Les pilotes du F-16 n’ont « presque » pas eu le temps de fuir l’avion endommagé
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Les pilotes du F-16 n’ont « presque » pas eu le temps de fuir l’avion endommagé

Le pilote et le navigateur auraient déclaré s'être éjectés juste après la frappe. Les enquêteurs se penchent sur les causes du crash

Une photo prise au kibboutz de Harduf, dans le nord d'Israël, montre les restes d'un F-16 israélien qui s'est écrasé après avoir été la cible des forces aériennes syriennes (Crédit : AFP / Jack GUEZ)
Une photo prise au kibboutz de Harduf, dans le nord d'Israël, montre les restes d'un F-16 israélien qui s'est écrasé après avoir été la cible des forces aériennes syriennes (Crédit : AFP / Jack GUEZ)

Le pilote et le navigateur d’un avion-chasseur israélien qui a été pris pour cible par un tir de missile anti-aérien syrien ont indiqué qu’ils n’ont pas hésité à s’éjecter de l’appareil gravement endommagé lors de l’explosion d’un missile à proximité, selon des retranscriptions de leurs récits qui ont fuité dimanche.

Les deux hommes ont indiqué avoir eu de la chance de ne pas être tués par l’explosion, reconnaissant que l’avion ne répondait plus. Ils ont mis rapidement en oeuvre les procédures d’éjection et ont sauté de l’avion à une hauteur de 14 000 pieds juste avant son crash sur le versant d’une colline, à proximité d’un kibboutz israélien.

Ces déclarations, diffusées par la chaîne Hadashot, surviennent alors que l’armée israélienne continue à mener son enquête sur l’incident de samedi, qui semble marquer la première fois qu’un avion-chasseur israélien est abattu par un tir ennemi depuis la guerre du Liban de 1982.

Une vidéo diffusée dimanche montre l’avion, une boule de feu, traversant les airs, ce qui renforce la théorie de sa destruction par un missile anti-aérien syrien durant sa sortie, alors que les tensions sur la frontière ont atteint ce week-end leur apogée.

La chaîne a déclaré que ces retranscriptions émanaient des témoignages des deux hommes recueillis par les militaires.

Le président Reuven Rivlin rend visite aux pilotes de l’armée israélienne blessés lors de leur éjection d’un F-16 israélien frappé par un tir anti-aérien syrien, le 11 février 2018 (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Le F-16 — qui aurait été à la tête d’une flottille d’avions lors de frappes israéliennes sur des cibles syriennes samedi en début de matinée, lancée pour riposter à l’infiltration dans l’espace aérien israélien d’un drone iranien – s’est abattu en flammes au kibboutz Harduf, dans le nord d’Israël.

Les aviateurs, qui n’ont pas été identifiés, affirment avoir entendu « une explosion et nous avons compris que nous étions touchés. C’est un sentiment très désagréable, la perte de contrôle ».

« L’éjection a eu lieu tout de suite », aurait dit l’un d’eux selon le reportage, qui ne spécifiait pas par ailleurs où et dans quelles circonstances précises ces propos ont été tenus.

Le co-pilote a été légèrement blessé lors de l’incident et il est depuis sorti de l’hôpital. Le pilote a été pour sa part grièvement touché, même si son état s’est depuis stabilisé et amélioré.

« Nous n’avions pas pas de procédure longue et surtout, nous n’avions pas de temps à perdre. Quelques secondes. Le temps de comprendre qu’il fallait que nous partions vite à cause de nos blessures physiques et aussi à cause des dommages subis par l’avion qui avait cessé de fonctionner », aurait dit l’un des hommes.

Le pilote et le navigateur, qui fait fonctionner le système d’armes, ont décrit la manière dont ils avaient dirigé les attaques contre leurs cibles. « Nous étions très concentrés sur la mission », dit la retranscription.

Une photo prise dans le nord d’Israël au Kibboutz Harduf montre les restes d’un avion F-16 israélien qui s’est écrasé après avoir été la cible de tirs anti-aériens syriens, le 10 février 2018 (Crédit : AFP Photo/Jack Guez)

« Il n’y a pas eu de cris dans le cockpit, » lorsque le missile anti-aérien a explosé à proximité.

« Nous avons eu une chance extrême. Le missile a explosé près de l’avion et la force de l’explosion aurait pu nous tuer », a continué le témoignage. « Le missile a explosé à une certaine distance de l’avion et les éclats d’obus ont suffisamment endommagé l’avion [pour le rendre inopérable].

« La décision de nous éjecter a été prise en quelques secondes. Nous avons coordonné entre nous ce qui relevait de la logistique d’éjection », ont-ils expliqué, notamment en se focalisant sur la nécessité de « tenir les bras le long du corps afin de ne pas être blessés lors de la procédure. On répète les ordres sur l’interphone et on active le siège éjectable ».

Le président Reuven Rivlin rend visite aux pilotes de l’armée israélienne blessés lors de leur éjection d’un F-16 israélien frappé par un tir anti-aérien syrien, le 11 février 2018 (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Après l’éjection, les aviateurs ont décrit leur descente. « Vous tenez à un parachute à une hauteur de 14 000 pieds, vous avez de longues minutes avant de toucher terre et vous commencez alors immédiatement la procédure de communication radio. Sur le canal d’urgence des forces aériennes. Tous les autres avions nous écoutent, comme c’est le cas aussi du poste de contrôle à terre ».

« Nous avons fait part de l’altitude à laquelle nous avons sauté, de notre position exacte et de notre état de santé physique de manière à ce que l’hélicoptère de secours puisse nous retrouver ».

Les forces aériennes israéliennes ont acquis la réputation d’une supériorité aérienne dans la région. Les F-15 et les F-16 israéliens les plus avancés ont un avantage significatif sur les systèmes de défense aérienne russes, généralement plus anciens.

Ce crash de samedi est toutefois un rappel de ce que de nombreux responsables et analystes de la défense israéliens ont répété pendant des années : Aucun système militaire n’est parfait ou invincible.

Des F-16I sur le tarmac lors de l’exercice international Blue Flag, à la base militaire d’Ovda, le 8 novembre 2017. (CréditJack Guez/AFP)

Les enquêteurs se penchent sur la manière dont l’appareil a été frappé et ils s’intéresseraient à d’éventuelles failles techniques, tels qu’une défaillance des systèmes anticipés d’alerte dans certains F-16.

La chaîne Hadashot et la Dixième chaîne ont spéculé dimanche sur la possibilité que les pilotes aient été tellement concentrés sur leurs cibles qu’ils se soient trouvés dans l’incapacité de réaliser l’ampleur du danger posé par ce qu’un reportage télévisé a qualifié de douzaines de tirs de missiles antiaériens syriens.

Les pilotes auraient finalement pris conscience des missiles, parvenant à en éviter plusieurs, a dit le reportage de la chaîne Hadashot.

La Dixième chaîne a cité des responsables s’exprimant sous couvert d’anonymat qui ont indiqué que la perte de l’avion « n’aurait jamais dû arriver ».

En réponse à la destruction en vol du F-16, les militaires israéliens ont mené une autre série de frappes peu de temps après, dans la journée de samedi, qui ont spécifiquement visé les systèmes de défense anti-aérienne syriens. Là aussi, les pilotes israéliens ont affronté des tirs syriens significatifs, déclenchant de nombreuses sirènes d’alarme dans les régions du nord d’Israël dont les habitants se sont rendus dans les abris anti-aériens.

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