Israël chute à la 29e place de l’Indice mondial de performance environnementale
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Israël chute à la 29e place de l’Indice mondial de performance environnementale

Le pays reste encore bien placé dans ce rapport émis par l'université de Yale, mais fait figure de cancre notamment sur la biodiversité et la préservation des habitats

Deux renards dans la végétation, aux abords de Jérusalem, le 27 mai 2020 (Crédit : Dudu Ben Or, Autorité de la nature et des parcs israélienne)
Deux renards dans la végétation, aux abords de Jérusalem, le 27 mai 2020 (Crédit : Dudu Ben Or, Autorité de la nature et des parcs israélienne)

Israël a perdu dix places dans un classement déterminant consacré aux performances environnementales des pays du monde entier. L’État juif reste toutefois dans le Top 30, a fait savoir, la semaine dernière, l’université de Yale.

Le pays est passé de la 19e à la 29e place sur 180 pays dans l’Indice de performance environnementale biennal, qui classe les pays selon l’état de leur environnement et à la vitalité de leurs écosystèmes.

Israël obtient de bons résultats aux côtés d’autres pays développés dans des catégories telles que la santé environnementale en général, qui est composée de la qualité de l’air (Israël est 25e), de l’assainissement et de l’eau potable (22e) ainsi que de l’exposition au plomb (13e). Le pays devance le monde développé en ce qui concerne l’état de sa pêche, occupant la 9e place.

Ses résultats sont toutefois médiocres sur les progrès réalisés dans la lutte contre le changement climatique (le pays est 64e), particulièrement en termes d’émissions de méthane (147e) et de noir de carbone (104e).

Et l’État juif se place au bas de la liste sur la biodiversité et l’habitat, à la 122e position, juste au-dessus du Bangladesh et du Soudan.

Une gazelle acacia mâle avec le nouveau faon (Crédit : Eran Hyams, Autorité de la Nature et des parcs)

Pour la gestion des déchets – actuellement réexaminée par la nouvelle ministre de la Protection environnementale, Gila Gamliel – Israël se classe 47e, soit en dessous de pays plus pauvres comme le Mexique, l’Ukraine, la Biélorussie et l’Algérie.

Le prestigieux rapport, l’Indice de performance environnementale, qui a été publié jeudi, utilise 32 indicateurs dans 11 catégories problématiques pour fournir un tableau de bord susceptible d’aider les décisionnaires et le public à évaluer les performances de leurs pays respectifs.

Pollution de l’air

Pour la pollution de l’air, l’État juif est 25e au classement – largement en raison de sa forte exposition aux combustibles domestiques (les Israéliens ont tendance à ne pas cuisiner sur des foyers ouverts, par exemple) et de sa note relativement élevée concernant les expositions aux particules fines (28e place). Le pays occupe la 93e place pour les années de vie perdues en raison de l’ozone troposphérique.

Près d’un millier de militants et de résidents de la région de Haïfa se pressent dans la banlieue de Kiryat Haim pour protester contre les conclusions du ministère de la Santé qui relient les taux élevés de cancer dans la ville à des niveaux élevés de pollution atmosphérique, le 3 mai 2015. (Photo d’écran : Facebook)

L’ozone troposphérique est un gaz incolore connu comme étant un polluant secondaire dans la mesure où il est produit par deux polluants primaires – l’oxyde d’azote (NOx) et les composés organiques volatiles (VOCs), des mélanges de substances organiques contenant majoritairement du carbone et de l’hydrogène – qui réagit à la lumière du soleil et dans l’air stagnant, formant une fumée susceptible d’endommager les poumons des enfants, l’état de santé des asthmatiques et des personnes travaillant à l’extérieur.

Le changement climatique

Sur le changement climatique, Israël obtient des résultats bien pires.

Dans la catégorie spécifique des émissions des gaz à effet de serre par tête, l’indice classe le pays à une 139e place peu enviable – mais il s’appuie pour cela sur des données datant de 2017, avant qu’Israël ne prenne des initiatives pour remplacer le charbon par le gaz naturel.

Néanmoins, concernant les progrès réalisés dans la lutte contre le changement climatique, l’État juif occupe la 64e position, derrière des pays voisins plus pauvres tels que la Jordanie, Chypre et la Grèce.

En entrant dans des indicateurs plus détaillés sur le changement climatique, Israël est dans le premier tiers (à la 48e place) en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone. Le pays se situe toutefois à la 147e place pour les émissions de méthane, derrière des pays comme le Burkina-Faso, l’Ouganda et le Paraguay et même la Chine.

La plate-forme du champ de gaz naturel Leviathan en mer Méditerranée photographiée depuis la plage de Dor, au nord d’Israël, le 31 décembre 2019. (Jack Guez/AFP)

Le méthane, un puissant gaz à effet de serre, est un gaz naturel, mais il est également dégagé par l’activité humaine – notamment par la combustion des énergies fossiles (notamment celle du gaz naturel), par les déchets envoyés dans les décharges et par l’élevage. Alors que le gouvernement est déterminé à utiliser au maximum ses découvertes de gaz naturel au large de la côte méditerranéenne, les émissions de méthane issues de la production énergétique devraient encore augmenter au cours des années à venir et jusqu’à ce que les énergies renouvelables viennent remplacer le gaz.

Sur les émissions de noir de carbone, Israël est à la 104e place. Le noir de carbone est produit naturellement et par les activités humaines en résultat de la combustion incomplète des carburants fossiles, des biocarburants et de la biomasse (les matières organiques issues des plantes et des animaux). Il reste dans l’atmosphère pendant une période courte, mais il contribuerait très fortement au réchauffement de la planète.

Le pays occupe la 91e place en ce qui concerne les émissions de protoxyde d’azote, un sous-groupe des oxydes d’azote connu également sous le nom de gaz hilarant et qui contribue aux pluies acides et au réchauffement global, contribue au développement de maladies respiratoires comme l’emphysème et les bronchites ou à leur aggravation et qui, lorsqu’il se mélange à des composés organiques volatiles, forme de la fumée.

Ceci dit, l’État juif se classe au 24e rang pour les indicateurs mesurant les progrès en termes de gestion du NOx et du SO2. Le SO2 désigne le dioxyde de soufre, qui irrite le système respiratoire en cas d’exposition.

Biodiversité et écosystèmes

Israël est à la 122e place sur la question de la biodiversité (ou diversité des êtres vivants) et de la préservation des habitats naturels.

Concernant les progrès réalisés dans la poursuite des objectifs de la Convention sur la diversité naturelle – avec une protection de 17 % de ses biomes terrestres (les communautés de flore et de faune présentes sur son sol) – l’État juif arrive 93e.

Les marais de la réserve naturelle d’Ein Afek. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Pour la protection de ses zones marines, Israël est 110e et – parce qu’il est un pays minuscule connaissant une croissance de population et de développement urbain – l’État juif arrive à la 112e place sur la proportion d’habitat approprié restant intact pour chaque espèce, relativement à une base de référence qui avait été établie en 2001.

Le pays est 99e dans une nouvelle catégorie – l’indice d’habitat de la biodiversité – qui évalue les effets de la perte d’habitat, de sa dégradation ainsi que la fragmentation de la biodiversité résultant de cette rétention d’habitat. Il arrive 65e pour les services aux écosystèmes, définis comme la perte de la surface des forêts,  des prairies et des zones humides.

Eau et agriculture

Leader mondial dans le recyclage de ses eaux usées, Israël se classe à une respectable 18e position sur le traitement de ses eaux d’égout. Mais ses performances sont médiocres (106e place) en ce qui concerne les efforts agricoles visant à minimiser l’infiltration de l’azote, utilisé dans les fertilisants chimiques, dans l’environnement, en particulier dans les sources d’eau. Entre autres, cette pollution très précise a été identifiée comme une menace pour les coraux de la mer Rouge.

Gestion des déchets

Concernant la gestion des déchets solides et son impact direct sur l’environnement et la santé publique, l’État juif arrive à la 47e position, derrière des pays plus pauvres comme le Mexique, l’Ukraine, la Biélorussie et l’Algérie.

Le professeur Alon Tal, président du département de politique publique de l’université de Tel Aviv et militant environnemental chevronné, estime que « les notes en baisse que ce soit dans les catégories du changement climatique ou de la protection environnementale reflètent les politiques d’un gouvernement qui, même pendant des années de prospérité économique sans précédent, s’est assuré que l’environnement, en Israël, ne toucherait aucun dividende ».

« Les politiques du gouvernement, au contraire, ont restreint le ministère de la Protection environnementale dans ses champs d’action et dans ses budgets les plus modestes, empêchant de manière systématique des législations relatives au changement climatique qui étaient pourtant cruciales et une loi déterminante qui aurait officialisé le contrôle de la biodiversité », dénonce-t-il.

Le professeur Alon Tal au-dessus du ruisseau Bokek.(Autorisation)

Il note que « l’indice objectif de Yale éclate face aux fanfaronnades auto-satisfaites de notre Premier ministre et de notre ancien ministre de l’Environnement… Le ministère israélien de la Protection environnementale souffre d’un professionnalisme inadéquat de ses personnels, d’un poste de scientifique en chef resté ostensiblement vacant et d’une absence durable de volonté politique. Est-ce si étonnant que cela de voir notre pays passer de la médiocrité à l’échec ? », interroge-t-il.

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