Le téléphérique de Jérusalem fait polémique
Rechercher

Le téléphérique de Jérusalem fait polémique

Une annonce officielle devrait être publiée vendredi dans les journaux pour lancer la période de 60 jours réservée aux objections publiques

Esquisse d'artiste de la traversée en téléphérique de la vallée du Hinnom à Jérusalem, d'après une vidéo de présentation diffusée sur YouTube.
Esquisse d'artiste de la traversée en téléphérique de la vallée du Hinnom à Jérusalem, d'après une vidéo de présentation diffusée sur YouTube.

Le Conseil de l’urbanisme national d’Israël va officiellement présenter un projet polémique pour construire un téléphérique qui traversera l’historique vallée Hinnom de Jérusalem et longera les murs de la Vieille Ville en direction d’une zone à proximité du mur Occidental.

Le conseil publiera vendredi le document d’approbation du projet, lançant ainsi une période de 60 jours pour les objections publiques avant que le projet ne soit définitivement approuvé.

Le téléphérique devrait constituer une attraction touristique, mais aussi une solution au sérieux problème d’embouteillages et de pollution autour des murs de la Vieille Ville.

A l’heure de pointe, le téléphérique pourra transporter jusqu’à 3 000 personnes par heure dans des 72 wagons pouvant chacun accueillir 10 passagers entre la zone commerciale du l’Ancienne Gare de Jérusalem et la Porte des Immondices de la Vieille Ville, à proximité du mur Occidental.

Le projet est fortement soutenu par le ministre du Tourisme Yariv Levin et le maire de Jérusalem Moshe Lion, même si de nombreux experts s’y opposent car ils considèrent qu’il est trop envahissant et politiquement irresponsable. En outre, ses opposants considèrent qu’il ne réglera pas la question des embouteillages et autres problèmes qu’il est censé résoudre.

C’est à l’occasion de Yom Yeroushalayim  qui marque la réunification des parties est et ouest de la ville après la Guerre des six jours de 1967 – l’an dernier que le gouvernement a annoncé l’allocation d’un budget de 200 millions de shekels (47,7 millions d’euros) pour le projet, qui doit commencer à fonctionner en 2021.

Le parcours du téléphérique partira du complexe culturel de l’Ancienne Gare de Jérusalem au sud du centre ville. Il passera, sans s’arrêter, à un entrepôt de stockage de tramway dans le jardin public en dessous de la rue Ein Rogel du quartier d’Abu Tor.

Esquisse de l’architecte de la station de téléphérique prévue à côté du complexe culturel existant de l’ancienne gare, « First Station », projetée lors d’une réunion publique à Jérusalem le 6 septembre 2018.

A partir de là, le téléphérique passera par la vallée d’Hinnom pour s’arrêter au mont Zion, avant de continuer vers le village palestinien de Silwan et sa destination finale – le centre Kedem qui doit encore être construit. Il s’agit d’un énorme complexe de plusieurs étages que la Fondation de la Ville de David, orientée politiquement à droite, veut bâtir au sommet du parking Givati, à proximité de la Porte des Immondices, juste à côté des murs de la Vieille ville.

La fondation – surtout connue pour le parc archéologique national qu’elle gère sous le nom de Ville de David – cherche à loger des familles juives à Silwan, une zone qu’elle appelle de Ville du (Roi) David, et pour créer des parcs et des projets touristiques afin de développer la présence juive dans et autour de l’espace de la Vieille Ville.

Malgré le fait que la station la plus à l’est sera située dans un bâtiment de la Fondation de la Ville de David, Aner Ozeri de l’Autorité du développement de Jérusalem, qui est en charge de mettre en place le projet, a déclaré que le projet va aussi aider les résidents majoritairement palestiniens de Silwan, qui n’ont pas de choix de transport très adaptés.

L’ensemble du trajet d’1,5 kilomètre prendra moins de cinq minutes.

Ozeri affirme que le téléphérique constituera une solution confortable, silencieuse et respectueuse de l’environnement aux embouteillages autour de la Vieille Ville. Le projet n’a pas besoin de beaucoup d’espace et s’adapte bien aux défis d’un terrain avec du dénivelé. Il a aussi déclaré qu’aucune maison ni toit ne devraient être détruits le long du trajet.

Aner Ozeri de l’Autorité du développement de Jérusalem (Facebook).

Pourtant, des architectes, des universitaires, des experts en protection de la nature et des guides touristiques ont très largement critiqué le projet.

ls l’ont qualifiée de Disneyland mal pensé qui défigurera le paysage historique avec ses 15 pylônes géants, abîmera les panoramas uniques du site classé au patrimoine mondial par l’UNESCO (la Vieille Ville et ses remparts) et fera peu pour régler ce qui était considéré, par ceux présents, des niveaux inadmissibles de pollution et des problèmes de circulation qui entravent l’accès aux sites sacrés pour les trois religions monothéistes.

Levin, le ministre du Tourisme du Likud, soutient le projet au niveau national. En effet, après une seule présentation devant le comité d’urbanisme de Jérusalem, le projet a été envoyé au Conseil national d’urbanisme – un organisme au sein du ministère des Finances mis en place pour gérer des projets majeurs d’infrastructure concernant le gaz ou des lignes de tramway qui dépassent les limites des compétences des autorités locales.

Un amendement gouvernemental de 2016 à la loi d’urbanisme – apparemment rédigé pour ce projet spécifique – a ajouté les projets « d’infrastructure touristique » à la définition des projets « d’infrastructure nationale », et mentionnait spécifiquement les systèmes de transport touristique.

Le ministre du Tourisme, Yariv Levin, prend la parole lors de la 15e Conférence annuelle du groupe « Besheva » à Jérusalem, le 12 février 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Contrairement aux projets de commission municipales ou régionales auxquels le public peut émettre des objections, avec en plus la possibilité d’un recours auprès du comité national, le Conseil d’urbanisme national accorde une seule période pour les objections, qu’elle qualifie de « réserves ».

Selon la vision des responsables du projet, les passagers se rendront à l’Ancienne Gare grâce à un trajet de téléphérique qui est actuellement élaboré et qui fera partie d’un système de transport plus large et desservant toute la ville avec des téléphérique, des bus et même un train. Le train entre Jérusalem et Tel Aviv, qui a été ouvert entre la capitale et l’Aéroport Ben Gurion à l’automne, sera prolongé jusqu’à la ville, si le projet est mené à son terme.

Des solutions de parking devront être trouvées à proximité de l’Ancienne Gare.

Ozeri a dit que le projet prévoit que des bus y déposeront les touristes et qu’ils iront ensuite vers des emplacements de parking spécialement créés à Har Homa et Givat Hamatos dans le sud de Jérusalem.

Pourtant, même si cette mesure est mise en place, on ignore encore comment autant de bus pourront circuler sur cette route étroite et dans des conditions difficiles à proximité de l’Ancienne Gare, tout particulièrement à l’heure de pointe.

Image de la rue étroite conduisant au Premier arrêt, montré sur la droite (Google Street).

Dans une lettre lue lors d’une rencontre publique sur le projet en septembre, Moshe Safdie, un architecte israélo-canadien de renommée internationale, a cependant déclaré que le projet « améliorerait sans aucun doute les infrastructures de la Fondation Citée de David » mais qu’il était mal conçu et inadapté.

Cela ne contribuerait guère à résoudre les problèmes d’accès à la Vieille Ville, ne ferait que déplacer les problèmes de circulation et de stationnement de la Vieille Ville vers l’Ancienne gare et devrait être remplacé par un parking dans le quartier juif, qui serait desservi par des navettes, expliqua-t-il.

Les esquisses des architectes sont « trompeuses », a affirmé Safdie, et les télécabines ont l’air beaucoup plus petites qu’elles ne le seront en réalité

« A ma connaissance, il n’y a aucune autre ville historique au monde qui ait autorisé la construction d’un téléphérique dans le panorama de son patrimoine historique », a-t-il encore ajouté.

« Un système de téléphérique, proche des remparts de la Vieille Ville… créera un précédent qui, sans aucun doute, suscitera une opposition et des critiques internationales ».

En décembre, le quotidien d’affaire The Marker a écrit un article sur les conclusions d’une entreprise de planification de la circulation de Tel Aviv qui avait été sollicitée par les responsables du projet de téléphérique. L’entreprise n’aurait pas trouvé d’intérêt suffisant parmi les visiteurs indépendants de la ville, qui composent la grande majorité de ses touristes.

L’architecte Moshe Safdie (Capture d’écran YouTube)

De fait, le chemin le plus court et le plus évident pour des visiteurs de la Vieille Ville passe par la gare centrale de bus et la nouvelle station de téléphérique le long de la route Jaffa vers la Porte Jaffa de la Vieille Ville. Prendre le transport public à l’arrêt de téléphérique dans le sud de la ville allongerait considérablement le temps du voyage.

Plus tôt ce mois, le journal Haaretz a fait état d’une demande effectuée auprès du JDA par Emek Shaveh, une ONG, qui souhaitait faire réaliser une étude sur la faisabilité économique du projet. La demande d’étude a été rejetée avec pour seule explication que la publication d’une telle étude pourrait « perturber la progression du projet ».

Emel Shaveh, une organisation de gauche engagée pour protéger les sites archéologiques qui constituent l’héritage commun de toutes les cultures et de toutes les religions du pays, a promis de s’opposer au projet.

Un communiqué de l’organisation a décrit le projet comme étant « destructeur » en l’accusant d’endommager les murs de la Vieille Ville et la paysage de la zone. « Et c’est cela qu’ils osent appeler du tourisme ».

Un communiqué publié au nom de Lion, le maire de Jérusalem récemment élu, notait que « ce projet est une véritable priorité pour la ville puisqu’il donnera aux résidents et aux visiteurs l’opportunité d’avoir accès aux lieux les plus saints de Jérusalem. Il facilitera la circulation et réduira les embouteillages à travers la capitale ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...