Les médecins s’opposent à l’alimentation forcée des prisonniers
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Les médecins s’opposent à l’alimentation forcée des prisonniers

Malgré les critiques, le gouvernement défend une loi qui vise à prévenir les grèves de la faim chez les détenus

Leonid Eidelman, président de l'Association médicale israélienne, le mardi 29 avril 2014, à Jérusalem (Hadas Parush / Flash90)
Leonid Eidelman, président de l'Association médicale israélienne, le mardi 29 avril 2014, à Jérusalem (Hadas Parush / Flash90)

Les médecins israéliens ont reçu pour instruction de ne pas se conformer à la législation approuvée dimanche par le cabinet – qui permettrait aux autorités de la prison de forcer les détenus palestiniens en grève de la faim à s’alimenter.

Dans une lettre adressée au ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, et à la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, le président de l’Association médicale israélienne, le docteur Leonid Eidelman, affirme qu’il a donné pour consigne aux médecins d’agir uniquement en fonction des exigences de l’éthique et de ne pas nourrir de force les prisonniers en grève de la faim.

« L’Association médicale considère avec un œil très critique l’intention de légiférer sur l’alimentation forcée », a déclaré Eidelman.

« Notre objection a été formulée à [des représentants] des ministères et au procureur général à chaque occasion. »

L’alimentation forcée par tube des prisonniers contre leur volonté a été interdite en 1975 par la Déclaration de Tokyo de l’Association médicale mondiale, à condition que le prisonnier soit « capable de formuler un jugement conscient et rationnel ».

La procédure peut entraîner une douleur extrême et de graves hémorragies ainsi que la propagation de diverses maladies.

Aux États-Unis, l’alimentation forcée a été une source de controverse politique, et plus particulièrement son application dans la prison militaire de Guantanamo Bay.

Le projet de loi a été proposé par le dernier gouvernement et relancé par Erdan la semaine dernière. Le projet a été adopté en première lecture à la Knesset précédente, mais n’a pas atteint les deuxième et troisième lectures requises pour intègrer la loi.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Gila Erdan, a indiqué en approuvant le projet de loi que les grèves de la faim menées par des prisonniers, en l’occurrence palestiniens, étaient une « menace » pour Israël.

« De la même manière que les tentatives de boycotter et délégitimer Israël, les grèves de la faim menées par des terroristes emprisonnés sont devenues un moyen de menacer » l’Etat hébreu, a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Des militants ont averti qu’un prisonnier palestinien en grève de la faim est dans un état critique et que les autres détenus sous mesure de sécurité ont menacé de se joindre à lui, apportant une attention renouvelée à la question.

En réaction à la lettre d’Eidelman, Erdan a remis en question la propre position éthique de l’association.

Gilad Erdan le 18 mai 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Gilad Erdan le 18 mai 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Puisqu’ils sont chargés de sauver des vies dans une situation donnée, les médecins doivent remplir leur rôle, que ce soit un prisonnier qui tente de se suicider dans sa cellule, ou un prisonnier qui s’affame lui-même, » a défendu Erdan, cité par Ynet.

« La loi ne peut pas exiger formellement des médecins qu’ils effectuent la procédure, mais je suis certain que nous allons trouver des médecins qui acceptent de le faire », a-t-il poursuivi.

Il a dit qu’il chercherait à faire passer le projet de loi à la Knesset dès que possible. Après avoir reçu le feu vert du cabinet, le projet doit encore passer par trois lectures.

« Les prisonniers de sécurité veulent transformer les grèves de la faim en un nouveau genre d’attentat-suicide qui menacerait l’Etat d’Israël. Nous ne pouvons pas permettre à quiconque de nous menacer et nous ne permettrons pas que les prisonniers meurent dans nos prisons », a déclaré Erdan.

Des députés de la Knesset et des groupes de défense des droits de l’Homme ont rejoint le concert de protestations lancé par Eidelman, appelant le gouvernement à ne pas poursuivre le projet.

Le député de la Liste arabe unie Basel Ghattas a averti que si le projet de loi était approuvé, « ce serait une étape sombre et une violation fondamentale des droits de l’Homme ».

La dirigeante du parti Meretz, la députée Zahava Gal-On, 2011. (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)
La dirigeante du parti Meretz, la députée Zahava Gal-On, 2011. (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

Qualifiant la loi d’ « immorale et contraire à l’éthique », la chef du parti de gauche Meretz, Zahava Gal-On, a affirmé que « dans une démocratie, les grèves de la faim sont un outil de protestation légitime », a-t-elle affirmé.

L’association Physicians for Human Rights a qualifié la législation d’ « honteuse » et affirmé qu’elle revienait à légaliser la torture.

« Au lieu de les nourrir de force, tout en les humiliant et au péril de leur vie, Israël doit répondre aux demandes des grévistes – y compris en mettant fin aux détentions administratives arbitraires », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Le Service pénitentiaire d’Israël a déclaré que quatre prisonniers refusent actuellement de s’alimenter, et a averti d’une vaste grève de la faim après la fête du Ramadan, qui commence le 18 juin.

La semaine dernière, le gouvernement palestinien a averti que le prisonnier Khader Adnan, en grève de la faim, était « en danger de mort » après 36 jours de protestation.

« Israël est entièrement responsable de la vie des prisonniers en détention administrative », a exprimé le gouvernement dans un communiqué, en référence à une procédure en vertu de laquelle Israël peut détenir indéfiniment des Palestiniens sans procès pour des périodes de six mois renouvelables.

Adnan est « en danger de mort » peut-on encore y lire.

Le prisonnier a été hospitalisé il y a quelques jours, et il poursuit sa protestation contre les conditions de son emprisonnement, selon le Club des prisonniers palestiniens.

Un manifestant palestinien tient une pancarte en soutien  à Khader Adnan devant le bâtiment de la Croix-Rouge à Jérusalem-Est en février 2015 (Crédit photo: Sliman Khader / Flash90)
Un manifestant palestinien tient une pancarte en soutien à Khader Adnan, devant le bâtiment de la Croix-Rouge, à Jérusalem-Est, en février 2015. (Crédit photo: Sliman Khader / Flash90)

Deux autres prisonniers sont aussi en grève de la faim – Mohammed Rashdan, qui protestait contre la privation de visites familiales, et Ayman al-Sharbati, un résident de Jérusalem-Est placé en isolement.

Le Service pénitentiaire d’Israël assure qu’il n’a pas les ressources pour gérer un grand nombre de prisonniers en grève de la faim.

En 2012 et 2013, une grande grève de la faim et des protestations palestiniennes ont conduit Israël à libérer un certain nombre de prisonniers de la détention administrative.

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