Le Yémen reste plongé dans le chaos un an après l’intervention arabe
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Le Yémen reste plongé dans le chaos un an après l’intervention arabe

La guerre a un impact désastreux au Yémen avec près de 6 300 morts et d'importantes pénuries alimentaires, selon l'ONU

Une Yéménite au milieu des décombres des maisons détruites par une frappe aérienne saoudienne sur une zone résidentielle en avril 2015, dans la capitale Sanaa, le 18 mai 2015. (Crédit : Mohammed Huwais/AFP)
Une Yéménite au milieu des décombres des maisons détruites par une frappe aérienne saoudienne sur une zone résidentielle en avril 2015, dans la capitale Sanaa, le 18 mai 2015. (Crédit : Mohammed Huwais/AFP)

L’opération arabe sous commandement saoudien au Yémen entre samedi dans sa deuxième année sans avoir atteint ses objectifs, les rebelles chiites contrôlant toujours la capitale, les djihadistes semant la terreur dans le sud et les civils payant le plus lourd tribut.

Alors que la guerre a fait des milliers de morts, le médiateur de l’ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a annoncé mercredi un cessez-le-feu pour le 10 avril, ainsi que la reprise de négociations de paix le 18 avril au Koweït, après l’échec de pourparlers en décembre.

Lancée le 26 mars 2015, l’intervention de la coalition arabo-sunnite se donnait comme objectif de rétablir au Yémen le président « légitime » Abd Rabbo Mansour Hadi, chassé du pouvoir par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran.

Mais l’intense campagne de raids aériens et les combats au sol n’ont permis de faire reculer les Houthis que dans le sud. Les rebelles, alliés à l’ex-chef d’Etat Ali Abdallah Saleh, continuent de contrôler le centre et le nord du pays, y compris la capitale Sanaa.

Une année de conflit a fait près de 6 300 morts, pour moitié des civils, selon l’ONU. S’y ajoutent des centaines de personnes tuées dans des attentats et attaques menés par les groupes djihadistes Al-Qaïda et Etat islamique (EI).

La coalition a de son côté perdu des dizaines de soldats et de nombreux civils ont été tués en Arabie, à la frontière yéménite, par des tirs rebelles.

Résilience rebelle

« Vu les circonstances, les Houthis et les forces de Saleh se débrouillent relativement bien », note Charles Schmitz du Middle East Institute de Washington. « Ils n’ont pas de couverture aérienne et de moyens réels pour renflouer leurs stocks, mais continuent d’avoir une force militaire significative ».

Les rebelles ont « prouvé leur capacité de garder des territoires (conquis) et de coloniser des organismes clés de l’Etat », souligne Jordan Perry, expert au Verisk Maplecroft.

La coalition a cependant réussi depuis juillet 2015, au prix de violents combats et avec le soutien de combattants loyalistes, à chasser les Houthis de cinq provinces du sud.

Mais elle peine à progresser vers le nord, « handicapée par un manque d’expertise et d’expérience de combat sur le terrain », selon M. Perry.

L’Arabie et ses alliés affirment envisager la « fin des opérations majeures », au profit d’une stratégie de stabilisation à long terme du pays, des déclarations saluées par Washington.

« Maintenant, nous avons un gouvernement reconnu par la communauté internationale et administrant le pays à partir d’Aden », la grande ville du sud, a expliqué à l’AFP le porte-parole de la coalition, le général saoudien Ahmed Assiri.

Faiblesse de l’Etat

Mais l’insécurité règne dans le sud, faute d’une autorité affirmée du président Hadi qui passe plus de temps à Ryad qu’à Aden.

Ce gouvernement et la coalition « ont donné la priorité à la lutte contre les Houthis et fermé les yeux sur les gains de groupes sunnites radicaux qui, profitant du vide sécuritaire, ont continué à se métastaser », souligne M. Perry.

Ce n’est que récemment que l’aviation de la coalition est intervenue à Aden contre des combattants d’Al-Qaïda qui continuent de contrôler des quartiers du centre-ville.

En outre, la ville a connu des accrochages entre soldats et combattants loyalistes protestant contre les retards dans le paiement de leurs soldes par le gouvernement.

Certains parmi ces derniers n’hésitent pas à aller gonfler les rangs des jihadistes qui, pour saper davantage l’autorité de l’Etat, multiplient attentats et attaques contre l’armée, la police et les responsables locaux.

Catastrophe humanitaire

La guerre a un impact désastreux sur les Yéménites, dont 80 % sont confrontés à d’importantes pénuries alimentaires, selon l’ONU.

« Les hôpitaux manquent de médicaments, l’eau et l’électricité sont coupées et les stocks de vivres et d’autres denrées essentielles comme le carburant sont au plus bas », résume Rima Kamal, porte-parole de la Croix-Rouge.

L’ONU a indiqué vendredi dernier que la coalition avait entraîné, en un an, la mort de « deux fois plus » de civils que toutes les autres forces présentes dans le pays.

« Ils ont frappé des marchés, des hôpitaux, des cliniques, des écoles, des usines, des réceptions de mariage et des centaines de résidences », s’est insurgé le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

Des ONG s’inquiètent d’une « catastrophe humanitaire oubliée » et les appels se multiplient pour un embargo sur les armes contre l’Arabie saoudite.

L’expert Charles Schmitz évoque une « lueur d’espoir » avec la médiation de l’ONU. Mais la perspective d’une « paix globale », basée sur un réel partage du pouvoir entre les parties yéménites, reste lointaine, selon M. Perry.

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