Rechercher

Le voyage en Syrie d’un aspirant jihadiste arabe israélien déjoué par sa mère

Ahmad Sarsour a entre autres tenté d'organiser le meurtre de l'activiste néerlandais qui avait organisé le concours artistique sur le prophète Mahomet

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Les membres du groupe Hayat Tahrir al-Sham, dirigé par lancien affilié d'Al-Qaïda en Syrie, devant un convoi de bus prêts à entrer à  Fuaa et à Kefraya pour évacuer les habitants, le 18 juillet 2018 (Crédit : AFP PHOTO / OMAR HAJ KADOUR)
Les membres du groupe Hayat Tahrir al-Sham, dirigé par lancien affilié d'Al-Qaïda en Syrie, devant un convoi de bus prêts à entrer à Fuaa et à Kefraya pour évacuer les habitants, le 18 juillet 2018 (Crédit : AFP PHOTO / OMAR HAJ KADOUR)

Les procureurs de l’Etat ont inculpé dimanche un Arabe israélien qui avait prévu de rejoindre les groupes terroristes jihadistes anti-régime en Syrie mais qui n’a pas pu, sa mère lui ayant confisqué son passeport, a fait savoir lundi le ministère de la Justice.

En plus de son départ vers la Syrie avorté, Ahmad Sarsour, 20 ans, originaire de la ville arabe de Kafr Qassem, dans le nord du pays, avait également prévu de commettre une attaque au couteau contre des juifs à Jérusalem avant d’en être dissuadé par un contact, ont expliqué les procureurs.

L’homme a aussi fait plusieurs tentatives infructueuses pour obtenir un fusil à lunettes, des explosifs et du propergol sur Internet. Il était néanmoins parvenu à acquérir un couteau qu’il comptait utiliser pour mener un attentat à l’arme blanche.

Sarsour est accusé de délits liés à différents trafics, de fabrication et d’importation d’une arme blanche, de tentative de voyage illégal à l’étranger, de financement du terrorisme et d’obstruction à la justice parmi d’autres chefs d’inculpation, selon les actes présentés dimanche à la cour centrale de district.

« L’accusé, pendant longtemps, a exprimé son identification avec les groupes terroristes et son soutien pour ces derniers, il a également exprimé un désir fort de quitter le pays pour la Syrie avec l’intention d’y mener le jihad, il porte un intérêt extrême pour les armes et les explosifs, et il était même en contact avec des organisations terroristes déclarées », selon les documents du tribunal.

En 2017 et 2018, et jusqu’à son arrestation, Sarsour était en contact avec des activistes et des soutiens des organisations terroristes et jihadistes via les applications WhatsApp, Facebook et Telegram, ont accusé les procureurs.

Vue de la ville israélo-arabe de Kafr Qassem, près de Tel Aviv, le 2 juillet 2013. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Sarsour aurait contacté un membre du groupe Hayat Tahrir al-Sham en Syrie et lui aurait donné de l’argent à différentes occasions. En 2017, il avait programmé de quitter le pays pour la Syrie et de rejoindre l’un des groupes jihadistes combattant le régime en place. Il avait acheté un billet en partance d’Israël pour la Turquie le 7 novembre 2017, et il s’était organisé avec son contact pour traverser clandestinement la frontière vers la Syrie. La nuit qui avait précédé son départ, sa mère avait découvert ses intentions et l’avait empêché de partir pour l’aéroport, lui confisquant son passeport.

Il est aussi accusé d’avoir contacté un soutien d’Al-Qaïda sur internet, et de lui avoir demandé de l’aide pour coordonner l’assassinat d’un activiste politique néerlandais qui, en 2018, avait organisé un concours artistique consacré au prophète Mahomet. La loi islamique interdit de créer des images du prophète Mahomet.

En 2017 et 2018, Sarsour aurait fréquenté des sites internet soutenant le terrorisme ainsi que d’autres proposant d’acheter des armes, des explosifs et d’autres matériels entrant dans leur fabrication.

Il avait essayé d’acheter du potassium pour fabriquer des roquettes, payant même un vendeur qui lui avait alors répondu que le potassium ne pourrait pas être envoyé en Israël. Il s’était également penché sur l’achat d’un fusil à lunette d’une valeur de 14 000 dollars, ont noté les procureurs.

Deux fidèles musulmanes près du complexe de la mosquée Al-Aqsa, sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

En 2015, Sarsour avait également décidé de commettre un attentat au couteau contre des juifs, a annoncé le ministère de la Justice. Il avait acheté une arme blanche sur internet et l’avait emmené lors des prières à la mosquée Al-Aqsa, sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, pour passer à l’attaque. L’une de ses relations était parvenue à le convaincre de ne pas commettre ce meurtre.

Le 21 octobre, les forces de sécurité israéliennes sont venues l’arrêter à son domicile. Sarsour a alors tenté de supprimer de son téléphone mobile l’application Facebook.

L’acte d’inculpation précise que les actions de Sarsour « signalent une idéologie extrémiste avec une tendance à mener des actes terroristes actifs; il y a donc une inquiétude raisonnable que l’accusé puisse mettre en péril la sécurité publique ».

Les procureurs ont réclamé son placement en détention jusqu’à la fin des procédures.

Le mois dernier, deux habitants de Jaffa ont été inculpés pour avoir tenté de rejoindre des groupes jihadistes en Syrie afin d’y suivre une formation qui leur aurait permis de commettre des attentats terroristes à leur retour en Israël.

Relativement peu d’Arabes israéliens ont rejoint des groupes jihadistes en Syrie, ces dernières années, l’Etat islamique restant le groupe le plus populaire parmi eux. Mais les services de sécurité du Shin Bet ont annoncé qu’ils considéraient la possibilité que des citoyens israéliens aillent renforcer les rangs de l’EI comme « une menace sécuritaire grave ». Quelques dizaines d’Arabes israéliens ont été arrêtés pour les liens présumés avec l’EI ces dernières années, et une vingtaine d’entre eux auraient rejoint le groupe en Syrie et en Irak.

Au mois de mars, un Arabe israélien a été condamné à 28 mois de prison pour avoir tenté d’aller rejoindre l’Etat islamique.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...