Les Juifs algériens voient « une certaine justice » dans les indemnités allemandes
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Les Juifs algériens voient « une certaine justice » dans les indemnités allemandes

25 000 survivants âgés qui ont souffert des lois antisémites de Vichy sont maintenant éligibles à des compensations

Andre Nathan, né l'année où le gouvernement de Vichy allié aux nazis a révoqué la citoyenneté française des Juifs algériens, se souvient avoir pris cette photo aux abords de la synagogue d'Oran lors d'une fête juive dans les années 1950 (Autorisation :  Nathan via JTA)
Andre Nathan, né l'année où le gouvernement de Vichy allié aux nazis a révoqué la citoyenneté française des Juifs algériens, se souvient avoir pris cette photo aux abords de la synagogue d'Oran lors d'une fête juive dans les années 1950 (Autorisation : Nathan via JTA)

JTA – Andre Nathan a été l’un des tous premiers rescapés à réclamer une allocation après la récente décision de l’Allemagne destinée à indemniser les Juifs algériens victimes de persécution pendant la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui âgé de 77 ans, Nathan est arrivé mardi au bureau de Paris mis en place par la Claims Conference.

Nathan est né en 1941, un an après que le gouvernement de Vichy a révoqué la nationalité française des Juifs algériens. Le gouvernement allié nazi a imposé des lois interdisant aux Juifs de travailler comme médecins, avocats, fonctionnaires et journalistes, et les expulsant des écoles.

L’annonce signifie que pas moins de 25 000 juifs âgés ayant souffert des lois antisémites de Vichy entre 1940 et 1942 ont droit à une allocation unique et à d’autres services tels que des coupons alimentaires et des soins à domicile. Chaque survivant approuvé recevra 2 556 euros, une somme que la Claims Conference a négociée avec le gouvernement allemand en 1980. L’argent sera distribué à partir de juillet.

La famille de Nathan vivait dans la deuxième plus grande ville d’Algérie, la ville portuaire d’Oran, qui abritait alors une importante communauté juive.

Son père était un employé de la poste et sa mère travaillait dans un bureau d’équipement de l’armée. Ils ont tous les deux perdu leur emploi après la publication des décrets de Vichy, a indiqué Nathan à un travailleur de la Claims Conference qui a traduit ses réponses du français vers l’anglais pour le JTA.

Sa sœur aînée, qui avait l’âge d’être à l’école, a été expulsée.

La vie à l’époque était belle pour les familles juives d’Oran, se souvient-il. Sa famille habitait près du cœur de la communauté juive de la ville, rue de la Révolution.

« Nous profitions des vacances et la vie avec d’autres communautés était généralement harmonieuse, à l’exception des remarques antisémites de la communauté espagnole », a déclaré Nathan. « Je jouais du violon et mon professeur était dans le quartier espagnol, alors s’y rendre était parfois difficile. »

Son père avait servi dans l’armée française et avait été blessé au cours de la Première Guerre mondiale. Pour son père surtout, les lois antisémites « devaient être terribles car rien d’autres ne le rendait aussi fier que sa nationalité française », a déclaré Nathan.

Mais ses parents n’ont jamais parlé de leur traumatisme.

Puis après la guerre, Nathan part en 1959 étudier à Grenoble, une ville du sud-est de la France. Dans les années qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de l’Algérie par la France en 1962 et l’extension de la citoyenneté aux seuls musulmans, la plupart des Juifs du pays sont partis pour la France ou Israël.

En 1962, son père a été transporté en France à cause de l’effet persistant de ses blessures remontant à la guerre. Nathan a déclaré que sa mère et ses six frères et soeurs « devaient fuir en bateau alors que l’Algérie déclarait son indépendance ». Il a servi dans l’armée française. « Mon père m’a toujours appris à être fier de mon pays », a déclaré Nathan. « Il m’a dit ‘vous devez servir la France’ … à son avis, je devais le faire. »

Daniel Gal, dont la famille a quitté l’Algérie pour Israël à la fin des années 1950, portant du blanc pour le 50ème anniversaire de la réunification de Jérusalem, au mois de juin 2017 (Autorisation de Gal via JTA)

La famille de Daniel Gal a quitté Oran à la fin des années 1950 pour Israël, désireux de se distancer de leur pays de naissance. Dans une interview menée à son domicile à Jérusalem, Gal a déclaré à JTA « il n’y a pas de Juifs algériens. Il y a des Juifs d’Algérie, mais ils étaient français à cette époque. »

Gal, dont le nom de famille était alors Drai, était l’aîné d’une fratrie de trois frères et soeurs et à sa première année d’école il a été expulsé car il était juif. Son père était vigneron dans un vignoble local appartenant à un riche juif. Il a perdu son emploi lorsque le gouvernement de Vichy a exproprié les propriétaires juifs.

Sa mère a alors commencé à cuisiner et à faire des ménages chez une famille de pêcheurs non juifs dans la ville portuaire, a rappelé Gal. Son père a cumulé tous les petits boulots sans permis de travail. Les réfugiés chrétiens d’Oran qui avaient fui l’Espagne de Franco partageaient leur nourriture avec la famille Gal.

Les médecins juifs forcés d’abandonner leur emploi ont commencé à aider les Juifs ayant besoin de soins médicaux. Les enseignants ont mis en place des écoles juives, que Gal a commencé à fréquenter. « Toujours en Algérie, vous avez eu la solidarité, surtout parmi les Juifs », a-t-il dit, « et nous n’étions jamais morts de faim ».

Sa famille a quitté l’Algérie pour Israël dès que Gal a terminé ses études secondaires, au début ils ont vécu dans un kibboutz. Gal a rencontré sa femme le dernier jour de son cours d’hébreu et a rapidement trouvé un emploi au ministère des Affaires étrangères, où il y est resté 40 ans en tant que diplomate de carrière. Gal et sa femme ont élevé leurs enfants partout dans le monde, il a été consul général d’Israël à Milan et à Montréal, et ambassadeur d’Israël au Costa Rica et à Singapour.

Aujourd’hui Gal a 81 ans, père de trois enfants et grand-père de trois petits enfants – tous vivent à proximité et ils passent les vendredis soirs ensemble. Il publie également un blog.

Nathan s’est marié en 1970 en France, où il est resté, et lui et sa femme ont eu trois enfants. Il a travaillé en tant que directeur financier de plusieurs grandes entreprises, y compris HP et Massay Ferguson, a-t-il dit.

La décision allemande de reconnaître la souffrance des Juifs algériens l’a pris par surprise.

« Je ne m’attendais pas à cette reconnaissance pour ce que mes parents ont enduré », a déclaré Nathan.

Si sa demande est acceptée et s’il reçoit la subvention pour difficultés financières par le gouvernement allemand, Nathan a déclaré qu’il pourrait utiliser l’argent pour se rendre en Israël, ajoutant : « je pense que ce serait une bonne chose » à faire.

Gal a entendu parler du règlement il y a quelques jours par un ami avocat et a dit qu’il remplirait la demande dès qu’elle arriverait par la poste. Il a ajouté qu’il souhaite donner l’argent, si elle est approuvée, à une œuvre caritative. La subvention pour difficultés financières, a dit Gal, signifie « nous aurons plus d’argent pour le Juif pauvre ».

« Ce n’est pas une énorme somme d’argent. Symboliquement, nous méritons également d’être reconnus comme faisant partie du peuple juif qui a souffert de la Shoah », a déclaré Gal à JTA. « J’avais ressenti une sorte de discrimination » jusqu’à présent, a-t-il dit, ajoutant que « les Juifs du Maroc et de la Grèce étaient reconnus, pourquoi pas nous ? »

Au seder de Pessah [Pâque], nous disons que chaque Juif doit se considérer comme faisant partie de l’Exode d’Egypte. En tant que Juifs, nous représentions une partie de la Shoah », a déclaré Gal. Avec cette reconnaissance, « j’ai l’impression que justice a été faite ».

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