Les photos des femmes victimes de Pittsburgh absentes d’un journal hassidique
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Les photos des femmes victimes de Pittsburgh absentes d’un journal hassidique

Le rédacteur en chef de Di Tzeitung déclare que la décision de ne publier que des photos d'hommes victimes du massacre de la synagogue est une pratique courante

La couverture de l'édition du 2 novembre 2018 de Di Tzeitung sur le massacre de Pittsburgh (Crédit : Avital Chizhik-Goldschmidt/Twitter, via JTA)
La couverture de l'édition du 2 novembre 2018 de Di Tzeitung sur le massacre de Pittsburgh (Crédit : Avital Chizhik-Goldschmidt/Twitter, via JTA)

JTA – La couverture d’un hebdomadaire en yiddish basé à New York présente, sans surprise, un hommage émouvant aux 11 personnes tuées dans le massacre de la synagogue samedi à Pittsburgh. Sous le titre « Les martyrs de Pittsburgh », l’édition du 2 novembre de Di Tzeitung inclut des photos de seulement huit victimes, uniquement les hommes.

Sous la photo se trouve une légende : « Et trois femmes. »

Les lecteurs qui n’appartiennent pas à la communauté juive hassidique sont indignés par cette « omission » des femmes, vivantes et mortes, dans les médias orthodoxes haredi. Une manchette de Forward indiquait que les trois victimes – Bernice Simon, Joyce Fienberg et Rose Mallinger – avaient été « gommées ».

Mais pour le rédacteur en chef de Di Tzeitung, cela fait partie du mode opératoire standard.

« C’est une histoire qui n’en est pas une », a expliqué Albert Friedman au Forward. « Les journaux hassidiques ont pour politique de ne pas publier de photos de femmes. Cependant, elles sont mentionnées en bonne place dans l’article. Elles ne sont aucunement dénigrées. »

« Aucun de nos lecteurs ne s’en plaint parce que c’est ce que nos lecteurs veulent », a-t-il ajouté. « Même si Mme Clinton était présidente, sa photo n’apparaîtrait pas ».

C’est le même journal qui, en 2011, a publié la célèbre photo de hauts responsables d’Obama qui suivaient le raid qui a coûté la vie à Oussama ben Laden, mais dont la secrétaire d’État Hillary Clinton et une deuxième femme avaient été effacées grâce à Photoshop. Di Tzeitung s’est ensuite excusé d’avoir supprimé les femmes, tout en continuant sa « politique éditoriale » consistant à ne pas publier de photos de femmes.

Ses lecteurs « pensent que les femmes doivent être appréciées pour ce qu’elles sont et ce qu’elles font, pas pour leur apparence, et que les lois juives sur la pudeur sont une expression du respect pour les femmes, pas l’inverse ».

Un autre journal haredi, Hamodia, a également pour politique de ne pas publier de photos de femmes. Il a offert une large couverture de la fusillade de la synagogue, y compris sur au moins trois couvertures diffusées sur son site Web. Hamodia a choisi des images qui ne mettaient pas en scène des femmes, y compris pour celle d’un mémorial de fortune devant la congrégation Tree of Life.

Plus tôt cette année, dans un éditorial paru dans le Times of Israel, la militante orthodoxe Shoshanna Keats Jaskoll a fait part de l’opposition croissante des femmes orthodoxes face à cette censure des photos dans les journaux, les livres et la publicité, et a exhorté les milieux orthodoxes à demander aux publications de cesser cette pratique.

« Il y a des groupes Facebook qui se consacrent exclusivement au changement de ces pratiques. Ces femmes veulent que leurs filles aient des modèles visuels », a-t-elle écrit. « Elles veulent voir des gens avec qui elles peuvent s’identifier dans les pages des magazines. Elles se sentent blessées et troublées à l’idée que la simple présence d’une femme – ou d’une fille – juive habillée de façon pudique soit tabou ».

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