En France, les oulpanim ont la cote !
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En France, les oulpanim ont la cote !

Rares et chères jusqu’en 2015, les classes communautaires d’enseignement de l’hébreu se sont généralisées et démocratisées en un temps record grâce à une convention passée entre le Consistoire, le FSJU et l’Organisation sioniste mondiale

Une classe d'oulpan dans les locaux de la synagogue-école confessionnelle Yavné, dans le 13ème arrondissement de Marseille (Crédit : autorisation OSM).
Une classe d'oulpan dans les locaux de la synagogue-école confessionnelle Yavné, dans le 13ème arrondissement de Marseille (Crédit : autorisation OSM).

S’il existe une activité en phase nettement ascensionnelle dans un paysage communautaire déprimé (le judaïsme organisé perd peu à peu ses forces vives depuis 2012 du fait de l’alyah), c’est bien celle des classes d’oulpan.

L’enseignement de l’hébreu moderne pour adultes a fait un bond en avant spectaculaire. Grâce à un accord passé il y a environ deux ans entre le Consistoire, qui fédère la plupart des synagogues, et l’Organisation sioniste mondiale (OSM), les étudiants se sont multipliés. Le Fonds social juif unifié (FSJU) est également partenaire pour plusieurs centres culturels dont il a la responsabilité directe ou indirecte.

La convention permet d’offrir aux participants trente cours d’une heure et demi, soit quarante-cinq heures réparties d’octobre à mai, pour un tarif modique : cent quatre-vingts euros et parfois moins si la situation sociale des intéressés s’avère être difficile. Auparavant, les oulpanim[classes pour apprendre l’hébreu] étaient rares et… plus chers : près de cinq cents euros pour l’année.

Les classes accueillent en moyenne dix à quinze élèves. Il y a jusqu’à quatre niveaux par oulpan. Quand la communauté locale concernée compte suffisamment d’inscrits, elle peut ouvrir autant de classes que de niveaux, avec une cohérence pédagogique propice à un apprentissage rapide.

Pour cette saison 2017-2018, la rentrée, dans la majorité des cas, a eu lieu le dimanche 15 octobre. En province, on recense désormais une trentaine de classes dans onze villes. Certaines sont particulièrement dynamiques, comme Bordeaux où fonctionnent déjà trois classes pour un nombre de familles juives assez faible dans l’agglomération. En Ile-de-France, le rabbin Haï Bellahsen, chargé de la vie locale au Consistoire de Paris, rapporte qu’une centaine de classes seraient proposées au public sur au moins trente-cinq sites différents.

Une classe d’oulpan dans la communauté consistoriale d’Issy-les-Moulineaux, près de Paris (Crédit : autorisation OSM).

Retour aux sources

De fait, la convention a pallié un besoin criant. Aux futurs Israéliens se joignent ces dizaines de milliers de Juifs français qui ont des proches – parfois très proches – en Terre Sainte et souhaitent communiquer facilement lorsqu’ils se rendent sur place.

Par ailleurs, le renouveau identitaire relatif auquel on assiste dans l’Hexagone se traduit dans un premier temps, chez les peu pratiquants, par une curiosité intellectuelle et culturelle. Beaucoup veulent connaître la langue historique du peuple juif dont ils sont issus. Cela les amène par la suite à mieux comprendre les textes liturgiques et parfois à se rapprocher des traditions cultuelles.

Capture d’écran Joel Mergui (Crédit : BFMTV)

Du coup, le succès des oulpanim a pour conséquence de repeupler quelque peu des salles de prière en perte de vitesse. Une manifestation de l’ « alyah interne » ou retour aux sources que le président du Consistoire, Joël Mergui, appelle de ses vœux.

Sonia Barzilaï, conseillère pédagogique pour l’OSM, suit depuis Paris la formation des professeurs, lesquels s’inscrivent occasionnellement aux sessions gratuites de perfectionnement dispensées à Jérusalem pendant les congés estivaux.

L’Université hébraïque dispose en effet d’une antenne francophone dédiée aux enseignants en oulpanim. Cela dit, ce suivi est jugé insuffisant ou plutôt inégal sur le terrain : la qualité des prestations est très variable d’une classe à l’autre. Les cadres des lieux juifs et synagogues – élus, permanents administratifs, rabbins – sont plus ou moins disposés à consacrer du temps à l’organisation des cours. L’OSM apporte certes des subsides indispensables mais il n’existe nulle instance fédératrice vraiment opérationnelle. Dans certaines communautés, professeurs et étudiants sont laissés à eux-mêmes et plusieurs classes ont dû fermer au printemps 2017.

Ailleurs, le boom est salué par tous.

Crise de croissance

Une crise de croissance somme toute classique. Reste l’oulpan « historique » du Centre communautaire de Paris (rue La Fayette, dans le 10ème arrondissement), dénommé depuis 2014 Espace culturel et universitaire juif d’Europe. Lié au FSJU, cet organe pédagogique est plus « ouvert » que les synagogues puisqu’il accueille, entre autres, un public très éloigné de la religion ou… non-juif.

Il croulerait sous la demande, selon son directeur, Jean-François Strouf. Ce serait, aujourd’hui encore, la plus grande structure d’enseignement de l’hébreu du pays avec un total de cinquante classes et près de six cents élèves (le double d’il y a sept ans).

Ici, on met l’accent sur la qualité : il existe onze niveaux différents, ce qui assure une remarquable homogénéité des connaissances et du rythme de progression par groupe d’apprentissage. Les subventions proviennent notamment de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qui soutient – comme son nom ne l’indique pas – toutes sortes de projets d’intérêt juif.

La multiplication récente des offres consistoriales ou les cours d’hébreu sur Internet ne chagrinent nullement Raphy Marciano, patron du bâtiment de la rue La Fayette depuis des lustres et qui s’apprête à prendre sa retraite. « Nous sommes au service de la communauté dans son ensemble, nous dit-il, et la notion de concurrence n’a guère de sens pour nous ».

Une classe d’oulpan dans le centre de la rue La Fayette, dans le 10ème arrondissement de Paris (Crédit : Autorisation Espace culturel et universitaire juif d’Europe).

Ce qui rend fier Raphy Marciano, c’est surtout la « rigueur professionnelle » des seize professeurs qu’il emploie et dont l’hébreu est bien sûr la langue maternelle.

« Sans oublier la formation permanente que nous leur délivrons, ajoute-t-il. Elle est axée sur les méthodes les plus innovantes, sous la houlette de notre responsable pédagogique israélienne, la docteure en psychologie, Ayelet Lilti ».

Classes virtuelles

Des classes virtuelles seront créées au premier trimestre 2018 par Jean-François Strouf afin de répondre aux sollicitations en ligne d’étudiants potentiels résidant en banlieue ou en province, ou encore d’olim considérant leurs progrès trop lents dans le cadre de l’oulpan qu’ils fréquentent depuis leur arrivée dans l’Etat juif.

Dans le parcours classique, on peut opter ici pour deux heures de cours par semaine toute l’année, renforcées éventuellement par une heure de « conversation ». Cerise sur le gâteau : la fameuse session « super intensive » de juillet, à raison de trois heures par jour.

Le tarif de base est de quatre cent quatre-vingt-dix euros pour soixante heures annuelles. C’est prohibitif et même dissuasif pour beaucoup. « Au prix horaire, ce n’est pas vraiment plus onéreux que les formules low-cost des synagogues, car la durée totale des cours est moindre dans les lieux de culte consistoriaux », plaide Jean-François Strouf.

De plus, l’oulpan donne automatiquement droit, sans supplément, à la plupart des activités proposées par l’Espace culturel de la rue La Fayette. La structure d’enseignement est d’ailleurs en train de changer de nom. Il faut l’appeler à présent Maison de l’hébreu à Paris, avec un accès libre dès début 2018 au nouveau ciné-club israélien, à des conférences en « hébreu facile » ou des initiations à la sémiologie sémitique.

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