Les Palestiniens majoritairement opposés aux pressions d’Abbas sur Gaza
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Les Palestiniens majoritairement opposés aux pressions d’Abbas sur Gaza

Un sondage montre que la majorité des Gazaouis soutient l’accord Hamas-Dahlane, mais l’homme fort du Fatah n'est que très peu soutenu par la présidence

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les partisans palestiniens du chef de file du Fatah, Mohammad Dahlane, qui a été expulsé, pendant une manifestation à Gaza Ville, le 18 décembre 2014. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Les partisans palestiniens du chef de file du Fatah, Mohammad Dahlane, qui a été expulsé, pendant une manifestation à Gaza Ville, le 18 décembre 2014. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Les sévères menaces du président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas pour forcer le Hamas à céder le contrôle de la bande de Gaza sont rejetées par une majorité de Palestiniens, selon un sondage publié mercredi.

Depuis avril, Abbas a coupé de 35 % les fonds pour l’électricité fournie par Israël à Gaza, il a réduit d’un tiers les salaires de dizaines de milliers d’employés de l’AP à Gaza, et a réduit le budget médical pour Gaza de 90 %, selon certaines sources. Mardi, il a forcé 6 000 employés de l’AP à Gaza à partir en retraite anticipée.

Un sondage du Centre palestinien en recherche politique et enquête a conclu que 84 % des Palestiniens s’opposent aux coupures d’électricité et 88 % s’opposent à une réduction des salaires des employés du gouvernement.

Le gouvernement d’Abbas a reconnu que ces mesures visent à forcer le Hamas à céder le contrôle de Gaza, où il a pris le pouvoir après un conflit violent avec le Fatah en 2007.

Le sondage a mis en évidence que 78 % de la population pensent que la stratégie ne sera pas efficace pour forcer le Hamas à céder le contrôle. Seulement 13 % pensent que les mesures fonctionneront.

Des Palestiniens employés par l'Autorité palestinienne pendant une manifestation contre la réduction de leurs salaires dans la ville de Gaza, le 8 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Des Palestiniens employés par l’Autorité palestinienne pendant une manifestation contre la réduction de leurs salaires dans la ville de Gaza, le 8 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Pourtant, 47 % déclarent vouloir que le Hamas accepte les demandes d’Abbas si cela pouvait impliquer de meilleures conditions de vie à Gaza, tandis que 38 % ont déclaré qu’ils ne voulaient pas que le Hamas cède.

Mardi, le porte-parole du gouvernement de Ramallah, Yousouf al-Mahmoud, a déclaré dans un communiqué à l’agence officielle de l’AP, Wafa, que toutes les mesures « sont temporaires, et sont liées à l’abandon du pouvoir par le Hamas ».

Mahmoud a ajouté que les mesures faisaient partie de la « stratégie nationale pour mettre un terme à la division palestinienne et appliquer la vision du président Mahmoud Abbas pour dissoudre la prétendue commission administrative », et permettre au gouvernement palestinien d’assumer ses responsabilités dans la bande de Gaza et de se préparer pour les élections.

Le Hamas, groupe terroriste qui a juré la destruction d’Israël, a formé le Comité Administratif en mars afin d’élargir son contrôle dans la bande de Gaza.

Une majorité de Gazaouis en faveur d’un accord Hamas-Dahlane

Le sondage a également montré le soutien réduit pour l’ancien dirigeant du Fatah Mohammad Dahlane, même si certains soutiennent un accord entre le Hamas et l’Egypte pour améliorer les conditions de vie dans la bande de Gaza.

Pour tenter de contrer les mesures d’Abbas et résoudre la crise de l’électricité à Gaza, les chefs du Hamas se sont entretenus avec Dahlane, principal rival d’Abbas au Fatah, lors d’une rencontre au Caire au début du mois de juin.

Dahlane est l’ancien dirigeant du Fatah et était considéré comme l’homme fort à Gaza avant d’être écarté du pouvoir par le coup d’état de 2007 qui a conduit le Hamas à contrôler la bande de Gaza. Il a été expulsé des territoires palestiniens par Abbas en 2011.

Dahlane et le Hamas seraient tombés d’accord pour établir un nouveau « comité de gestion » de Gaza, qui verrait l’homme fort du Fatah partager le contrôle de l’enclave palestinienne.

Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)
Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Le sondage a montré que l’accord Hamas-Dahlane est beaucoup plus populaire à Gaza, où 61 % de la population le soutiennent, qu’en Cisjordanie, où seulement 29 % des sondés sont en faveur d’un tel accord.

50 % de la population déclarent que si l’accord entre le Hamas et Dahlane venait à être appliqué, cela conduirait à une séparation totale entre la Cisjordanie et Gaza, tandis que 38 % considèrent que cela ne conduira pas à une séparation complète.

Alors que le pouvoir de Dahlane à l’intérieur des Territoires palestiniens semble s’accroître, le sondage montre que la grande majorité des Palestiniens ne veulent pas qu’ils prennent la succession d’Abbas, âgé de 82 ans, qui est dans la onzième année de son mandat présidentiel de quatre ans.

Selon le sondage, si Abbas ne se présentait pas aux prochaines élections présidentielles, 35 % préféreraient voir le cadre emprisonné du Fatah Marwan Barghouthi le remplacer, tandis que 19 % choisiraient le dirigeant du Hamas Ismail Haniyeh, et seulement 7 % voudraient voir Dahlane prendre le pouvoir.

Marwan Barghouthi. (Crédit : Flash90)
Marwan Barghouthi. (Crédit : Flash90)

Barghouthi purge plusieurs peines de prison à vie après avoir été condamné pour le meurtre de civils par un tribunal civil israélien.

Une majorité des Palestiniens pessimiste sur les négociations de paix de Trump

La majorité des Palestiniens pensent que les relations entre Israël et les Palestiniens continueront à se dégrader malgré l’effort du président des Etats-Unis Donald Trump pour relancer les négociations de paix.

A la suite de la visite de Trump en Israël et en Cisjordanie en mai, 51 % des résidents pensent que les relations israélo-palestiniennes continueront à se dégrader, 13 % pensent qu’elles vont s’améliorer et 33 % considèrent qu’elles ne changeront pas.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Ces chiffres étaient sensiblement les mêmes auprès des personnes interrogées sur l’avenir des relations américano-palestiniennes.

Si les personnes interrogées ont exprimé du pessimisme concernant les perspectives de paix, le sondage a montré une chute significative du soutien palestinien à une Intifada armée.

Il y a trois mois, le soutien à la violence était à 51 %, et il a maintenant chuté à 39 %. Une majorité (54 %) a déclaré soutenir une résistance non violente à la politique israélienne.

Le Centre palestinien en recherche politique et enquête a expliqué que le soutien à la violence a probablement chuté du fait de « la perception du public de l’impact négligeable des attaques à l’arme blanche ou à l’arme à feu ».

La taille totale de l’échantillon était de 1 200 adultes, interrogés en personne dans 120 endroits choisis au hasard. La marge d’erreur était fixée à 3 %.

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