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Les dirigeants israéliens font l’éloge de Gorbatchev, « courageux » et « visionnaire »

Les dirigeants occidentaux se souviennent du dernier chef de l’Union soviétique comme du pionnier qui a mis fin à la guerre froide. Poutine a été, pour sa part, peu élogieux

  • L’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, au centre, et son épouse Raisa, à droite, visitent le musée et mémorial de la Shoah de Yad Vashem en Israël, à Jérusalem, le mardi 17 juin 1992. (Crédit : AP Photo/Jacqueline Arzt)
    L’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, au centre, et son épouse Raisa, à droite, visitent le musée et mémorial de la Shoah de Yad Vashem en Israël, à Jérusalem, le mardi 17 juin 1992. (Crédit : AP Photo/Jacqueline Arzt)
  • Yitzhak Shamir (à droite) accueille Mikhaïl Gorbatchev (à gauche) chez lui, à Jérusalem, le 14 juin 1992. (Crédit : Flash90)
    Yitzhak Shamir (à droite) accueille Mikhaïl Gorbatchev (à gauche) chez lui, à Jérusalem, le 14 juin 1992. (Crédit : Flash90)
  • Une colombe de la paix se perche sur la tête de l’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le lundi 15 juin 1992, alors qu’il libère un autre oiseau lors d’un voyage d'agrément sur le lac de Tibériade, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jerome Delay)
    Une colombe de la paix se perche sur la tête de l’ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le lundi 15 juin 1992, alors qu’il libère un autre oiseau lors d’un voyage d'agrément sur le lac de Tibériade, en Israël. (Crédit : AP Photo/Jerome Delay)

La mort de Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, suscite mercredi des hommages marqués en Occident mais plus mesurés en Russie, où beaucoup lui reprochent toujours d’avoir causé, malgré lui, l’effondrement de la puissance soviétique.

Gorbatchev, qui a dirigé un empire soviétique vacillant jusqu’à son effondrement, en 1991, a laissé un souvenir positif à de nombreux dirigeants occidentaux qui lui savent gré d’avoir mis fin à des décennies de relations glaciales – et parfois meurtrières – entre l’Union soviétique et le monde occidental.

L’une des principales figures politiques du 20e siècle, Gorbatchev a marqué l’Histoire en précipitant la chute de l’Union soviétique en 1991, alors qu’il essayait de la sauver par des réformes démocratiques (« glasnost ») et économiques (« perestroïka »).

Les dirigeants israéliens ont fait un éloge chaleureux de l’ex-dirigeant soviétique.

Le Premier ministre Yair Lapid a salué en Gorbatchev « le dirigeant courageux et le grand homme d’État ».

« [Gorbatchev] a grandement contribué à la reprise des relations entre son pays et Israël, et a ouvert les portes de l’Union soviétique à la grande vague d’immigration juive en Israël dans les années 1990 », a ajouté le Premier ministre.

Mikhaïl Gorbatchev lors de la première allemande de son livre « All in good time. Ma vie », au Berliner Ensemble, en mars 2013. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, SpreeTom)

Le président Isaac Herzog a fait des éloges similaires.

« Mikhaïl Gorbatchev est l’une des figures les plus extraordinaires du 20e siècle. C’était un leader courageux et visionnaire, qui a façonné notre monde d’une manière que l’on pensait auparavant inimaginable. Je suis fier de l’avoir rencontré lors de sa visite en Israël, en 1992 », a déclaré Herzog dans un communiqué.

Parallèlement à l’ouverture de l’émigration et à la levée des restrictions religieuses imposées aux Juifs soviétiques, Gorbatchev a rétabli les relations diplomatiques entre Moscou et Jérusalem en octobre 1991, deux mois seulement avant l’effondrement de l’URSS.

L’Union soviétique avait rompu ses liens avec l’État juif lors de la guerre des Six Jours de 1967, au cours de laquelle Israël avait défait la Jordanie ainsi que l’Égypte et la Syrie, des clients soviétiques.

Evénement géopolitique majeur, la dislocation de l’URSS a signé la fin à la Guerre froide, dont les échos résonnent toutefois à nouveau depuis l’offensive lancée en Ukraine par l’actuel président russe Vladimir Poutine.

Avant son décès, Mikhaïl Gorbatchev ne s’était pas exprimé publiquement sur ce conflit d’une violence inédite en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, dénoncé en Occident comme une résurgence de l’impérialisme russe.

Dans un message de condoléances très mesuré, le président russe Vladimir Poutine a évoqué la mémoire d’un homme qui a eu « une grande influence sur l’Histoire du monde » et a « guidé notre pays à travers une période de changements complexes et dramatiques, et de grands défis ».

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, discute avec l’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev au début d’une conférence de presse au château de Gottorf à Schleswig, dans le nord de l’Allemagne, mardi 21 décembre 2004. (Crédit : AP Photo/Heribert Proepper, Archive)

« Mépris de la guerre »

Par contraste, les dirigeants occidentaux ont rendu des hommages appuyés à celui qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1990 pour avoir fortement réduit la confrontation Est-Ouest.

Le président américain Joe Biden a salué un « leader rare » qui a laissé « un monde plus sûr ». Gorbatchev, qui a permis la chute du mur de Berlin, puis la réunification allemande, a « changé ma vie de manière fondamentale », a déclaré l’ex-chancelière Angela Merkel qui a grandi en ex-Allemagne de l’Est.

En Russie, l’héritage du dirigeant est très controversé: s’il est celui qui a permis à la liberté d’expression d’émerger, il fut responsable pour beaucoup de l’éclatement d’une superpuissance et des terribles années de crise qui suivirent.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé mercredi que Gorbatchev avait eu une vision « romantique » de la relation entre la Russie et l’Occident.

« Aucune période romantique (…) n’a eu lieu. Nos adversaires ont manifesté leur soif de sang. C’est bien que nous l’ayons réalisé », a-t-il dit.

Dans l’opposition russe, réprimée, le ton diffère.

L’opposant emprisonné Alexeï Navalny a souligné que Gorbatchev avait su quitter le pouvoir « pacifiquement ». « C’est déjà un grand exploit selon les normes de l’ex-URSS », a-t-il déclaré, dans un message publié par son équipe.

Le journaliste russe Dmitri Mouratov, co-lauréat du Nobel de la paix 2021 et rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta, soutenu dès sa création par Mikhaïl Gorbatchev, a lui évoqué un dirigeant qui « méprisait la guerre ».

 

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