Israël en guerre - Jour 196

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L’économiste Mohammad Mustafa nommé nouveau Premier ministre de l’AP

Ancien président du Fonds d'investissement pour la Palestine et conseiller économique de Mahmoud Abbas, il prend ses fonctions en pleine guerre entre Israël et le Hamas

Le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec le Premier ministre désigné Mohammad Mustafa, à Ramallah, le 14 mars 2024. (Crédit : Wafa)
Le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec le Premier ministre désigné Mohammad Mustafa, à Ramallah, le 14 mars 2024. (Crédit : Wafa)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a nommé l’économiste Mohammad Mustafa nouveau Premier ministre, suite à la démission le 26 février du précédent gouvernement, a annoncé jeudi l’agence officielle Wafa.

M. Mustafa, ancien président du Fonds d’investissement pour la Palestine (PIF) et conseiller économique du président Abbas, prend ses fonctions en pleine guerre entre Israël et le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par M. Abbas pour réformer l’AP et créer un gouvernement technocratique en Cisjordanie, qui sera mieux préparé à reprendre le contrôle de Gaza après la fin de la guerre menée par Israël contre le Hamas.

Mais ces projets se heurtent à des obstacles majeurs, notamment la forte opposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu et la guerre entre Israël et le Hamas qui, après plus de cinq mois, n’a toujours pas de fin en vue.

Il n’est pas certain que la nomination d’un nouveau chef par un proche allié d’Abbas suffise à satisfaire les exigences américaines en matière de réforme, puisque le président de 88 ans conserverait le contrôle général.

Pour l’analyste palestinien Abdoul Majeed Sweilem, la nomination de M. Mustafa représente une tentative de renforcer les institutions palestiniennes au moment où le président Abbas est « assiégé et sous la pression » d’Israël et de Washington.

Le vice-premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Mustafa à Ramallah le mercredi 12 juin 2013. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

M. Mustafa sera probablement considéré comme un profil « acceptable pour les Américains », ajoute l’analyste.

Preuve en est, la Maison Blanche a salué jeudi l’annonce de la nomination de M. Mustafa et appelé à la constitution d’un conseil des ministres « aussi vite que possible ».

« Les Etats-Unis attendront de ce nouveau gouvernement qu’il mette en oeuvre des politiques et des réformes crédibles et en profondeur », a déclaré dans un communiqué Adrienne Watson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

Mais pour le politologue Khalil Shaheen, le nouveau Premier ministre est avant tout un fidèle du président Abbas. « Mustafa a une vision économique, mais il demeure sous l’autorité du président Abbas. Au bout du compte, il restera son bras droit », estime-t-il.

« Abbas veut prouver qu’il soutient des réformes », mais « avec cette nomination, il s’assure d’avoir un Premier ministre qui ne le défiera pas », ajoute M. Shaheen.

« Le changement souhaité par les États-Unis d’Amérique et les pays de la région n’est pas nécessairement celui que souhaite le citoyen palestinien », a avancé Hani al-Masri, analyste politique palestinien. « Les gens veulent un véritable changement politique, pas un changement de nom… Ils veulent des élections ».

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 7 février 2024. (Crédit : AP Photo/Mark Schiefelbein)

Il a déclaré que Mustafa est « un homme respecté et instruit », mais qu’il aura du mal à répondre aux demandes du public pour améliorer les conditions en Cisjordanie, où les restrictions israéliennes imposées depuis le début de la guerre ont contribué à une crise économique.

Dans un communiqué annonçant cette nomination, M. Abbas a demandé à M. Mustafa d’élaborer des plans visant à réunifier l’administration en Cisjordanie et à Gaza, de mener des réformes au sein du gouvernement, des services de sécurité et de l’économie, et de lutter contre la corruption.

Mustafa aura plusieurs semaines pour constituer un cabinet, pendant lesquelles le Premier ministre sortant de l’Autorité palestinienne. Pendant ce temps, Mohammed Shtayyeh, restera à la tête du gouvernement, comme l’ont expliqué responsable palestinien, un diplomate européen de haut rang et un responsable américain au Times of Israel en début de semaine.

Mustafa, 69 ans, a tenu des consultations avec les membres potentiels du cabinet au cours des dernières semaines et les membres devraient être un groupe de technocrates non affiliés au parti Fatah d’Abbas – dont beaucoup ont été éduqués en Occident – selon les responsables.

Mustafa est respecté par de nombreux acteurs internationaux. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’université George Washington et a travaillé pendant 15 ans à la Banque mondiale.

Mustafa siège également au comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine depuis 2022 et préside le Fonds d’investissement palestinien depuis 2005.

Mustafa, comme Abbas, a exprimé sa conviction qu’une solution négociée pour la création d’un État palestinien est la solution pour mettre fin au conflit.

S’exprimant à Davos le 17 janvier, M. Mustafa a qualifié l’attaque du Hamas du 7 octobre de « malheureuse pour tout le monde ».

« Mais c’est aussi le symptôme d’un problème plus grave, à savoir que le peuple palestinien souffre depuis 75 ans sans discontinuer », a-t-il déclaré. « Jusqu’à aujourd’hui, nous croyons toujours que la création d’un État pour les Palestiniens est la voie à suivre, et nous espérons donc que cette fois-ci, nous serons en mesure d’y parvenir afin que tous les habitants de la région puissent vivre dans la sécurité et la paix », a-t-il ajouté.

Mustafa a déclaré que l’AP pouvait faire mieux « en termes de construction de meilleures institutions, de meilleure gouvernance afin que… nous puissions réunifier Gaza et la Cisjordanie ». Mais, a-t-il ajouté, « si nous ne parvenons pas à supprimer l’occupation, aucun gouvernement réformé, aucune institution réformée ne pourra réellement mettre en place un système de gouvernance efficace ou développer une économie appropriée ».

Israël critique depuis longtemps l’Autorité palestinienne pour les paiements qu’elle effectue aux familles des Palestiniens tués ou emprisonnés par Israël, y compris les terroristes reconnus coupables de meurtre d’Israéliens. L’Autorité palestinienne défend ces paiements, affirmant qu’il s’agit d’une forme d’aide sociale pour les familles lésées par le conflit qui dure depuis des décennies.

Le refus de l’Autorité palestinienne de mettre fin à cette pratique a conduit Israël à suspendre une partie des taxes et des droits de douane qu’il perçoit au nom de l’Autorité palestinienne, ce qui a contribué à des années de déficit budgétaire. L’Autorité palestinienne paie les salaires de dizaines de milliers d’enseignants, d’agents de santé et d’autres fonctionnaires.

Les États-Unis ont demandé qu’une AP réformée étende son mandat à la bande de Gaza d’après-guerre, avant la création éventuelle d’un État palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Mais Netanyahu a exclu tout rôle pour l’AP à Gaza et son gouvernement est opposé à la création d’un État palestinien.

À la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre, au cours de laquelle des milliers de terroristes du Hamas ont massacré quelque 1 200 personnes et pris 253 otages, pour la plupart des civils, lors d’un massacre sans précédent dans le sud d’Israël, Israël s’est engagé à démanteler le Hamas, à renverser le groupe terroriste qui règne depuis 16 ans sur la bande de Gaza et à maintenir un contrôle de sécurité illimité sur le territoire palestinien.

À la suite du massacre du 7 octobre, Israël a lancé une campagne aérienne et une opération terrestre à Gaza qui, selon le ministère de la santé dirigé par le Hamas, a fait plus de 31 000 morts. Ces chiffres ne peuvent toutefois pas être vérifiés de manière indépendante et ne font pas la distinction entre les civils et les combattants, dont Israël dit avoir tué quelque 13 000 personnes.

L’Autorité palestinienne a déclaré qu’elle ne retournerait pas à Gaza à la suite de l’offensive israélienne et qu’elle ne prendrait le contrôle du territoire que dans le cadre d’une solution globale au conflit qui inclurait la création d’un État.

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