevé

Des habitants de Jérusalem-Est se font vacciner contre la COVID-19 à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 février 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des habitants de Jérusalem-Est se font vacciner contre la COVID-19 à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 26 février 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Dans une cour d’école tranquille du quartier d’Issawiya, à Jérusalem-Est, des résidents palestiniens échangent quelques mots alors qu’ils attendent leur tour pour se faire vacciner dans la journée de samedi.

« Tu t’es inscrit pour te faire vacciner, Ahmad ? », crie quelqu’un depuis un balcon qui surplombe la cour à un ami qui se trouve du côté de la file d’attente. Ce dernier répond : « Je viens juste d’avoir la première dose ! », en levant les deux pouces en signe de satisfaction et de victoire.

Même si Issawiya est l’un des quartiers les plus pauvres de Jérusalem-Est, c’est là que la campagne de vaccination contre le coronavirus a été la plus active, expliquent les responsables de la santé. Les choses ont changé quand le Magen David Adom, en coordination avec les autorités locales, a installé un centre de vaccination dans un collège pour une population qui se trouve au plus bas de l’échelle socio-économique de l’Etat.

Les Palestiniens de Jérusalem-Est sont largement à la traîne, derrière le reste de la capitale, en ce qui concerne l’immunisation contre la maladie. Environ 61% des habitants de Jérusalem éligibles au vaccin ont reçu au moins une dose : ils sont ainsi 45 % parmi les Palestiniens, 54 % parmi les ultra-orthodoxes et 76 % parmi ceux qui appartiennent au dit « public général ».

Les résidents d’Issawaya réunis autour d’un collège local pour se faire vacciner contre le coronavirus, le 27 février 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)

Les Palestiniens de Jérusalem-Est sont même à la traîne derrière les villes et villages arabes israéliens, où environ 32 % des résidents ont d’ores et déjà reçu au moins une dose de vaccin contre 23 % à Jérusalem-Est.

« Nous savons que le nombre de personnes vaccinées à Jérusalem-Est est faible. Il commence à augmenter parce que la prise de conscience commence, elle aussi, à croître – mais ce taux reste extrêmement bas », commente Fadi Idkeydik, à la tête des activités du Magen David Adom à Jérusalem-Est.

Israël a capturé Jérusalem-Est en 1967 et a annexé la partie orientale de la ville en 1980, une initiative qui n’a pas été reconnue par la communauté internationale. La plus grande partie des 350 000 Palestiniens qui vivent à Jérusalem ont le statut de « résident permanent », ce qui leur donne le droit de bénéficier du système de soins israéliens et du système national d’assurance-maladie.

De nombreux responsables de la santé ont attribué cette réticence face à l’immunisation aux réseaux sociaux palestiniens, où le déni de la pandémie et où les théories du complot anti-vax sont nombreuses.

« On y trouve des histoires incroyables : Le vaccin serait utilisé pour tuer les Arabes, pour se débarrasser des Arabes, pour nous stériliser », indique Idkeydik.

Mais en même temps, Issawiya – un quartier connu par la majorité des Israéliens comme étant le théâtre d’affrontements nocturnes fréquents entre la police et les Palestiniens – est devenu le quartier de Jérusalem-Est où le taux de vaccination est le plus élevé. Selon les chiffres du ministère de la Santé, environ 74 % des 10 527 résidents du quartier éligibles à la vaccination ont reçu au moins une dose.

Fadi Idkeydik, directeur du Magen david Adom pour les activités de Jérusalem-Est à Issawiya, le 27 février 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)

Le succès d’Issawiya montre que rendre les vaccins accessibles est tout aussi important que de lutter contre le scepticisme anti-vax, dit Fouad Abu Hamid, responsable à la Clalit qui dirige un dispensaire à Beit Safafa.

Au tout début de la campagne de vaccination israélienne, les résidents de Jérusalem-Est allaient majoritairement à la clinique Sheikh Jerrah de la Clalit se faire vacciner. Les défis logistiques visant à faire venir les habitants de toute la ville étaient gigantesques, avait expliqué Abu Hamid à ce moment-là.

« Les centres de vaccination mobiles, comme à Issawiya, ont joué un rôle déterminant en faveur de la vaccination. Ce qui prouve que la question, ce n’est pas seulement que les gens ne voudraient pas se faire vacciner, c’est que nous devons briser la barrière qui empêche l’accès au vaccin », note Abu Hamid.

Jérusalem est une ville immense, qui s’étend sur plus de 125 kilomètres-carrés. Des dizaines de milliers de Palestiniens de Jérusalem-Est vivent également au-delà de la barrière de sécurité qui serpente à travers sa partie orientale, en coupant des quartiers entiers. Ceux qui vivent de l’autre côté doivent traverser le checkpoint de Qalandiya – un point de circulation sensible et tristement célèbre – pour pouvoir se faire vacciner.

Munir Zughayyer, activiste de Kafr Aqab – un quartier situé au-delà de la barrière – avait raconté au Times of Israel, au mois de janvier, que traverser ce poste de contrôle pour se rendre au principal dispensaire de Sheikh Jarrah pouvait prendre deux à trois heures, et il avait remarqué que le checkpoint fermait parfois pendant plusieurs heures d’affilée sans mise en garde préalable. Les gens, avait continué Zughayyer, prenaient plutôt les transports publics, ce qui ajoutait au coût et à la durée du voyage.

Mais, au cours des dernières semaines, les caisses d’assurance-maladie et le service du Magen David Adom ont ouvert des centres de vaccination temporaires à Kafr Aqab et dans le camp de réfugiés de Shuafat pour tenter d’atteindre les habitants de Jérusalem-Est qui vivent au-delà de la barrière de sécurité.

« On va à eux. Dans tous les endroits qui ne sont pas accessibles à Kafr Aqab et ainsi de suite, on ouvre un centre de vaccination temporaire et on va les voir », explique Dima Bitar, directeur du dispensaire Sheikh Jarrah qui dépend de la caisse d’assurance-maladie Clalit.

Trop peu, trop tard ?

Cette hausse apparente des vaccinations n’a néanmoins pas eu lieu suffisamment rapidement pour empêcher Jérusalem-Est de connaître une nouvelle vague de coronavirus.

Alors même que le nombre de cas continue à baisser proportionnellement à la hausse de la vaccination à l’ouest de la ville, les Palestiniens connaissent une augmentation nette du nombre de malades – c’est le cas également dans les secteurs palestiniens de la Cisjordanie – partout où les vaccins ne sont pas encore largement disponibles. Six Palestiniens sont morts samedi de la COVID-19 à Jérusalem-Est : C’est le bilan le plus lourd depuis le début de la pandémie.

« C’est un phénomène qu’on avait constaté déjà auparavant – que les restrictions entraînées par le confinement n’étaient pas suivies à Jérusalem-Est. Mais aujourd’hui, on est également en train de voir en direct l’impact du variant britannique, qui se propage vite, et l’impact du manque de vaccinations dans la partie orientale de la ville », continue Abu Hamid.

Dimanche après-midi, seuls les quartiers palestiniens de Jérusalem étaient encore classées zones « rouges » – au taux d’infection élevé – selon le système de classement national qui a été mis en place. Les Palestiniens de Jérusalem-Est ont connu des taux de positivité au virus de 25 % – dans certains cas, ils ont frôlé les 30 % – ce qui indique que de nombreux cas ne sont probablement pas détectés.

Un employé du secteur de la santé administre une dose de vaccin contre la COVID-19 Pfizer-BioNtech à Jérusalem-Est, le 3 février 2021. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Quartier après quartier, les taux de positivité montrent une hausse nette. Selon les chiffres du ministère de la Santé, il y a environ 33 % des tests de dépistage qui reviennent positifs à Kafr Aqab. Dans la banlieue relativement favorisée de Beit Hanina, c’est le cas d’environ 28 % des tests. Il y a eu aussi une augmentation de 66 % des cas au cours de la semaine passée.

« Nous constatons des chiffres plus élevés de personnes qui viennent se faire tester ainsi que des taux de positivité qui augmentent au fur et à mesure », note Bitar. « Quand une personne est infectée, c’est toute la famille qui l’est ».

A Issawiya, Rihan, bénévole de 16 ans, explique que même certains de ses amis et de ses proches s’étaient initialement abstenus de venir se faire injecter la précieuse première dose, convaincus que les vaccins leur nuiraient. Mais, ajoute-t-elle, tout le monde commence à venir.

« Il y a eu une amélioration. Au début, les gens étaient totalement contre le vaccin. Mais maintenant, ils veulent revenir à la vie normale et beaucoup de gens se montrent dorénavant dans les centres de vaccination », explique-t-elle.

Une résidente palestinienne du quartier de Beit Hanina à Jérusalem-Est se fait vacciner contre le coronavirus dans un centre de santé de Clalit, le 12 janvier 2021. (Ahmad Gharabli/AFP)

Mais Thair Abeid, qui coordonne la réponse au coronavirus à Issawiya au nom de la municipalité de Jérusalem, avertit que d’une certaine manière, le plus facile a été fait dans la bataille contre le coronavirus à Jérusalem-Est. Il s’appuie sur les chiffres : La semaine dernière, plus de mille résidents du quartier sont venus se faire immuniser. Ils n’étaient que 550 cette semaine.

« Maintenant, environ 70 % des résidents d’Issawiya, ici, ont été vaccinés ou ont guéri du virus. Mais les autres ? Ça va être très dur de les convaincre de venir », déplore Abeid, debout à l’entrée du centre de vaccination d’Issawiya.

De son côté, la maladie continuera à se propager, dit Abreid, alors que peu de résidents de Jérusalem-Est semblent être décidés à suivre les directives interdisant les vastes rassemblements.

Alors même qu’il parle, un bruit assourdissant résultant de l’explosion de feux d’artifice se fait entendre à proximité. Il sourit avec amertume : « Un autre mariage. A chaque fois que j’entends ce type de feux d’artifice exploser, je me dis qu’avec le nombre de cas qu’il va y avoir, ce n’est pas la semaine prochaine qu’on va pouvoir souffler ».

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