Les « loups nazis » à Chemnitz face à la flambée de l’extrême-droite
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Les « loups nazis » à Chemnitz face à la flambée de l’extrême-droite

L'artiste Rainer Opolka a expliqué que sa présentation de bêtes féroces en métal dont certaines font le salut hitlérien vise à mettre en garde contre le racisme et la xénophobie

Les loups nazis de Rainer Opolka à Postdam (Capture d'écran : Youtube)
Les loups nazis de Rainer Opolka à Postdam (Capture d'écran : Youtube)

D’imposants loups en métal déshabillent des yeux les passants à Chemnitz, en Allemagne. Leurs griffes sont acérées, leurs gueules ouvertes dans un grognement, leurs corps sont nerveux et raides et leurs yeux sont affamés. Certains font le salut nazi.

C’est une vision troublante et l’effet est très probablement celui que recherchait l’artiste Rainer Opolka. L’exposition, « les loups sont de retour », a pour objectif de mettre en lumière les dangers de la xénophobie et du racisme.

Elle a circulé dans toute l’Allemagne depuis 2016, principalement dans les centres-villes de Berlin, Potsdam et Dresden. L’exposition entière comporte 66 loups. Certains pointent des armes à feu en direction des spectateurs. D’autres portent des couvrants d’œil, apparemment aveugles. Tous sont menaçants.

Dorénavant, en réponse aux rassemblements continus d’extrême-droite à Chemnitz, Opolka a spontanément amené dix de ses loups dans la ville orientale, dont un grand nombre a la main tendue, effectuant le salut nazi.

Les loups nazis de Rainer Opolka à Postdam (Capture d’écran : Youtube)

Les sculptures ont été placées devant le buste célèbre de Karl Marx, dans le centre de Chemnitz, aux côtés de panneaux avertissant que l’extrémisme « exploite vos peurs » , identifiant le radicalisme comme « père de tous les problèmes », selon un reportage réalisé par la BBC.

« Qu’arrivera-t-il quand les structures de l’ordre et de la solidarité s’effondreront et que la xénophobie se répandra comme un virus ? », s’est interrogé Opolka sur le site internet de l’exposition. « Lorsque les règles éthiques et morales cesseront de s’appliquer et que la société sera de plus en plus façonnée par la peur, par la violence et la brutalité ? Lorsque le nationalisme aveugle prendra le pas ?… Que se passera-t-il quand les gens deviendront des loups ? »

Chemnitz a été le théâtre de rassemblements d’extrême-droite, ces dernières semaines. Des milliers de manifestants ont répondu à un appel lancé par le parti de l’AfD et par le mouvement islamophobe PEGIDA à défiler suite à une attaque au couteau meurtrière qui a tué un homme et qui aurait été commise par des demandeurs d’asile, à la fin du mois d’août.

Des groupes d’hommes, majoritairement de type caucasien, ont été filmés en train de scander « national-socialisme, maintenant, maintenant, maintenant » – une référence à l’idéologie déclarée des nazis – selon une séquence qui a circulé sur les réseaux sociaux. Certains ont été accusés d’avoir fait le salut nazi.

En marge d’une manifestation, le 26 août, des hommes masqués ont jeté des pierres et une bouteille sur un restaurant casher de la municipalité en hurlant « le cochon juif, hors de ma ville ».

Les lois allemandes interdisent les démonstrations du salut hitlérien, de croix gammée et autres symboles nazis, et les autorités ont indiqué qu’elles enquêtaient sur des douzaines de cas.

Mercredi, la chancelière Angela Merkel a expliqué au parlement qu’elle prenait au sérieux les inquiétudes des Allemands face aux crimes commis par les migrants et elle a promis une réponse forte, mais elle a condamné les manifestations récentes qu’elle a qualifié de « haineuses », disant qu’il n’y avait « pas d’excuses » pour les expressions de haine, les sympathies nazies ou les violences en réponse.

Alexander Gauland, un leader du parti AfD d’extrême-droite dont les membres ont défilé aux côtés des néo-nazis à Chemnitz, a défendu leur participation en disant qu’ils exerçaient leur « droit démocratique à la liberté d’assemblée ».

« Il y avait un couple d’idiots agressifs parmi les manifestants qui criaient ‘les étrangers dehors’ et qui ont fait le salut hitlérien, personne ne dit le contraire », a-t-il indiqué. « C’est de mauvais goût et c’est criminel, mais cela a été une minorité qui n’a ni représenté la manifestation dans son ensemble, ni rendu illégitime la majorité des manifestants ».

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