Les échanges culturels et scientifiques entre la France et Israël
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Les échanges culturels et scientifiques entre la France et Israël

Entre les saisons culturelles croisées, les oulpanim et les recherches universitaires, Jérusalem et Paris ne s'ennuient pas

Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe au Palais de l'Elysée, le 5 juin 2018. (Crédit : PHILIPPE WOJAZER/AFP)
Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe au Palais de l'Elysée, le 5 juin 2018. (Crédit : PHILIPPE WOJAZER/AFP)

Les relations entre la France et Israël ne sont pas seulement politiques ou commerciales. Les échanges culturels et scientifiques entre les deux pays, anciens et intenses, y tiennent une place importante.

Le programme Horizon 2020

La France est le cinquième partenaire d’Israël en matière scientifique et technologique. La coopération dans ces domaines est fondée sur un accord bilatéral datant de 1959, et un Haut conseil pour la recherche et la coopération scientifique et technologique suit régulièrement les actions en cours.

Des partenariats universitaires, comme celui existant entre le laboratoire commun de l’Inserm de Nice et le Technion de Haïfa, encouragent des échanges de jeunes scientifiques.

Par ailleurs, des chercheurs français souhaitant faire un doctorat ou un post-doctorat en Israël peuvent postuler à un emploi de « Volontaire international » (VI).

Dans les deux pays, la recherche scientifique ne mobilise pas seulement les services de l’Etat. Elle est d’abord l’affaire des laboratoires et des entreprises qui peuvent bénéficier d’un puissant soutien européen dans le cadre d’Horizon 2020, programme-cadre de recherche-développement doté de 80 milliards d’euros de crédits (sur sept ans).

Depuis plus de 20 ans, Israël bénéficie de ce dispositif dans les mêmes conditions qu’un Etat membre de l’Union. Fin 2018, on recensait 1 062 projets dans lesquels des partenaires israéliens ont bénéficié de 742 millions d’euros de subventions de l’UE.

En sus des financements, les projets Horizon 2020 encouragent les relations entre chercheurs et l’établissement de partenariats.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et José Manuel Barroso, alors président de la Commission européenne, en 2014, lors de l’accession d’Israël au programme Horizon 2020. (Autorisation)

Ainsi, le centre Volcani de recherche agricole et la société israélienne Fluence se sont associés à des partenaires français, allemands, chypriotes, espagnols, italiens et portugais dans un projet sur les techniques d’irrigation utilisant des eaux usées tout en préservant l’environnement et la santé et en utilisant le minimum d’énergie.

En français et en hébreu

Les échanges culturels, eux aussi, mobilisent des acteurs publics et privés. A mi-chemin entre l’intervention publique et l’initiative privée, le campus francophone du collège universitaire (mikhlala) de Netanya propose à ses adhérents un programme très riche : conférences, films et pièces en français.

L’enseignement de la langue française en Israël est une action forte et continue assurée depuis longtemps par l’Institut français de Tel-Aviv et ses antennes de Haïfa et de Nazareth, ainsi que par les établissements scolaires où l’on enseigne en français. Des institutions et des personnes privées interviennent aussi dans le travail de promotion de la langue de Molière. Le collège français, entreprise privée d’enseignement, intervient depuis des décennies dans une dizaine de villes israéliennes.

En France, l’enseignement de l’hébreu, en dehors des établissements de l’Education nationale, est principalement assuré par des institutions privées : les écoles juives ou encore le centre communautaire de Paris, le plus grand oulpan d’Europe où chaque année 700 personnes de tous âges apprennent l’hébreu.

A LIRE : En France, les oulpanim ont la cote !

Artistes français en Israël, israéliens en France

Des artistes français se produisant en Israël et des artistes israéliens intervenant en France apportent une contribution décisive et très visible aux échanges culturels entre les deux pays.

Il ne s’agit pas seulement de manifestations ayant pour objectif de distraire, même si leur dimension festive est importante. Ces échanges culturels ont une signification profonde. La France et Israël, confrontés à la globalisation culturelle, sont soucieux de préserver leur identité, et entendent la faire connaître à leur partenaire. Il s’agit pour le public français et le public israélien de mieux connaître la culture de l’autre. Cet autre qui, lui aussi, vivant sur une terre chargée d’histoire, est soucieux de cultiver sa mémoire, d’enrichir son patrimoine, et de diffuser un message de dimension universelle.

C’est dans cet esprit qu’en 2018, soixante villes des deux pays ont accueilli dans le cadre de la saison croisée France/Israël plus de 400 manifestations – expositions, concerts, cinéma, théâtre … – qui ont réuni quelque 900 000 spectateurs.

La compagnie Bat Sheva dans le cadre de la Saison France/Israël a attiré 40 000 spectateurs. (Autorisation)

On doit noter l’importance des activités associatives ou professionnelles qui encouragent la diffusion de la culture française en Israël et celle de la culture israélienne en France.

En Israël, des associations d’immigrants francophones, comme la MAFTA (Maison francophone de Tel-Aviv) organisent des manifestations culturelles qui connaissent un grand succès : diffusion de films israéliens sous-titrés en français, concerts de chansons françaises …

Depuis quelques années, des professionnels du théâtre installés en Israël, comme Evelyne et Marc Chaouat, organisent des tournées pour des pièces françaises dans les villes où il y a un public pour cela : Jérusalem, Tel-Aviv, Ashdod, Netanya, Raanana …

En France, nombre d’associations juives organisent des manifestations autour de la culture israélienne : salons littéraires, festival du film, expositions d’artistes venus de l’autre côté de la Méditerranée.

Un travail de professionnels

A une plus large échelle, des producteurs comme Steve Suissa font venir en Israël des vedettes de la scène française : Pierre Arditi, François-Xavier Demaison, Patrick Timsit, Laurent Ruquier, Richard Berry, Francis Huster, Fanny Cottençon … A noter que certains spectacles produits dans le cadre du désormais traditionnel festival du théâtre français en Israël sont traduits en hébreu. Comme le souligne Steve Suissa, ces spectacles ne sont pas destinés exclusivement aux Franco-Israéliens et doivent acquérir une dimension internationale.

A LIRE / Interview de Steve Suissa

Le célèbre producteur voit plus loin : il compte créer une « Villa Médicis » à Mitspé Ramon qui deviendrait un lieu de création pour les artistes français voulant venir en Israël.

Le musicien de jazz Avishai Cohen, qui s’est produit à New York, Londres et en Inde, sera au Mekudeshet 2018 (Avec l’aimable autorisation de Mekudeshet)

En France, où le nombre de personnes parlant hébreu est somme toute limité, la diffusion de la culture israélienne vise d’emblée le grand public, juif ou non. Des producteurs spécialisés organisent des tournées d’artistes israéliens dans l’Hexagone.

Nombre de ces chanteurs, musiciens ou acteurs ont ainsi l’occasion de conforter la dimension internationale de leur carrière : Avishaï Cohen dans le monde du jazz, ou encore Yaël Abecassis et la regrettée Ronit Elkabetz dans celui du cinéma.

Ronit Elkabetz et Yaël Abecassis (D) – Soirée en hommage aux victimes des attentats de Paris le 25 novembre 2015. (Crédits : Marine Crouzet / Ambassade de France en Israël)

On l’aura compris : la coopération scientifique et les échanges culturels entre la France et Israël stimulent la recherche et la création dans les deux pays. Les artistes y trouvent leur compte. Le public aussi.

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