Les Juifs orthodoxes resteront à Jersey City, malgré la tuerie antisémite
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Les Juifs orthodoxes resteront à Jersey City, malgré la tuerie antisémite

L'épicerie casher ouverte par Leah Mindel Ferencz, tuée dans l'attaque, et son mari, était la base de la nouvelle communauté de juifs hassidiques fuyant les prix élevés de Brooklyn

Un juif hassidique est devant le supermarché JC Kosher à Jersey City, N.J., lieu d'une fusillade qui a fait trois morts en plus des deux tireurs, le 11 décembre 2019. La police enquête toujours pour savoir s'il s'agit d'un crime haineux. (Laura E. Adkins/JTA News)
Un juif hassidique est devant le supermarché JC Kosher à Jersey City, N.J., lieu d'une fusillade qui a fait trois morts en plus des deux tireurs, le 11 décembre 2019. La police enquête toujours pour savoir s'il s'agit d'un crime haineux. (Laura E. Adkins/JTA News)

JERSEY CITY, New Jersey (JTA) – Tous les vendredis après-midi, Leah Mindel Ferencz cuisinait du kugel chaud et du cholent et les servait dans la petite épicerie qu’elle et son mari, Moshe, avaient ouverte ici il y a environ quatre ans.

Le couple avait déménagé de Brooklyn, et le magasin qu’ils avaient ouvert, JC Kosher Supermarket, est devenu la pierre angulaire de la petite mais croissante communauté juive de Greenville, un quartier en grande partie afro-américain de cette ville, de l’autre côté de la rivière Hudson, de Manhattan. Seule épicerie casher pour la centaine de familles orthodoxes ici, le magasin indiquait que la communauté était là pour y rester, avec un peu de chance pour des années encore.

Puis, mardi, Ferencz a été abattue dans son magasin, avec un employé et un client. Mme Ferencz avait 32 ans et était mère de cinq enfants.

« C’était quelqu’un que nous voyions souvent, toujours de bonne humeur, toujours un sourire aux lèvres, vraiment décontractée, très calme, très patiente, juste une gentille personne », a dit le rabbin Shmully Levitin, un résident du quartier. « C’est un risque et il faut du courage pour quitter [Brooklyn]. Ils n’ont pas seulement déménagé eux-mêmes, ils ont bâti une entreprise en sachant et en espérant que la communauté allait grandir et que la communauté en avait besoin. »

Des juifs orthodoxes portent le cercueil de Leah Mindel Ferencz devant une synagogue de Brooklyn, le mercredi 11 décembre 2019, à New York. Ses funérailles auront lieu à Jersey City. Ferencz a été tuée mardi lors de la fusillade dans une épicerie casher de Jersey City (New Jersey). (AP Photo/Mark Lennihan)

L’incident a commencé par la fusillade mortelle d’un policier, Joe Seals aussi père de 5 enfants, dans un cimetière avant que les deux agresseurs, un homme et une femme soupçonnés d’homicide, ne se retranchent dans l’épicerie, entraînant la police à livrer une longue bataille armée.

Cette photo du 24 avril 2011 fournie par le service de police de Kent, Ohio, montre David Anderson, l’une des deux personnes armése qui ont tué quatre personnes à Jersey City, N.J., le mardi 10 décembre 2019. (Crédit : Service de police de Kent via AP)

Les tireurs ont également tué Moshe Deutsch, 24 ans, Douglas Miguel Douglas, 49 ans, et Joe Seals, un inspecteur de police de Jersey City. Les tireurs, identifiés comme étant David Anderson et Francine Graham, ont été retrouvés morts dans le magasin.

Aujourd’hui, la communauté juive de Jersey City, ainsi que leurs amis et leur famille à New York, sont sous le choc et se demandent ce qui va se passer.

Beaucoup avaient quitté Brooklyn pour échapper aux prix élevés de ce quartier et avaient trouvé un nouveau foyer accueillant. Ce n’était pas une zone dangereuse, disaient-ils. Ils s’entendaient bien avec leurs voisins et n’ont pas connu le vandalisme antisémite, le harcèlement et les agressions qui ont eu lieu récemment dans les quartiers juifs de Brooklyn.

A LIRE : L’ADL tente de lutter contre la montée de l’antisémitisme à New York à la racine

« Il n’y a jamais eu d’attaques ou d’incidents avec les Juifs qui y vivaient », a déclaré le rabbin Avi Schnall, directeur dans le New Jersey pour Agudath Israel of America, une organisation orthodoxe. Schnall a travaillé avec des Juifs et d’autres dirigeants locaux à Greenville pour bâtir des ponts avec les communautés du quartier.

Schnall a établi un lien entre la fusillade de mardi et les meurtres dans les synagogues de Poway, en Californie, en avril, et de Pittsburgh, il y a un peu plus d’un an.

« C’est plus que tragique », a dit Schnall. « C’est effrayant. Ce qui est le plus effrayant, c’est que ce n’est pas un problème local. Cela s’est produit dans trois endroits du pays au cours de la dernière année, et des gens ont été abattus. »

Des gens installent des planches sur la façade de l’épicerie casher qui a été le théâtre d’une fusillade à Jersey City, N.J., le mercredi 11 décembre 2019. Les deux tireurs qui se sont livrés à une féroce fusillade qui a fait plusieurs morts à Jersey City ont clairement ciblé le magasin juif, a déclaré le maire mercredi, au milieu de soupçons croissants que l’effusion de sang était une attaque antisémite. (AP Photo/Seth Wenig)

Moins d’un jour après la fusillade, JC Kosher est déjà en train de se rebâtir.

Mercredi, un châssis en contreplaqué se tenait devant l’entrée du magasin près d’un camion transportant ce qui semblait être des placoplâtres. Les hommes d’une compagnie du nom de Gold Star Restoration étaient en train de clouer avec leur marteau. À l’intérieur, des boîtes de bonbons pour enfants, de céréales et de croûtons garnissaient les étagères. Un groupe d’hommes orthodoxes portaient une nouvelle porte brillante vers le bâtiment. La construction n’a été interrompue que pour un office de prière à la synagogue voisine, K’hal Adas Greenville, en présence du gouverneur du New Jersey, Chris Murphy.

L’épicerie est située sur la promenade Martin Luther King, l’une des artères centrales du quartier. En bas de la rue se trouve une église pentecôtiste, une mosquée et une série de commerces. Les blocs environnants sont constitués de maisons alignées dans un arc-en-ciel de couleurs et de quelques parcelles vides. Des bouteilles cassées et des détritus jonchent les rues.

Les habitants de Jersey City disent que le quartier est devenu embourgeoisé, avec un boom des nouvelles constructions au cours des dernières années. Douglas Harmon, 43 ans, résidant depuis toujours à Greenville et entrepreneur local en bâtiment, a déclaré que la plupart des nouveaux arrivants sont des familles juives.

Un homme prend les mesures d’une vitre brisée par une balle à l’école Sacred Heart, en face d’un supermarché casher où une fusillade a eu lieu un jour plus tôt, à Jersey City, N.J., le mercredi 11 décembre 2019. (AP Photo/Seth Wenig)

Harmon a dit que lui et d’autres locaux ont eu un bon rapport avec leurs nouveaux voisins, bien que l’embourgeoisement ait augmenté les tensions dans le secteur.

Dans une vidéo diffusée mercredi dans des SMS de groupes hassidiques, Harmon a offert d’aider gratuitement à nettoyer le magasin et a présenté ses meilleurs vœux à la communauté juive.

« Les gens qui passent tous les jours, n’ont aucun problème [avec la communauté juive] », a déclaré Harmon à la Jewish Telegraphic Agency. « Tant que vous êtes quelqu’un de bien, les gens bien sont respectés partout où ils vont. »

Il a ajouté : « Ça n’aurait jamais dû arriver au peuple juif hier, ni aux policiers. »

Les chefs religieux de Greenville ont déjà travaillé ensemble pour apaiser les tensions qui accompagnent souvent l’embourgeoisement, a déclaré Rolando Lavarro, président du conseil municipal de Jersey, à JTA. M. Lavarro a déclaré que la ville avait permis aux habitants d’apposer des panneaux « No Knock » [Ne sonnez pas] sur leurs portes pour dissuader les promoteurs immobiliers et que la sécurité pourrait être renforcée dans la zone en attendant le résultat de l’enquête de la police. Il a dit qu’il ne savait pas si la fusillade était liée à des problèmes dans le quartier.

« Je pense que nous pouvons faire mieux pour être une ville accueillante », a dit Lavarro. « Je pense que nous pouvons mieux équilibrer la préservation de la culture, du patrimoine et des valeurs de ceux qui habitent la ville depuis longtemps et les besoins des communautés qui viennent d’arriver à Jersey City ».

Yosef Rapaport, un militant hassidique dans le quartier Borough Park de Brooklyn, a déclaré que les nouveaux arrivants à Jersey City ont été poussés par la hausse des prix qui a rendu les maisons plus difficiles d’accès à Brooklyn.

« Il y a eu un exode massif de jeunes à Brooklyn », a-t-il dit. « Les synagogues n’ont plus de jeunes enfants. Personne ne peut se permettre de vivre ici. »

Schnall craint que, malgré le sentiment de tranquillité qui régnait à Greenville avant mardi, c’est simplement la nouvelle réalité : Les communautés juives de tout le pays sont en danger.

« C’est inquiétant que cela ait eu lieu », a-t-il dit. « Mais ce genre de choses peut arriver n’importe où. »

Des secouristes sont à l’œuvre dans un supermarché casher, lieu d’une fusillade à Jersey City, N.J., le mercredi 11 décembre 2019. Le maire de Jersey City, Steven Fulop, a déclaré que des tireurs ont ciblé le magasin lors d’une fusillade qui a tué plusieurs personnes mardi. (AP Photo/Seth Wenig)
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