Le Technion met au point un désinfectant à libération prolongée contre les virus
Rechercher

Le Technion met au point un désinfectant à libération prolongée contre les virus

Au lieu de mobiliser des agents en tenue de protection pour protéger les surfaces du coronavirus, une seule vaporisation de ce polymère suffirait pour plusieurs mois

Des travailleurs portant leur tenue de protection aident à nettoyer leurs équipements respectifs après la désinfection contre le coronavirus dans une station du métro de Séoul, en Corée du Sud, le 21 février 2020. (Crédit : AP Photo/Ahn Young-joon)
Des travailleurs portant leur tenue de protection aident à nettoyer leurs équipements respectifs après la désinfection contre le coronavirus dans une station du métro de Séoul, en Corée du Sud, le 21 février 2020. (Crédit : AP Photo/Ahn Young-joon)

Des scientifiques israéliens ont déclaré mardi se trouver à un stade avancé de la mise au point d’un désinfectant efficace pendant des mois, et affirment qu’il va « changer la donne » en matière d’hygiène pendant la pandémie, en permettant de désinfecter les surfaces dans les lieux publics et de les garder exemptes de virus.

« On voit partout dans les journaux télévisés des images de personnes en tenue blanche en train de pulvériser du désinfectant, mais elles doivent répéter l’opération plusieurs fois par jour parce que le désinfectant ne reste pas actif », décrit Shady Farah du Technion, l’Institut israélien de technologie. « Avec notre produit, il suffira de vaporiser une seule fois, et la protection restera active pendant plusieurs mois. »

Les recherches sur lesquelles repose le nouveau désinfectant n’ont pas encore été soumises à l’évaluation d’autres scientifiques pour validation.

Le polymère peut être utilisé dans des produits de nettoyage pour toutes sortes de surfaces, y compris les sols, les tissus et les métaux, indique Shady Farah. Il a ajouté qu’il a été conçu spécialement pour cibler le nouveau coronavirus, mais qu’il tuera également divers autres virus, et qu’il peut être modifié pour s’attaquer aux micro-organismes qui pourraient provoquer de futures crises sanitaires.

Shady Farah du Technion, présente le polymère qu’il a conçu pour désinfecter les surfaces contre le coronavirus. (Crédit : Technion)

La plupart des désinfectants existants ne tuent que les micro-organismes qui se trouvent sur les surfaces au moment de leur utilisation, ou pendant quelques minutes. Lorsqu’ils sont pulvérisés sur un virus, ils ont tendance à l’attaquer, mais pas à briser « l’enveloppe virale », qui protège son matériel génétique, explique Shady Farah.

Il a déclaré que son polymère « déstabilise » l’enveloppe virale, puis altère et détruit sa structure de sorte que sa capacité d’infection est altérée. Il forme alors une couche sur la surface, et le désinfectant est libéré en continu pendant des mois, de sorte que l’effet est durable. « La désinfection actuelle a de nombreuses limites, mais ce polymère peut avoir des avantages très durables », précise-t-il.

Le chercheur se dit confiant que son désinfectant sera mis sur le marché, en coopération avec les sociétés d’hygiène, d’ici la fin de l’année. Il a déclaré que les principes ont été établis, et que son laboratoire travaille sur les détails.

Il prédit qu’avec les difficultés rencontrées par les décideurs politiques pour trouver des moyens d’ouvrir les écoles, les centres commerciaux et autres lieux à forte circulation tout en empêchant les gens d’être infectés, « cela changera la donne en termes d’arrêt de la propagation du virus ».

Un diagramme de l’équipe de Shady Farah au Technion montrant comment le nouveau désinfectant pourrait maintenir les surfaces exemptes de coronavirus. (Crédit : Technion)

Il ajoute que cette mesure est particulièrement pertinente pour les transports en commun, car il est compliqué pour les entreprises d’interrompre la circulation pour assurer un nettoyage régulier tout en maintenant la ponctualité des services. « Ce produit peut être pulvérisé partout dans les transports publics, y compris dans les gares routières, sur les sièges et les vitres », indique-t-il. « Nous pouvons créer des formulations spéciales pour les métros et autres lieux, en adaptant le matériau pour qu’il fonctionne au mieux selon l’environnement. »

« Si vous avez un virus et que vous pulvérisez de l’eau de javel ou un désinfectant standard, cela tuera le virus, mais cela ne protégera pas la surface contre d’autres virus par la suite. Si une personne malade passe par là, elle infectera à nouveau la surface, mais avec notre désinfectant, cela n’arrivera pas », explique-t-il.

Il affirme qu’il s’agit d’une révolution, alors que des zones d’ombre subsistent quant à l’utilisation des désinfectants existants dans les zones extérieures. L’Organisation mondiale de la Santé a averti samedi que « la pulvérisation de produits chimiques a peu de chances de couvrir correctement toutes les surfaces pendant le temps de contact nécessaire pour rendre les agents pathogènes inactifs ».

Shady Farah assure que son polymère permettra de surmonter ce problème et d’autres associés aux désinfectants existants.

À 33 ans, ce résident de la ville arabe de Kafr Yasif et professeur adjoint d’ingénierie chimique est une étoile montante du Technion. Il est titulaire de trois diplômes universitaires en hébreu et a bénéficié de bourses postdoctorales au MIT et dans un hôpital universitaire de la Harvard Medical School. Il a été lauréat d’une bourse Maof pour jeunes chercheurs d’exception l’année dernière et a obtenu une bourse spéciale Covid-19 de la part de l’Institut européen d’innovation et de technologie de la santé pour son désinfectant.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...