Les gazelles de montagne, menacées, nécessitent une action urgente en Israël
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Les gazelles de montagne, menacées, nécessitent une action urgente en Israël

Une étude recommande vivement de stopper l'expansion urbaine pour sauver les espèces en danger

Une gazelle de montagne regarde l'autoroute en Israël (Crédit : Amir Balaban, Société pour la protection de la nature en Israël)
Une gazelle de montagne regarde l'autoroute en Israël (Crédit : Amir Balaban, Société pour la protection de la nature en Israël)

Les gazelles de montagne subissent beaucoup de menaces : l’urbanisation, le braconnage, les collisions avec les voitures, la prédation des chiens sauvages et autres prédateurs naturels ainsi que la division des habitats par les routes, les voies ferroviaires et les clôtures – et notamment de la part de la barrière de sécurité dressée entre les territoires israéliens et ceux de l’Autorité palestinienne, a fait savoir un rapport.

Ces gazelles figurent déjà sur la liste des espèces en péril de l’Union internationale pour la Conservation de la nature et si cette espèce-là, aux côtés d’autres, doit être protégée à long-terme alors des initiatives radicales doivent être envisagées. Parmi ces dernières, l’interdiction de nouvelles constructions ou d’activités agricoles sur des terres qui sont encore dans leur état naturel, ou le réexamen des subventions qui encouragent la croissance de la population, note cette étude qui a été publiée la semaine dernière dans le journal Oryx—The International Journal of Conservation.

Cette recherche a été menée par le professeur de l’université de Tel Aviv Yoram Yom-Tov, le docteur Uri Roll de l’université Ben-Gurion du Negev, Amir Balaban de la Société pour la protection de la nature en Israël, Gilad Weil de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs et par Ezra Hedad.

Israël est le dernier bastion accueillant la gazelle de montagne – une espèce qui, dans le passé, était très présente à travers toute la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie, et la péninsule du Sinaï, en Egypte.

Mais avec seulement 5 000 gazelles de montagne en Israël, certaines populations sont en déclin tandis que d’autres rencontrent des difficultés à maintenir leur taille.

Des gazelles traversent un champ sur le plateau du Golan, le 14 janvier 2019 (Crédit : Maor Kinsbursky/Flash90)

L’étude analyse la fragmentation entre les troupeaux, et les obstacles aux déplacements libres dans 41 zones où les gazelles sont – ou ont été – présentes.

Elle détermine que l’une des plus grandes menaces faites aux gazelles est la croissance de la population humaine et l’urbanisation rapide qui en découle.

Les recherches se sont concentrées sur un périmètre de 28 000 kilomètres-carrés qui englobe à la fois l’Etat d’Israël et les territoires de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, même si elles se réfèrent, dans leur globalité et pour des raisons de commodité, exclusivement à Israël – sans intention aucune de faire une déclaration politique.

Aujourd’hui, environ 15 000 kilomètres-carrés sur les 28 000 kilomètres-carrés sont encore dans leur état naturel, dit l’étude. 4 000 kilomètres-carrés sont exploités pour l’agriculture et 2 630 kilomètres-carrés ont été construits. Mais, avec un pourcentage de 10,7 %, la part de territoire qui a été urbanisée est 12 fois plus élevée que la moyenne et elle s’élève même à 18 % dans les zones sous climat méditerranéen, qui courent du nord d’Israël aux chaînes calcaires du sud. Là-bas, aucune implantation humaine ne se situe à plus de cinq kilomètres de l’implantation voisine.

D’ici 2040, la population israélienne devrait atteindre environ 13 millions de personnes et l’urbanisation devrait augmenter de 10,7 % à 15,3 % au détriment des zones agricoles et naturelles. Un phénomène qui devrait affecter majoritairement la partie méditerranéenne du pays où vivent les gazelles de montagne, et où les secteurs urbanisés devraient s’étendre sur
25 % de la zone totale.

En fait, les effets de l’habitation humaine vont plus loin que les périmètres réels d’implantation, disent les chercheurs, dans la mesure où les gazelles se tiennent au moins à 700 mètres de distance des abords des villages et des villes.

A Gazelle walks in the protected reserve of Tsvaim forest, next to Jerusalem. (photo credit: Haim Shohat/Flash90)
Une gazelle dans la réserve protégée de la Vallée des daims à Jérusalem (Crédit : Haim Shohat/Flash90)

« Les habitats naturels de la région méditerranéenne d’Israël sont hautement fragmentés », établit l’étude. « Le long de la plaine de la côte centrale, où plusieurs routes traversent l’environnement, les choses se présentent de manière particulièrement problématiques ».

« De plus, la clôture de sécurité qui sépare l’Etat d’Israël et l’Autorité palestinienne limite grandement les habitats disponibles dans la région pour les gazelles, dans la mesure où elle s’étend généralement du nord au sud ».

Une telle fragmentation d’origine humaine peut empêcher les gazelles de se déplacer en quête d’un fourrage de bonne qualité, en fonction des saisons. De plus, isoler ou diviser les troupeaux peut avoir des répercussions graves sur la santé des populations – par exemple en réduisant les patrimoines génétiques de reproduction.

Environ 1 000 gazelles vivent dans des zones où leurs contacts avec d’autres troupeaux sont faibles ou inexistants, dit le rapport. Dans le centre du pays, onze populations sont tellement déconnectées qu’elles vivent dans « des enclos de facto », tandis que six groupes entretiennent peu de contacts.

Les voitures sont un autre facteur qui empêche la population de gazelles d’augmenter substantiellement. La densité de la circulation, au sein de l’Etat juif, est la plus forte parmi tous les pays de l’OCDE. Selon les chiffres de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, 467 gazelles ont été retrouvées mortes ou blessées sur les routes ou à leurs abords entre 2009 et 2017, disent les chercheurs – soit 14 animaux morts ou blessés par an à 86 par an. Ces chiffres ne prennent pas en compte les nombreux animaux qui ont probablement péri sur le côté de la route sans être répertoriés.

La prédation – la chasse des gazelles par les autres animaux – peut également être appréhendée depuis un angle humain. Les groupes des prédateurs naturels de l’animal, le loup et le chacal doré, se nourrissent principalement des ordures humaines et des produits agricoles, de rongeurs, lièvres et perdrix – ainsi que de faons et, parfois, de gazelles adultes, souligne l’étude.

A la prédation des animaux sauvages vient s’ajouter la présence de milliers de chiens sauvages qui se trouvent dans le pays. Ils étaient abattus, dans le passé, avant que les groupes de défense des animaux ne viennent mettre un terme à cette pratique.

Une des plus jeunes gazelles peuplant Emek Hazevaim (Crédit : Amir Balaban)

Le nombre croissant de prédateurs met particulièrement en danger les faons pendant le premier mois qui suit leur naissance, lorsqu’ils restent allongés sur le sol, pendant la plus grande partie de la journée, leur mère les observant de plus loin.

Les chercheurs remarquent que les prédateurs ont appris à chasser les gazelles vers les clôtures et autres barrières artificielles, qui leur permettent de les coincer et d’en faire des proies faciles.

Dans l’ensemble, les populations de gazelles sur le plateau du Golan se trouvent sûrement dans l’impasse en raison de la prédation, conclut l’étude.

Et – même si elle est illégale – la chasse à la gazelle continue à tuer entre 300 et 1 300 animaux tous les ans, sur la base d’informations fournies par des braconniers appréhendés par la police. Les animaux sont tués par arme à feu, pourchassés par des 4×4 ou des chiens formés à cet effet, ou meurent après s’être coincés dans différentes sortes de pièges posés par les braconniers lorsqu’ils remarquent les animaux, la nuit. Il faut reconnaître que le braconnage, difficile à surprendre en flagrant délit, n’est sanctionné que par de faibles amendes, même si des lois dures existent qui le rendent passible d’une peine de prison.

Des espaces végétales invasives comme l’Ailanthus altissima chinoise ou le mimosa à feuilles bleues posent un autre danger – quoique moins grave – à l’habitat des gazelles en empêchant les plantes annuelles prisées par ces animaux de germer et de pousser.

Gazelles of Beerotayim (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Gazelles de Beerotayim (Crédit: Shmuel Bar-Am)

« Même si Israël est le dernier bastion des gazelles de montagne en péril, certaines populations sont en déclin et d’autres se trouvent dans l’incapacité de maintenir la taille des troupeaux malgré le potentiel de reproduction considérable de cette espèce », concluent les chercheurs.

En plus de réclamer davantage de données pour renforcer les politiques basées sur la science, l’étude recommande quatre étapes pour améliorer la conservation des gazelles, des étapes qui sont déjà, selon elle, en cours d’exploration, voire mises en oeuvre par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs.

La première de ces quatre initiatives est l’interdiction totale de la création de nouvelles implantations humaines ou activités agricoles dans des zones naturelles, ainsi que de plus grandes restrictions à l’expansion urbaine. Dans le principe, ces recommandations font écho à l’approche adoptée par les planificateurs nationaux, qui envisagent plutôt d’augmenter la densité de population dans les secteurs urbains pour laisser autant de place que possible à la nature. En pratique, toutefois, ce n’est absolument pas toujours ce qu’il se produit sur le terrain.

La crête de Lavan, prévue pour les constructions résidentielles et commerciales, est un lieu d’habitation des gazelles des montagnes (Crédit : Dov Greenblat, Société pour la protection de la nature en Israël)

Dans un seul exemple, un plan visant à construire 5 250 unités résidentielles, 300 chambres d’hôtel et espaces commerciaux sur la crête pittoresque de Lavan, au sud-ouest de Jérusalem, a été approuvé l’année dernière après avoir été rejeté il y a douze ans, suite aux protestations massives du public.

La crête est un habitat privilégié des gazelles et autres animaux sauvages locaux, et les amoureux de la nature se sont mobilisés une nouvelle fois pour faire appel de cette décision. La question devrait être abordée par la Commission des affaires internes et de l’environnement, le 23 juin.

Seconde recommandation : La reprise en compte des subventions faisant la promotion d’une natalité humaine forte. Cette idée est encore controversée au sein de l’Etat juif mais elle gagne en popularité parmi les défenseurs de l’environnement.

L’étude réclame également des points de traversée naturels pour les animaux et la relocalisation de certaines gazelles dans des groupes plus importants ; la réduction des déchets d’origine humaine qui permettent aux populations de prédateurs de se multiplier et la reprise de l’abattage des chiens sauvages ; la construction de couloirs naturels sur les plans nationaux et régionaux de manière à ce que les troupeaux puissent se déplacer et rester en contact les uns avec les autres ; la formation d’équipes issues de l’Autorité de la nature et des parcs qui seraient chargées de localiser et d’arrêter les braconniers, ainsi qu’un changement législatif qui comprendrait des peines de prison minimum pour les braconniers ainsi que l’établissement de programmes de sensibilisation dans les régions où le braconnage est particulièrement pratiqué.

Une gazelle acacia mâle avec le nouveau faon (Crédit : Eran Hyams, Autorité de la Nature et des parcs)

Environ 3 000 gazelles vivent sur le plateau du Golan et à l’est de la ligne de partage des eaux dans les montagnes de Naftali, à l’est de la Galilée, dans les montagnes de Yavniel, à Ramot Yissachar et dans les montagnes Gilboa – qui sont tous des sites du nord d’Israël où la densité humaine est relativement faible et où les contacts entre troupeaux sont généralement bons.

850 gazelles vivent dans les collines de Judée, dans le couloir de Jérusalem et aux abords de la ville, où la densité humaine est élevée et où les troupeaux sont davantage séparés les uns des autres. En plus de la campagne menée pour la crête de Lavan, les résidents du quartier de Ramot, situé au nord de Jérusalem, luttent actuellement depuis des années contre des projets de planification pour protéger Mitzpeh Naftoah, autre foyer prisé par les gazelles de montagne.

L’Indice de performance environnementale biennal a été publié la semaine dernière, qui effectue un classement de pays sur leur santé environnementale et la vitalité de leur écosystème. Dans la catégorie de la biodiversité et de l’habitat, Israël arrive 122e, juste avant le Bangladesh et le Soudan.

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