Les médias égyptiens, le pouvoir égyptien et la reconnaissance de Jérusalem
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Les médias égyptiens, le pouvoir égyptien et la reconnaissance de Jérusalem

Bien que le Caire critique publiquement Trump pour avoir reconnu la capitale d'Israël, le New York Times affirme que les animateurs TV sont invités à adoucir le ton

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, à droite, à New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, à droite, à New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Bien que l’Egypte ait publiquement condamné la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël et ait même soutenu une résolution de l’ONU rejetant cette décision, Le Caire a discrètement cherché à convaincre le public égyptien de l’accepter, a rapporté samedi le New York Times.

Le journal a obtenu des enregistrements audio dans lesquels un officier du renseignement égyptien, s’entretenant avec des animateurs influents de talk-show, leur a demandé de minimiser l’importance de la décision du président américain Donald Trump.

Le capitaine Ashraf al-Kholi, aurait déclaré à ses hôtes que l’agitation généralisée au sujet de la décision de Washington ne « servirait pas les intérêts de la sécurité nationale de l’Egypte », cela « relancerait les islamistes et le Hamas. Le Hamas renaîtrait une fois de plus ».

« En quoi Jérusalem est-elle différente de Ramallah ? » a demandé al-Kholi, cherchant à diminuer la portée de la Ville Sainte en tant que future capitale d’un Etat palestinien.

Bien qu’il ait dit que le Caire condamnait la déclaration de Trump, il a ajouté que, « Malgré tout, cela correspond à la réalité. Les Palestiniens ne peuvent pas le nier et nous ne voulons pas faire la guerre. Nous avons d’autres problèmes comme vous le savez. »

Le Times rapporte que le renseignement égyptien informe régulièrement les animateurs de télévision sur les messages que les dirigeants veulent qu’ils fassent passer au public, et les enregistrements montrent que les interlocuteurs de l’officier étaient tous très disposés à accepter le point de vue officiel.

« Donnez-moi vos ordres, Monsieur », aurait dit un hôte. « Je suis à votre disposition. »

Al-Kholi a dit aux présentateurs que « à terme, Jérusalem ne sera pas très différente de Ramallah. Ce qui compte est de mettre fin aux souffrances du peuple palestinien ».

« Les concessions sont un must et si nous obtenons une concession par laquelle … Ramallah sera la capitale de la Palestine, pour mettre fin à la guerre et que personne d’autre ne meurt, alors nous aurons réussi. »

Le Caire a fustigé l’article du New York Times, et démenti catégoriquement que le gouvernement cherchait à imposer la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël au peuple égyptien et expliqué que l’officier n’existait même pas.

« Le rapport du Times fait état d’enregistrements audio qui contiennent des allégations concernant la position de l’Egypte sur la question de Jérusalem. Il est inapproprié que le New York Times, un journal réputé, publie de telles allégations », a déclaré le gouvernement égyptien dans un communiqué.

« Les positions de l’Egypte sur les questions internationales ne sont pas connues à travers de prétendues fuites de sources anonymes. Au contraire, les positions de l’Egypte sont transmises par le président, le ministre des Affaires étrangères et dans les déclarations officielles », ajoute le communiqué.

Suite à la décision de Trump, l’Egypte a déclaré publiquement que cette décision était une violation des résolutions internationales sur le statut de la ville. Elle générait également des préoccupations concernant l’impact de l’initiative américaine sur la stabilité de la région et sur son impact « extrêmement négatif » sur le processus de paix israélo-palestinien.

Shibley Telhami, du groupe de réflexion Brookings Institution, a déclaré que la position égyptienne sur la déclaration américaine était « transformationnelle ».

« Je ne pense pas que cela se serait passé il y a dix ans, parce que les dirigeants arabes auraient clairement fait savoir qu’ils ne l’accepteraient pas », a-t-il dit.

Les dirigeants israéliens ont longtemps déclaré que Jérusalem cultivait tranquillement ses liens avec les Etats arabes, face aux menaces communes posées par l’Iran et l’extrémisme islamiste.

Par ailleurs, la Jordanie a déclaré samedi lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe que le forum « rejette la reconnaissance américaine ».

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré : « Nous nous opposons à toute mesure qui changerait le statut juridique historique de la ville ». Il a ajouté que « toutes les décisions que nous prendrons seront en accord avec l’intérêt palestinien ».

Ayman Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, le 25 juillet 2017 (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

Dans son discours du 6 décembre à la Maison Blanche, Trump a repoussé les avertissements en provenance des leaders du monde entier et a insisté sur le fait qu’après des échecs répétés pour parvenir à la paix, une « nouvelle approche » était attendue depuis longtemps, décrivant sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, comme étant le reflet de la réalité.

Amèrement rejetée par l’Autorité palestinienne, qui boycotte depuis l’administration Trump, cette décision a été saluée par Netanyahu et par une grande partie de l’échiquier politique israélien. Trump a souligné qu’il ne spécifiait pas les limites de la souveraineté israélienne dans la ville, et a appelé à ne pas changer le statu quo dans les Lieux saints de la ville.

Un rapport israélien a déclaré vendredi que les Etats-Unis, furieux de la réaction des Palestiniens concernant la reconnaissance de Trump sur Jérusalem, a gelé 125 millions de dollars d’aide à l’agence des réfugiés palestiniens de l’ONU.

Pour leur part, les Etats-Unis ont démenti l’affirmation de la Dixième chaîne de télévision, indiquant qu’une décision sur le financement de l’UNWRA était encore « à l’étude ».

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