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Les femmes sous-représentées dans l’écosystème technologique – étude annuelle de l’AII

Le nouveau rapport de l'Autorité israélienne de l'innovation montre une participation faible à tous les niveaux, ce qui reflète "une réalité décourageante"

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Photo d'illustration : Le hall de l'un des bâtiments du centre d'affaires de Bnei Brak, le 23 octobre 2017. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)
Photo d'illustration : Le hall de l'un des bâtiments du centre d'affaires de Bnei Brak, le 23 octobre 2017. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Les femmes sont sous-représentées dans l’écosystème technologique israélien et elles représentent seulement encore environ 30% de la main-d’œuvre du secteur high-tech, a confirmé mardi – Journée internationale des droits des Femmes – l’étude annuelle réalisée par l’Autorité israélienne de l’innovation.

Selon ce rapport, les femmes restent une minorité à tous les échelons de l’industrie et tout au long de leur parcours professionnel, depuis l’école en passant par l’armée et jusqu’à l’université, ainsi que sur le marché du travail ou dans leurs projets entrepreneuriaux.

L’Autorité note que les femmes occupent 23 % des emplois à des postes informatiques ou de développement au sein de l’armée israélienne et qu’elles ne constituent que 30,7 % de l’ensemble des étudiants en technologie dans les universités.

Les femmes ne représentent également que 15 % des effectifs qui servent dans les Réserves académiques militaires, qui permettent aux diplômés du lycée de différer leur service militaire obligatoire pour se rendre d’abord à l’université, selon le rapport.

De surcroît, seulement 9,4 % des fondateurs et des directeurs-généraux de start-ups en Israël sont des femmes, et elles ne sont que 16,5 % à être à la tête de fonds d’investissement.

« Plus l’échelle d’ancienneté est élevée, plus le taux de femmes fondatrices de start-up ou partenaires de firmes de capital-risque est bas », remarque l’Autorité de l’innovation, « ce qui dépeint une réalité décourageante ».

Photo d’illustration : Une femme se dirige vers un bâtiment au centre d’affaires de Bnei Brak, le 23 octobre 2017. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Le chiffre le plus élevé se trouve au lycée, où les filles représentent 49 % des élèves travaillant sur cinq modules de mathématiques. Sur ce pourcentage, 35 % rejoindront ultérieurement des programmes de science informatique.

De plus, 30 % des adolescentes fréquentant le lycée qui sont en droit de passer un certificat de fin d’études dans des matières scientifiques (mathématiques et sciences en premier lieu) s’engagent ensuite à l’université dans un cursus de type STEM (Sciences, technologie, génie et mathématiques).

Sur une note plus positive, le rapport cite également des chiffres du Bureau central des statistiques qui montrent que le nombre de femmes étudiant des matières technologiques lors de leurs deux premières années d’études à l’université ou dans une école d’enseignement supérieur a augmenté de 64 % au cours de la dernière décennie, passant de 8 686 étudiantes en 2010-2011 à 14 211 en 2019-2020.

Dans l’industrie, le taux de femmes employées dans le secteur technologique reste inchangé, à environ 30 % et ce depuis 30 ans, souligne l’étude.

En 2021, la proportion de femmes dans l’industrie high-tech, notamment à des postes technologiques cruciaux et à d’autres fonctions – dans le marketing, la vente ou les ressources humaines, entre autres – était de 33,4 %. Ce pourcentage représente une baisse de 0,6 % par rapport à l’étude qui avait été faite en 2020.

Environ 22 % des postes de management sont occupés par des femmes dans le secteur, selon le rapport.

Les étudiants du Technion se détendent sur la pelouse lors d’une journée ensoleillée sur le campus de Haïfa, le 19 décembre 2019.(Crédit : Shoshanna Solomon/The Times of Israel)

Dror Bin, directeur-général de l’Autorité de l’innovation, estime que le secteur du high-tech israélien « est à l’avant-garde de l’innovation israélienne et il établit de nouveaux records, année après année. Néanmoins, en ce qui concerne l’égalité des sexes, l’industrie reste encore à la traîne. Les femmes ne représentent seulement qu’environ un tiers des employés de l’industrie technologique et ce chiffre n’augmente pas avec le temps. A tous les échelons de l’industrie du high-tech, mais également à toutes les étapes qui y mènent, les femmes restent une minorité ».

« Ces dernières années, il y a eu des signes de croissance encourageants concernant le nombre d’étudiantes dans les matières liées aux hautes technologies, une augmentation du nombre de femmes diplômées en sciences informatiques et d’autres hausses aussi – mais les progrès réalisés sont lents », ajoute Bin.

Pour entraîner un véritable changement, « il faut qu’il y ait un effort concerté, conjoint entre l’industrie technologique et tous les acteurs gouvernementaux concernés », continue-t-il. « C’est une responsabilité partagée par tous les intervenants de l’écosystème ».

Bin explique qu’une plus grande participation des femmes dans la sphère technologique « est déterminante pour notre capacité à nous attaquer au problème de la pénurie de ressources humaines dans cette industrie ».

Israël manque d’environ 13 000 travailleurs qualifiés (ce sont les données de 2020), et manque en particulier d’ingénieurs et de programmateurs. L’Autorité israélienne de l’Innovation a développé un certain nombre de programmes visant à identifier les talents technologiques dans les populations sous-représentées dans l’industrie – chez les femmes, les membres de la communauté arabe israélienne et les membres de la communauté ultra-orthodoxe qui sont largement restés en marge.

Orit Farkash-Hacohen, ministre des Sciences, des Technologies et de l’Espace, a fait savoir dans un communiqué qui a accompagné le rapport de l’Autorité de l’innovation que des objectifs clairs avaient été établis par le ministère qui prévoit ainsi de renforcer significativement la présence des femmes dans le high-tech dans les deux prochaines années, et de revoir à la hausse le nombre de femmes dans les programmes de formation de l’Autorité de l’innovation en les faisant passer à 45% des recrues.

Le ministère, a-t-elle indiqué, a aussi multiplié par deux les programmes visant à promouvoir les futures femmes scientifiques, et les programmes d’excellence dans les secteurs du génie et des sciences exactes en direction des adolescentes.

Le ministère travaille aussi avec le ministère de l’Éducation sur un programme d’enseignement consacré au high-tech qui serait introduit dès la maternelle – et qui devrait, avec un peu de chance, être lancé dès la rentrée prochaine.

Orit Farkash-Hacohen à Tel Aviv, le 27 avril 2021. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Les recherches montrent que l’intérêt porté aux sciences par les petites filles baissent à l’école élémentaire. Comprendre les défis que nous devons relever – c’est ce que fait ce rapport – nous permettra de formuler des actions qui permettront les choses de changer réellement dans ce secteur, et de changer de façon positive. J’ai la conviction que toutes les parties du gouvernement doivent travailler ensemble sur ce problème hautement important », a commenté Farkash-Hacohen.

Selon le rapport, les initiatives à prendre pour renforcer la présence des femmes dans la main-d’œuvre technologique doivent inclure « des activités proactives » pour augmenter le nombre de femmes servant à des fonctions technologiques déterminantes au sein de Tsahal et « des régulations sur le marché du travail qui viennent à la fois soutenir et faciliter l’intégration des femmes – notamment celles qui ont des enfants – dans l’industrie ».

Le rapport n’entre pas davantage dans les détails.

Plus de femmes dans les grandes entreprises

Une étude qui avait été publiée par l’Initiative Puissance dans la Diversité (PID) au mois de janvier avait établi que les même si les femmes étaient sous-représentées dans toute l’industrie technologique, elles étaient toutefois plus présentes dans les grandes entreprises (36 %) que dans les plus petites (30,8 %). Cette conclusion, selon l’organisation, « soutient l’affirmation qu’il peut être plus difficile de mener à bien un processus de diversification dans les firmes de moindre taille ».

Parmi les raisons expliquant ce phénomène, le système d’opération plus large des grandes entreprises qui disposent également de plus de ressources pour les recrutements. Les grandes compagnies ont également davantage besoin d’employés à des postes de ressources humaines, à des fonctions juridiques, comptables ou de soutien qui sont habituellement occupées par des femmes, soulignait le rapport.

Des jeunes femmes ultra-orthodoxes faisant partie du programme Adva qui vise à leur donner des compétences pour le secteur de la haute technologie. (Autorisation)

Les industries du secteur du high-tech qui comptent le pourcentage le plus faible de femmes sont la cyber-sécurité (27 %), les technologies automobile (24 %), de l’électronique (20,8 %) et des communications (18 %).

Dans les rôles d’administration, seulement 23,4 % des postes sont occupés par des femmes, selon l’enquête qui s’était intéressée à 424 start-ups (des firmes privées et soutenues par des firmes de capital-risque) travaillant dans cet écosystème et à 70 fonds de capital-risque.

En ce qui concerne les firmes de capital-risque, seulement 14,8 % des partenaires sont des femmes et 9 % sont des partenaires d’investissement. Des chiffres qui « sont en corrélation avec le pourcentage d’entreprises fondées par des femmes dans l’industrie technologique, qui est de 12% – ce qui représente une hausse significative par rapport aux deux dernières années mais qui, malgré tout, est loin d’être suffisant ».

Le programme PID est financé par Alan Feld — partenaire de financement de Vintage Investment Partners; Kobi Sambursky, partenaire de financement de Glilot Capital Partners et Sivan Shamri Dahan, cofondateur et directeur associé de Qumra Capital, qui sont tous présidents de cette initiative.

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