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Analyse

Les capacités antiaériennes de Gaza ne sont ni nouvelles ni réellement efficaces

Selon un expert, le système soviétique Strela-2, vieux de 50 ans, est facile à contrer et a des fonctions limitées, avec des missiles vieillissants et une alimentation instable

Des membres de Saraya al-Quds, la branche militaire du groupe terroriste du Jihad islamique, portent des systèmes antiaériens portatifs lors d'une parade militaire dans la ville de Gaza, le 5 janvier 2022. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)
Des membres de Saraya al-Quds, la branche militaire du groupe terroriste du Jihad islamique, portent des systèmes antiaériens portatifs lors d'une parade militaire dans la ville de Gaza, le 5 janvier 2022. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

Mardi, à l’aube, le groupe terroriste du Hamas a lancé plusieurs missiles anti-aériens sur des avions israéliens qui effectuaient des frappes aériennes dans la bande de Gaza. Les Forces de défense israéliennes ont déclaré que les missiles n’ont endommagé aucun avion.

Les médias palestiniens ont présenté l’utilisation de ces missiles comme une capacité nouvelle et révolutionnaire, le Hamas lui-même ayant ensuite diffusé une vidéo illustrant cette prouesse.

Mais non seulement ces capacités ne sont pas nouvelles, ni pour le Hamas ni pour les autres groupes terroristes basés à Gaza, mais, elles ont, en réalité, très peu de chances de se révéler efficaces, selon les experts.

La première utilisation signalée par le Hamas d’un missile SA-7 portatif, également connu sous le nom de Strela-2, remonte à octobre 2012. En novembre de la même année, le Hamas avait également publié une vidéo dans laquelle il affirmait, sans preuve, avoir touché un jet F-16 israélien avec ce missile.

En vérité, les différents groupes gazaouis n’ont jamais connu de succès avec leurs missiles antiaériens face aux avions israéliens.

Le système de défense sol-air Strela-2, produit au début des années 1970 par l’Union soviétique, fonctionne en utilisant un système primitif de repérage infrarouge pour se verrouiller sur une cible, généralement appelé « détecteur de chaleur », ou « guidage thermique ».

Un expert en armement occidental bien connu, qui écrit anonymement sur Twitter sous le pseudonyme de « Calibre Obscura », et dont les articles ont été cités par The Guardian, l’AFP, Vice et d’autres, a déclaré au Times of Israel que les avions israéliens faisaient un usage intensif de fusées éclairantes pour tromper le système, la contre-mesure la plus courante et la plus simple.

En outre, le système nécessite une batterie thermique pour lancer le missile. Comme les batteries d’origine ont tendance à se dégrader avec le temps, les groupes palestiniens ont apparemment eu recours à la fabrication de leurs propres versions bricolées pour que le système vieux de 60 ans reste fonctionnel.

« Parfois, elles peuvent fonctionner au-delà de leur durée de vie », a déclaré Calibre Obscura, durée qu’il estime à environ 15-20 ans, « mais souvent, ce n’est pas le cas, surtout si les conditions de stockage ne sont pas idéales ».

Selon lui, le Hamas a manifestement improvisé un système de batteries semblable à celui que les groupes rebelles ont utilisé en Syrie au cours de la guerre civile dans le pays. « Il est possible de bricoler en rajoutant des batteries d’ordinateurs portables… ou des batteries de voitures », a-t-il expliqué. Comme les batteries d’origine sont à usage unique, une solution rechargeable serait même idéale en quelque sorte si le groupe dispose d’un stock de missiles.

Mais même avec des batteries improvisées sur des systèmes vieux de 60 ans, « vous avez également affaire à certains de ces missiles, qui ont 40, 45 ans », a déclaré Calibre Obscura, ce qui signifie qu’ils peuvent ne pas fonctionner exactement comme prévu.

Les responsables israéliens estiment que le système a été introduit clandestinement dans l’enclave côtière depuis la Libye au début des années 2010. Selon Calibre Obscura, ce pourrait bien être le cas, mais le système est si commun qu’il pourrait aussi provenir d’ailleurs.

« Il était bon dans les années 70, surtout avec les versions améliorées, mais aujourd’hui, il est plutôt ancien », a-t-il déclaré.

On sait pourtant que les groupes terroristes de Gaza disposent d’un autre système soviétique, le 9K38 Igla, que l’expert a décrit comme « plus moderne et plus fonctionnel » que le Strela, citant l’utilisation récente et réussie par l’Ukraine contre les avions russes lors de l’invasion du pays par Moscou le mois dernier.

Mais l’Igla utilise lui aussi une technologie similaire de détection de chaleur, qui est facilement contournée.

« Si vous aviez un hélicoptère israélien qui, pour une raison quelconque, dormait au travail, volait à basse altitude et n’utilisait pas de fusées éclairantes ou d’autres contre-mesures… alors, techniquement parlant, [il pourrait être touché] », a-t-il déclaré.

En tout état de cause, l’armée de l’air israélienne devrait pouvoir continuer à opérer librement au-dessus de l’enclave palestinienne.

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