Les députés saluent l’approbation de la loi du gel des fonds versés à l’AP
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Les députés saluent l’approbation de la loi du gel des fonds versés à l’AP

Liberman a expliqué que la législation était nécessaire pour cibler les "poches" des terroristes ; un élu arabe a évoqué pour sa part une "punition collective" des Palestiniens

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de sa faction  Yisrael Beytenu à la Knesset, le 21 mai 2018 (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de sa faction Yisrael Beytenu à la Knesset, le 21 mai 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les députés israéliens ont salué lundi l‘approbation d’une loi qui prévoit le gel des fonds transférés à l’Autorité palestinienne en raison de ses paiements aux terroristes condamnés et à leurs familles.

Le projet de loi stipule que les prestations sociales versées par l’Autorité palestinienne aux prisonniers palestiniens et à leurs proches doivent être déduites des recettes fiscales qu’Israël transfère annuellement à l’organe administratif. L’argent ainsi retenu serait affecté à un fonds destiné à aider les victimes d’attentats terroristes.

« Nous avions promis de mettre un terme aux festivités des terroristes et nous l’avons fait. Maintenant, c’est terminé », a écrit le ministre de la Défense Avidgor Liberman sur Twitter.

« Chaque shekel versé par Abu Mazen aux terroristes et aux meurtriers sera automatiquement déduit du budget de l’Autorité palestinienne », a-t-il ajouté, utilisant le surnom donné au président de l’AP, Mahmoud Abbas. « Une guerre effective contre le terrorisme va également s’attaquer aux poches des terroristes, de leurs familles et d’Abu Mazen ».

Les soutiens de la loi ont indiqué que cette dernière enverrait le message aux Palestiniens que le terrorisme ne paie pas.

« L’AP s’est transformée en usine qui emploie des meurtriers de Juifs majoritairement, mais également de musulmans, de chrétiens, de druzes, de circassiens et autres, notamment des touristes », a déclaré Avi Dichter, député du Likud, qui a co-parrainé la législation et qui est à la tête de l’influente commission des Affaires étrangères et de la défense.

Il a ajouté que la loi avait pour objectif d’envoyer « un message moral et de principe », celui qu’Israël n’aidera pas à transmettre de l’argent à des terroristes, et que l’AP devrait également repenser sa politique « d’encouragement du terrorisme ».

Le député de Yesh Atid Elazar Stern lors d’une rencontre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 13 novembre 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Elazar Stern, député du parti Yesh Atid, a également affirmé que c’est une loi similaire qui a été approuvée aux Etats-Unis – connue sous le nom de Tayor Force Act – qui a motivé le projet de loi israélien.

« C’est une journée historique. C’est une réelle avancée afin de réduire le terrorisme et en résultat, cela aidera également à réaliser la paix », a-t-il confié au Times of Israel.

« Nous ne pouvons vivre une situation dans laquelle nous payons nos ennemis pour acheter des armes ou éduquer les enfants à tuer autant d’innocents qu’ils pourront le faire », a dit Stern.

Les législateurs arabes et de gauche ont fustigé la loi, et le député issu de la Liste arabe unie, Jamal Zahalka, a suggéré que c’était finalement Dichter – ancien directeur du Mossad – qui était un terroriste.

« Je n’ai pas de mots pour dire combien cette loi est méprisable et combien sont méprisantes les explications avancées par l’ancien chef du Shin Bet qui porte la responsabilité du meurtre de douzaines, sinon de centaines de personnes, tout en clamant qu’il combat le terrorisme », a dit Zahalka.

« Qui est le terroriste ici ? Celui qui écoute de la musique classique, qui lit Kafka comme s’il était cultivé, et qui appuie sur le bouton d’un avion qui sera responsable de la mort de centaines d’innocents ? », s’est-il interrogé.

Jamal Zahalka à la Knesset, le 8 février 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Youssef Jabareen, également membre de la Liste arabe unie, a critiqué le texte, le qualifiant de « punition collective ». Il a défendu les paiements.

« Ce sont des allocations à caractère social, destinées à aider les familles palestiniennes à acheter du pain », s’est-il exclamé. « Tous ceux qui sont dans les prisons israéliennes ont écopé de leur sanction. Le vrai dessein est de continuer à opprimer les Palestiniens par l’occupation ».

Mossi Raz, de la formation de gauche du Meretz, a déclaré que la législation ne changerait rien sur le terrain.

« Est-ce que les champs qui brûlent de Gaza disparaîtront ? Est-ce que l’occupation cessera ? Est-ce que les Israéliens et les Palestiniens cesseront d’être tués » ? », a-t-il demandé.

Selon le ministère de la Défense, l’Autorité palestinienne a versé en 2017, 687 millions de shekels (198 millions de dollars) au « Fonds des familles des martyrs » et 550 millions de shekels (160 millions de dollars) au Club des prisonniers palestiniens, soit environ 7 % de son budget global.

Les prisonniers palestiniens purgeant des peines de 20 à 30 ans pour avoir perpétré des attentats terroristes ont droit à une allocation mensuelle à vie de 10 000 shekels (2 772 dollars), a déclaré le ministère de la Défense, citant les chiffres de l’Autorité palestinienne. Les détenus condamnés à une peine de trois à cinq ans reçoivent un salaire mensuel de 2 000 shekels (554 dollars). Les prisonniers palestiniens qui sont mariés, ont des enfants, vivent à Jérusalem ou ont la citoyenneté israélienne perçoivent des allocations supplémentaires.

Le mois dernier, le ministère de la Défense a publié des chiffres selon lesquels certains terroristes qui ont tué des Israéliens seront payés plus de 10 millions de shekels (2,78 millions de dollars) chacun pendant toute leur vie par l’Autorité palestinienne.

Un Palestinien passe devant une affiche avec le portrait du terroriste condamné et célèbre prisonnier palestinien Marwan Barghouti dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 mai 2017. (AFP/ ABBAS MOMANI)

Les détracteurs du projet de loi actuel ont averti qu’il pourrait ruiner l’AP, ce qui mènerait à son effondrement.

En vertu d’un accord économique signé en 1994, Israël transfère à l’Autorité palestinienne des dizaines de millions de dollars chaque année en droits de douane perçus sur les marchandises destinées aux marchés palestiniens qui transitent par les ports israéliens.

L’AP a refusé de mettre fin à ses paiements aux prisonniers palestiniens.

En juin 2017, le président de l’AP Mahmoud Abbas, dans un discours lu par son conseiller en affaires étrangères Nabil Shaath, a soutenu que « les paiements pour soutenir les familles sont une responsabilité sociale pour s’occuper des personnes innocentes affectées par l’incarcération ou le meurtre de leurs proches ».

« C’est une rhétorique franchement raciste que de qualifier tous nos prisonniers politiques de terroristes », a déclaré Abbas. « Ils sont, en réalité, les victimes de l’occupation, pas les responsables de l’occupation ».

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