Les chaises musicales reprennent au cabinet, après le dernier remaniement de Netanyahu
Rechercher
Analyse

Les chaises musicales reprennent au cabinet, après le dernier remaniement de Netanyahu

La démission du Premier ministre du ministère des Communications est une lueur d'espoir pour au moins l'un de ses collègues insatisfait au Likud

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

LEs membres du cabinet posent pour une photo de groupe au Musée d'Israël à Jérusalem, avec le maire Nir Barkat, le 19 mai 2015. (Crédit : Marc Israel Sellem/Flash90)
LEs membres du cabinet posent pour une photo de groupe au Musée d'Israël à Jérusalem, avec le maire Nir Barkat, le 19 mai 2015. (Crédit : Marc Israel Sellem/Flash90)

Depuis la constitution compliquée et parfois désordonnée de son cabinet en mars 2015, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’est jamais resté très longtemps sans changer son personnel ministériel, son cabinet étant dans un remaniement constant.

Lundi, la dernière accalmie en date a pris fin quand le gouvernement a annoncé que Netanyahu démissionnerait de sa position au ministère des Communications suite à une demande de la Cour suprême et dans le contexte de l’enquête criminelle dont il fait l’objet.

Durant son vol retour des États-Unis après sa visite officielle la semaine dernière, le Premier ministre a déclaré aux journalistes que Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, qui n’occupe ce poste que depuis décembre, le remplacera comme ministre des Communications par intérim pour une période de trois mois.

La lettre de démission de Netanyahu exigée par l’article 22 du code de la Knesset (The Basic Law: The Government) ne lui permet pas de désigner un remplaçant « temporaire ». Bien qu’il puisse reprendre sa position plus tard, sa démission est permanente et Hanegbi, quoi que Netanyahu en dise, est son successeur permanent. À moins que, ou jusqu’à ce qu’il soit remplacé à son tour.

Et c’est avec Hanegbi, qui était ministre sans portefeuille jusqu’en décembre, et qui s’apprête à endosser son second poste au ministère, que la musique de l’éternel jeu des chaises musicales du cabinet de Netayahu a repris.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Tzahi Hanegbi en 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Tzahi Hanegbi en 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre sans portfolio Ayoub Kara a déclaré mardi que dans la mesure ou Hanegbi devient ministre des Communications, il « s’attend » à ce que le ministère de la Coopération régionale lui revienne.

« Il n’est pas normal que je sois attaqué parce que le Premier ministre m’a nommé ministre sans portefeuille quand lui a deux ministères », a déclaré Kara au Times of Israel, en parlant des critiques prononcées sur la nomination de ministres sans leur donner de portefeuille ministériel.

De l’hôpital au cabinet

« J’ai créé et géré le ministère des Affaires régionales et j’ai même été félicité par le gouvernement pour avoir mené à bien ces projets », a affirmé Kara.

Kara fait pression pour obtenir un portefeuille ministériel depuis la formation de la coalition, mais a été déçu à plusieurs reprises, et parfois avec d’importantes conséquences.

En mai 2015, Kara avait menacé de voter contre la nouvelle coalition s’il n’obtenait pas de poste, et le jour de la prestation de serment a pris une tournure dramatique. Kara a été transporté d’urgence depuis la Knesset jusqu’à l’hôpital d’Hadassah Ein Karem pour des douleurs thoraciques. Netanyahu avait assuré que les menaces proférées par Kara étaient « inoffensives », mais avec une coalition de seulement 61 sièges sur 120 à la Knesset, il avait besoin de Kara à ses côtés et au Parlement pour voter.

Presque miraculeusement, Kara est arrivé à la Knesset juste à temps et a annoncé qu’il avait été nommé vice-ministre de la Coopération régionale avec « le statut d’un ministre à part entière ».

En décembre, quand Hanegbi a été placé au ministère, Kara a relancé sa lutte pour devenir ministre, enjoignant ses collègues du Likud a faire pression sur le Premier ministre pour qu’il le promeuve ministre, selon des sources au sein de la coalition. Cette campagne aurait été efficace, puisque Kara a été nommé ministre sans portefeuille le mois dernier. C’est le deuxième Druze de l’histoire d’Israël à devenir membre du cabinet. Mais désormais, il a des vues sur le ministère qui vient de se libérer.

« J’attends du Premier ministre qu’il me nomme, et je compte sur lui », a-t-il ajouté mardi.

Un porte-parole du bureau du Premier ministre a déclaré au Times of Israel qu’aucun changement n’est à prévoir au sein du cabinet.

Kara a suscité de nombreuses controverses par le passé. En novembre, il a publié sur sa page Facebook les détails d’un incident concernant la sécurité de l’État d’Israël, qui sont toujours confidentiels sur ordre de la cour. La publication a été rapidement retirée, mais des journalistes avaient déjà eu le temps de prendre connaissance de l’information.

Ayoub Kara, député du Likud (au centre), et sa famille avant la session d'inauguration de la 18e Knesset, le 24 février 2009. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Ayoub Kara, député du Likud (au centre), et sa famille avant la session d’inauguration de la 18e Knesset, le 24 février 2009. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Un mois plus tôt, le ministre des Affaires étrangères a condamné l’attitude de Kara, qui avait suggéré durant un voyage en Italie, que les séismes qui avaient frappé le pays étaient un châtiment divin pour leurs actions anti-Israël aux Nations unies.

Cette déclaration, qui a précédé de quelques jours la visite du président italien Sergi Mattarella en Israël, a fait scandale en Italie. Il s’est excusé pour les propos tenus et a été convoqué par Netanyahu. Ses derniers propos, qui n’ont pas causé de crise diplomatique, sont néanmoins susceptibles d’irriter le Premier ministre, parce qu’ils menacent la tranquilité fragile de sa coalition parfois instable.

Ménager les égos

Dans les 21 mois qui ont suivi la 34e prestation de serment d’un gouvernement israélien, Netanyahu a réalisé 18 remaniements ds son cabinet et des dizaines d’autres ajustements pour des rôles spécifiques de certains ministres.

À peine une semaine après la prestation de serment, le poids-lourd du Likud, Gilad Erdan, a accepté de rejoindre le cabinet après une discussion concernant le ministère qui lui serait confié. Finalement, il a été placé à la tête du ministère de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques, reléguant au banc de touche ses collègues Yariv Levin et Zeev Elkin, qui ont dû accepter d’autres nominations.

Le ministre de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)

L’arrivée d’Erdan signifiait également que le député chevronné Benny Begin devait démissionner du cabinet au bout de 17 jours, en raison d’accords de la coalition sur le nombre de ministres par parti.

Mais Elkin, qui a récupéré le portefeuille de l’Immigration et de l’intégration, n’était pas satisfait et, quelques semaines plus tard, a été nommé en plus de ces postes, à la tête du ministère des Affaires relatives à Jérusalem, et ce, bien que Netanyahu l’avait promis au maire de Jérusalem Nir Barkat.

Un an plus tard, Elkin a perdu l’Immigration et l’intégration au profit de Sofa Landver, députée du parti Yisrael Beitenu, dans une manœuvre de construction de la coalition qui a permis à Avidgor Liberman de remplacer Moshe Yaalon à la Défense et d’intégrer son parti Yisrael Beitenu au gouvernement. Yaalon a démissionné de la politique bien qu’il semblerait que Netanyahu, lui aurait proposé le ministère des Affaires étrangères, dont il est actuellement à la tête.

En juin, le ministre des Finances Moshe Kahlon, qui dirige le parti Koulanou, a endossé le portefeuille de l’Économie, ce qui a permis à Elkin de recevoir celui de la Protection de l’environnement. Ce ministère était jusqu’alors détenu par Avi Gabbay, qui était à l’époque chef du parti Kulanu et qui se présente à la tête du Likud.

Depuis qu’Aryeh Deri, chef du parti Shas a démissionné du ministère de l’Économie, c’est Netanyahu qui l’occupe.

En 2016, quand Silvan Shalom a démissionné du ministère de l’Intérieur, dans le cadre d’accusations d’abus sexuels, c’est Deri qui en a hérité. Kahlon était au ministère de la Protection de l’Environnement depuis mai 2015, quand Gabbay a démissionné pour protester contre la nomination de Liberman à la Défense.

Le mois dernier, au moment-même où Hanegbi recevait le ministère des Affaires régionales, le député de Koulanou Eli Cohen, était nommé à la tête de ministère de l’Économie, pour remplacer Kahlon.

Peut-être que le changement le plus simple reste celui du ministre des Sciences Danny Danon, qui a quitté son poste pour devenir ambassadeur d’Israël aux Nations unies. Il a été remplacé par son collègue du Likud et ministre sans portefeuille, Ofir Akunis.

Tout au long de la vie de sa coalition, Netanyahu a abandonné certains de ses portefeuilles. À différents moments de son mandat, il a occupé les fonctions de ministre de l’Économie, de la Santé, de la Coopération régionale, des Communications, et des Affaires étrangères, en plus de son rôle de Premier ministre.

En 2015, la Cour suprême a statué, à 4 voies contre 1, que le Premier ministre pouvait garder ses 4 portefeuilles mais les juges ont ajouté qu’il était difficile de croire que Netanyahu pourrait gérer tant des ministères, et que cette situation n’était pas foncièrement démocratique.

Peu après, Netanyahu a nommé Yaakov Litzman, du parti ultra-orthodoxe YaHadout HaTorah comme ministre de la Santé. C’est la première fois que les autorités rabbiniques à la tête de ce parti autorisent officiellement un de ses membres à entrer au cabinet du gouvernement israélien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 22 janvier 2017. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 22 janvier 2017. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Avec l’annonce de sa démission du ministère des Communications Lundi, Netanyahu n’est plus que Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, deux rôles qu’ils n’est pas près de laisser filer.

Chaque fois qu’une nouvelle personne est nommée, ou que de nouveaux pouvoirs sont octroyés, l’équilibre délicat du pouvoir entre les différentes personnalités et les différents partis de la coalition est perturbé. À chaque nomination, un nouveau compromis doit être trouvé pour que tout le monde soit satisfait.

Et c’est ce qui risque de se passer avec Kara. Trouver une autre forme de compromis pour lui permettre de crier victoire, sans pour autant recalibrer tout l’équilibre des égos ministériels.

Avant que la musique ne reprenne.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...