Shoah/Guerre d’Algérie : Les propos de Macron sur le devoir mémoriel déformés
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Shoah/Guerre d’Algérie : Les propos de Macron sur le devoir mémoriel déformés

Le président est accusé par la droite et l'extrême-droite d'avoir comparé la Shoah à la guerre d'Algérie ; l'Elysée récuse toute comparaison et évoque le devoir de mémoire

Le président français Emmanuel Macron donne une conférence de presse lors de sa visite à Alger, en Algérie, le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP / RYAD KRAMDI / RYAD KRAMDI)
Le président français Emmanuel Macron donne une conférence de presse lors de sa visite à Alger, en Algérie, le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP / RYAD KRAMDI / RYAD KRAMDI)

Jeudi soir, dans un entretien au Figaro réalisé dans l’avion qui le ramenait à Paris depuis Israël, le président français s’est dit convaincu que la France devait revisiter la mémoire de la guerre d’Algérie (1954-1962) pour mettre un terme au « conflit mémoriel » qui « rend la chose très dure en France ».

« Je suis très lucide sur les défis que j’ai devant moi d’un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d’Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu’il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995 », a-t-il ajouté, devant trois journalistes du Monde, du Figaro et de Radio J. Le candidat Macron avait créé la polémique pendant sa campagne à la présidentielle 2017 en qualifiant la colonisation de « crime contre l’Humanité ».

La droite et l’extrême droite ont dénoncé vigoureusement les récents propos, les jugeant « obscènes » et « indécents ».

« C’est de l’indécence. Après avoir qualifié la colonisation de ‘crime contre l’humanité’, il fait l’amalgame entre la guerre d’Algérie et le pire génocide de l’histoire humaine ! », s’est ému samedi le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, dans le Figaro, en dénonçant une « double offense » : pour « les soldats français qui ont combattu en Afrique du Nord et qui se voient assimilés aux bourreaux de la pire espèce » et pour « les victimes de la Shoah puisque cet insupportable rapprochement revient à relativiser la monstruosité qu’a été l’Holocauste ».

« Indécence absolue. Ces propos sont à la fois une folie pour l’histoire et la mémoire, et une bombe à retardement pour notre avenir », a abondé l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy sur Twitter.

« Comparer la Shoah à la guerre d’Algérie est obscène. Emmanuel Macron est en pleine dérive », a pour sa part estimé la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen.

« La honte de parler de la guerre d’Algérie comme d’un crime contre l’humanité. La honte absolue de la comparer à la Shoah. Emmanuel Macron réécrit l’histoire pour flatter un électorat communautaire et met en danger l’unité de la République », a jugé le député LR Eric Ciotti.

« Le chef de l’État souffle encore sur les braises du passé en comparant l’incomparable. Je le dénonce non pas seulement en tant que députée mais aussi en tant que fille de pieds-noirs », a ajouté Valérie Boyer (LR).

Suite à la polémique, l’Elysée a récusé toute comparaison entre la Shoah et la guerre d’Algérie. « C’est le crime absolu qui ne peut être comparé à aucun autre », a précisé samedi Emmanuel Macron au Figaro. Il a également relevé la « singularité la plus extrême » de la Shoah.

Ainsi, le président ajoute que le lien entre ces faits historiques se joue entre « les sujets mémoriels » dans leur ensemble, qui se trouvent « au cœur de la vie des nations ».

« Qu’ils soient utilisés par certains, refoulés par d’autres, assumés… Ils disent quelque chose de ce que vous voulez faire de votre pays et de votre géopolitique », a-t-il expliqué.

« Le président a réaffirmé l’unicité de la Shoah : elle est indiscutable », a ajouté l’un de ses conseillers en réaction à la polémique.

Depuis le début de son quinquennat, le chef de l’Etat, né bien après la fin de la guerre d’Algérie, a déjà entrepris plusieurs incursions sur ce terrain historique si sensible, en honorant les harkis ou en reconnaissant que Maurice Audin, mathématicien pro-indépendance disparu en 1957, était bien « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ».

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