L’EI tue sauvagement les civils qui tentent de fuir Mossoul
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L’EI tue sauvagement les civils qui tentent de fuir Mossoul

Alors que les troupes du gouvernement progressent contre le califat jihadiste qui s'écroule, les témoins font état de dizaines d'habitants exécutés et pendus aux poteaux électriques de la ville

Les forces de sécurité irakiennes passent devant des civils qui fuient la vieille ville de Mossoul, en raison des combats entre les forces gouvernementales et l'Etat islamique, le 30 mars 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Les forces de sécurité irakiennes passent devant des civils qui fuient la vieille ville de Mossoul, en raison des combats entre les forces gouvernementales et l'Etat islamique, le 30 mars 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Des dizaines de civils irakiens auraient été tués brutalement par l’Etat islamique (EI) ces derniers jours à Mossoul, alors que les forces du gouvernement continuent leur offensive pour reprendre le contrôle de la ville, actuellement entre les mains du groupe terroriste.

Selon Reuters, les corps mutilés d’habitants de Mossoul, rattrapés alors qu’ils tentaient de fuir la ville, ont été pendus à des poteaux d’électricité dans toute la ville, considérée par l’EI, en perte de vitesse, comme la capitale de facto en Irak de son « califat ».

Un homme a confié à l’agence de presse que l’un de ses proches était l’un des quatre résidents de Mossoul qui a été pendu à un poteau électrique du quartier de Tenek de Mossoul pour avoir tenté de s’échapper cette semaine.

« Ce spectacle était choquant. On n’a pas pu les décrocher et ils sont restés là pendant deux jours », a-t-il dit à Reuters sous condition d’anonymat.

Selon l’agence de presse, les forces de sécurité kurdes estiment que les combattants de l’EI ont tué 140 habitants de la municipalité cette semaine.

Les forces irakiennes dans un bâtiment endommagé de la vieille ville de Mossoul ouest, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Al-Rubaye/AFP)
Les forces irakiennes dans un bâtiment endommagé de la vieille ville de Mossoul ouest, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Al-Rubaye/AFP)

Un autre habitant évoque au moins 40 civils qui, dans leur tentative de fuite, ont été rattrapés par l’EI et tués dans la vieille ville de Mossoul. Parmi eux, des enfants et des personnes âgées.

« Je crains que ces familles qui sont restées entre les griffes de Daech aient connu un sort terrible », s’exclame une femme du quartier de Yarmouk, qui est parvenue de peu à s’échapper, en utilisant l’acronyme arabe de l’EI.

Selon les Nations unies, au moins 307 habitants de Mossoul ont été tués entre le 17 février et le 22 mars, une période qui ne couvre que les toutes premières semaines de l’offensive à l’ouest de Mossoul, et non l’opération entière qui a commencé aux environs du 15 octobre l’année dernière.

La lutte pour reprendre ce qui est dorénavant la dernière forteresse majeure de l’EI en Iran pèse lourdement sur les civils et les résidents locaux qui tentent de remettre sur pied cette ville ravagée par la guerre.

Des médecins de Mossoul au secours de leurs anciens voisins

« Ce sont nos voisins, nos familles » : dans un hôpital de campagne qui vient d’ouvrir près de Mossoul, chaque blessé qui arrive est un peu comme une histoire intime pour les médecins et infirmiers irakiens originaires de cette ville.

Assis sur un lit, un adolescent se tord de douleur. « La balle a traversé le bras sans toucher l’os ni une artère ou un nerf », diagnostique avec soulagement le jeune docteur Farouk Abdelkader, 29 ans.

Des Irakiens qui ont fui la vieille ville de Mossoul attendent d'être soignés, dans le quartier Al-Tayaran de la ville, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des Irakiens qui ont fui la vieille ville de Mossoul attendent d’être soignés, dans le quartier Al-Tayaran de la ville, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Plus loin, le docteur Sultan s’affaire autour d’un homme d’une quarantaine d’années blessé au visage. « Son état est stable », assure le chirurgien de 43 ans en relâchant le poignet sanguinolent de son patient.

Ces deux médecins originaires de Mossoul ont fui l’EI, qui a pris la ville en 2014. Mais aujourd’hui, ils sont de retour et le docteur Abdelkader s’estime chanceux, lui qui a perdu deux de ses amis docteurs. « L’un tué par les jihadistes, l’autre par une frappe aérienne ».

Dans l’hôpital de campagne d’Athbah, ils accueillent chaque jour des victimes des combats qui opposent forces pro gouvernementales et jihadistes de l’EI à Mossoul, à une vingtaine de kilomètres plus au nord.

Leur mission est de stabiliser les blessés avant qu’ils soient transférés vers un véritable hôpital, souvent à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.

Le complexe, gardé par des hommes armés, dispose notamment de deux blocs opératoires et d’une douche de décontamination pour les victimes d’attaques chimiques.

Une Irakienne qui a fui la vieille ville de Mossoul avec un médecin, dans le quartier Al-Tayaran de la ville, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Une Irakienne qui a fui la vieille ville de Mossoul avec un médecin, dans le quartier Al-Tayaran de la ville, le 8 avril 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« C’est très, très douloureux pour nous. […] Beaucoup de gens – beaucoup d’enfants – doivent être amputés ou sont désormais paralysés. Pourquoi? », se désole le docteur Sultan, qui préfère ne pas donner son nom complet pour des raisons de sécurité.

Son frère et sa sœur vivent dans une partie de Mossoul Ouest toujours aux mains des terroristes. A la crainte de les voir un jour arriver sur un brancard se joint celle de ne jamais les retrouver. « Je n’ai aucune nouvelle d’eux », confie le chirurgien.

« L’EI utilise les civils comme boucliers humains et beaucoup de bâtiments ont été détruits par des frappes aériennes. Peut-être qu’ils sont sous les décombres », murmure-t-il, ses yeux bleus marqués par la fatigue. « Est-ce qu’ils sont morts ? Est-ce qu’ils ont faim ? […] Je me sens impuissant ».

L’infirmier Ali Saad Abdelkhaled, qui soignait des civils dans sa propre maison pendant les combats à Mossoul Est, qualifie de « dramatique » l’accroissement du nombre de blessés ces dernières semaines. « La partie ouest de Mossoul est plus densément peuplée, c’est la vieille ville. »

Un troisième patient fait irruption dans l’établissement, le visage entièrement couvert de bandages ensanglantés. Ses os saillants se dessinent sur un corps frêle. Les quartiers de Mossoul toujours tenus par l’EI sont assiégés. Les provisions s’épuisent et les prix augmentent dramatiquement.

« Presque tous nos patients souffrent de malnutrition. On ne peut pas parler de famine, mais c’est très inquiétant. Surtout pour les enfants », se désole Taryn Anderson, l’infirmière en chef de cette structure ouverte fin mars avec le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Au bout d’une heure, les médecins décident de ne pas donner de perfusion sanguine à ce patient.

C’est un « cas noir », condamné à mourir, et le sang est une denrée rare réservée aux patients qui ont une chance de survie.

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