Les récentes sorties de livres sur la Shoah et la Seconde Guerre mondiale
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Les récentes sorties de livres sur la Shoah et la Seconde Guerre mondiale

"Mauthausen", "Dans la tête des SS", "Les opérations extraordinaires de 39-45"… De nombreux livres historiques sortis il y a peu évoquent l’histoire douloureuse du siècle passé

Journaliste

L’histoire se répète : alors que l’extrémisme et l’antisémitisme ont ravagé l’Europe il y a encore peu, ces phénomènes semblent s’être aujourd’hui métamorphosés, sous de nouvelles formes plus pernicieuses et ambigües. Haine de l’étranger, terrorisme, flambées nationalistes : notre époque renoue avec les démons du siècle dernier.

Un certain nombre d’ouvrages historiques sortis ces derniers mois traitent des horreurs et des injustices subies par les Juifs lors du siècle précédent – alors que, comme le révèle un récent sondage, la Shoah reste connue de façon uniquement superficielle par l’opinion et que l’antisémitisme ne cesse de prendre de l’ampleur.

Ces livres répondent à l’injonction biblique « Zakhor », « souviens-toi ! ». Ils apportent une meilleure compréhension de ces évènements passés – et pourtant si proches – et lancent un message d’avertissement à destination des jeunes générations afin que, comme l’enseigne la fête juive de Hanoukka, les lumières triomphent face aux ténèbres.

Parmi ces livres essentiels, une surprise, non-annoncée par l’éditeur au préalable et auquel le Times of Israël a déjà consacré un long article : un recueil de propos inédits de Simone Veil, réalisé par David Teboul.

Ainsi, après les ouvrages sur le monde juif, Israël ou le Moyen-Orient et les romans (souvent inspirés de faits et de personnages réels) consacrés à la Shoah, aux évènements de 1939-1945 et à l’Allemagne nazie, place ici aux livres historiques, biographies et essais publiés récemment qui traitent de ces mêmes thèmes, alors que nous commémorions ce lundi la Journée internationale de l’Holocauste et célébrions les 75 ans de la libération du camp de la mort polonais d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques.

Ces prochains jours, le Times of Israël s’intéressera aux dernières publications au sujet de l’affaire Dreyfus, alors qu’est sorti mi-novembre le film « J’accuse » de Roman Polanski, et à ceux touchant à l’histoire de l’antisémitisme en France.


Les récits de survivants de la Shoah

Outre Les Derniers de Sophie Nahum, dont nous publierons prochainement l’interview, sont sortis plusieurs récits de survivants, dont celui d’Eddy de Wind, psychiatre, intitulé Terminus Auschwitz. Ce témoignage rare, initialement publié en 1946, est le seul à avoir été écrit en temps réel par un déporté au sein même du camp d’extermination, dans les jours qui ont suivi sa libération.

« C’est Mauthausen qui m’a défini comme homme, je suis encore un homme du camp », écrit lui le grand dramaturge grec Iakovos Kambanellis dans son seul livre. Il revient dans Mauthausen sur sa détention dans le camp de concentration autrichien. Un grand ouvrage traduit pour la première fois en 50 ans en français qui a reçu le prix du livre étranger France Inter/JDD.

Félix Spitz a beau être un homme de 91 ans, son histoire, qu’il narre dans Personne ne me croira, restera à jamais celle d’un « petit garçon » de 5 ans à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, et de 17 ans à la fin de la guerre. Entre ces deux âges, il se souvient de l’expulsion d’Allemagne, de l’horreur du ghetto de Cracovie et des camps, et de son combat pour la survie. Après 75 ans de silence, il se livre aujourd’hui dans cette « poursuite inconsciente contre la mort » qui ne l’a jamais quitté.

Un autre témoignage écrit tardivement : Après le bois de hêtres d’Armand Bulwa, survivant de Buchenwald « sauvé » par son camarade Elie Buzyn. Incité à se livrer suite à la proposition de loi polonaise de 2018 qui visait à interdire à faire porter la responsabilité de la Shoah sur l’État polonais, l’homme explique : « L’arrivée des Allemands a complètement désinhibé les Polonais, qui, du jour au lendemain, se sont autorisés à se venger ouvertement du mal imaginaire que les Juifs leur avaient fait. »

Gisèle Flachs est elle une survivante d’un fait peu connu de l’histoire de la Shoah : celui des Juifs qui ont survécu en se cachant dans des souterrains dans les forêts polonaises. Dans Sous terre pour survivre : Parcours d’une enfant juive, elle narre son histoire : la rafle de sa famille de laquelle elle a échappée, sa dénonciation à la Gestapo par une de ses « protectrices », sa déportation et sa cachette dans les bois avec d’autres Juifs qui forment une petite communauté de survivants dans les souterrains.

Le survivant Henri Borlant publie lui le livre d’entretiens Dire Auschwitz : Ce que peuvent les mots. « Nous n’avons pas la liberté de nous taire », explique-t-il. Élisabeth Sentuc sort C’est ainsi que je me souviens, récit de la déportation de sa famille et de sa nouvelle vie en France. Jacques Isidore Lévy, qui a perdu ses parents, raconte son histoire dans Itinéraire d’un enfant caché ; et Hanni Lévy dans Me sauve qui peut !.

Parmi les biographies de victimes et de survivants de la Shoah qui reviennent particulièrement sur leur expérience pendant la guerre : Paul Hillig, de Cloyes à Auschwitz ; Grand-père, je t’ai trouvé : De la Retirada à Mauthausen ; Une vie nous sépare sur Denise Holstein ; Nathan et Rosa : Un voyage à travers l’Europe au XXe siècle ; et Une vie d’enfant cachée : De l’Allemagne nazie à la France occupée.


Dans la tête des SS : Leurs derniers aveux de Serge de Sampigny

« Je ne doute pas un seul instant que si c’était à refaire, je ferais exactement le même chemin », exprime Fernand Kaiserbruger. Hitler, « un grand bonhomme », estime lui Fernand Costamagna. « L’homme de [sa] vie » pour Herbert von Mildenburg, qui voit aussi Himmler comme « un homme propre qui voulait le meilleur pour le peuple allemand ».

Le documentariste Serge de Sampigny a rencontré ces trois personnages – et une quinzaine d’autres aux idées tout aussi abjectes –, tous anciens membres de la Schutzstaffel (SS), dans le cadre du tournage de son documentaire « Dans la tête des SS » (ci-dessous), diffusé l’an dernier sur France 3, qui mêle interviews et images d’archives – dont certaines quasi inédites.

Dans son livre éponyme, le réalisateur reprend les témoignages réalisés pour son film et pousse sa réflexion sur la responsabilité individuelle de ces hommes dans la barbarie nazie, alors qu’ils se révèlent capables de la plus grande dureté comme d’une « sensiblerie régressive ».

Les anciens soldats évoquent pour la plupart avec nostalgie leurs années au sein des SS, nient leur participation à tout crime contre l’humanité, tentent de se différencier des SS chargés de gérer les camps de concentration, et expriment sans honte un sentiment de victimisation, justifiant leurs parcours en se faisant passer pour des incompris.

De Sampigny essaye ainsi de comprendre « par défi, pour ne pas mourir idiot » ce qui a pu conduire ces hommes, « maitres de la vie et de la mort pendant plus d’une décennie », à se battre pour l’Ordre noir et à continuer à défendre l’indéfendable à l’aube de leur mort, – sans le moindre remord. L’auteur revient aussi de façon plus personnelle sur les coulisses de la réalisation de son film : ses recherches, ses voyages à travers l’Europe, ses rencontres, les nombreux refus et échecs qu’il a essuyés, etc, sont narrés – des détails pas toujours nécessaires.

L’ensemble du livre amène à s’interroger sur le rôle de la justice et sur la semblable impunité dont ont pu bénéficier ces anciens nazis, devenus d’honorables citoyens allemands après la guerre et les crimes commis. Il pousse également la réflexion sur les ressorts de la radicalisation politique et tire un parallèle entre celle des SS d’hier et celle des djihadistes d’aujourd’hui, « unis dans une dérive criminelle de même nature » (une idée partagée par Richard Rechtman dans La vie ordinaire des génocidaires). Mais, si son documentaire est essentiel, réussissant à immerger le téléspectateur dans la psychologie de ces anciens nazis, son ouvrage peut perdre en force : le lecteur ne peut que suivre le processus de réflexion et d’analyse de l’auteur, sans se retrouver plonger dans le même cheminement de pensée que face à la dimension brute et violente des images.

19,9 euros, aux éditions Albin Michel


Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale de Claude Quétel

Le débarquement, Pearl Harbor, Hiroshima et Nagasaki, Stalingrad ou même l’invasion de la Grèce par l’Italie fasciste en 1940 sans la moindre logistique : ces opérations militaires folles de la Seconde Guerre mondiale font partie des plus connues.

En revanche, que dire de ces chauves-souris pyromanes, de ces rats piégés, de ce porte-avions de glace, de ces commandos en canoës ou de ces torpilles humaines (dans la vidéo ci-dessous) ?… Nombreux ont aussi été les projets de moindre ampleur tout à fait incroyables – ou farfelus – et restés inconnus.

Claude Quétel, historien très prolifique et ancien directeur du mémorial de Caen, dresse dans son dernier livre la liste exhaustive de 32 de ces opérations. Variées, se déroulant sur tous les fronts et chez tous les principaux belligérants, elles sont réparties en une dizaine de chapitres nommés « Audace », « Psychologie » ou encore « Ruse ».

« Toutes ces opérations n’ont pas été couronnées de succès, loin de là, et leur caractère dominant, leur ressort, n’a pas été le même de l’une à l’autre », écrit l’auteur.

« À la guerre, qui est l’anormalité même, il est déjà insensé de courir à l’ennemi sous le feu de ses mitrailleuses, mais que dire alors des pilotes de chasse du Sonderkommando Elbe prétendant percuter l’empennage de queue des bombardiers alliés et s’en sortir vivants ! », s’interroge l’auteur en introduction, narrant aussi le projet d’empoisonnement des pâturages du Reich avec le bacille du charbon.

Si chaque opération pourrait mériter à elle seule des centaines de pages, le livre résume avec succès chacune d’entre elles. Davantage ouvrage de vulgarisation historique, il s’adresse ainsi plus au grand public qu’aux passionnés d’histoire militaire. Il n’en reste pas moins instructif et passionnant, tant les scénarios décrits paraissent tout à la fois invraisemblables et audacieux, retraçant l’histoire de la Seconde Guerre mondiale sous un angle inédit.

22 euros, aux éditions Perrin

Un autre ouvrage consacré à une opération folle de la Seconde Guerre mondiale : Barbarossa : 1941 – La guerre absolue de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. Bataille qui a causé plus de cinq millions de morts, il s’agit de la plus grande invasion dans l’histoire militaire. Elle marque aussi un tournant : le conflit embraserait le monde entier dans la foulée.


Plus de… livres historiques

Parmi les ouvrages consacrés en particulier à la Shoah, se démarque Convois : La déportation des Juifs de France de Jean-Luc Pinol. Cet historien de l’espace urbain propose une traduction spatiale et visuelle du monumental Mémorial de la déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld, publié en 1978, qui rassemble les noms de 78 000 déportés. Dans cette cartographie de l’horreur, Pinol a « géolocalisé et analysé les données [de l’ouvrage de Klarsfeld] afin d’étudier ce que nous apprend la mise en espace de ces parcours ». Carte après carte (120 au total), il revient sur l’histoire de chaque convoi et de l’évolution de ceux-ci. Il y a une dizaine d’années, dans la même idée, l’historien avait réalisé une carte interactive listant les noms des 11 450 enfants français juifs déportés.

Avec La Maison sur la montagne, Patrick Cabanel s’est intéressé au Coteau-Fleuri, une demeure de villégiature située à proximité du Chambon-sur-Lignon, commune reconnue comme Juste parmi les nations. Durant la guerre, une association protestante a recueilli et protégé dans cette maison de nombreux déportés sortis légalement des camps d’internement de Vichy. L’histoire du village est également évoquée dans le roman Le Pensionnat de Catherine de Florence Roche.

Bien plus au sud, Jacques Attali s’est intéressé au sort des Juifs en Algérie lors de la Seconde Guerre mondiale dans L’Année des dupes, ouvrage éclairant sur les relations entre Paris et Alger.

Investi depuis longtemps dans de nombreux travaux sur les crimes commis contre les Juifs par les nazis en territoire soviétique, le père Patrick Desbois détaille dans La Shoah par balles : La mort en plein jour ses recherches sur ces nombreux assassinats, qui ont touché plus de deux millions de Juifs.

Un livre de photos revient en particulier sur la Shoah : Éclats : Prises de vue clandestines des camps nazis de Christophe Cognet, qui a rassemblé et analysé la totalité des 80 photos prises clandestinement par des déportés dans les camps et qui nous sont parvenus. Deux autres sont consacrés à l’Occupation en France : Nous, les enfants de la guerre 1939 -1945 ; et Les couleurs des années noires. Ce dernier reprend les photographies touchantes de Paul-Emile Nerson dans le Lyon sous Occupation des années 1938-1940 – un projet d’autant plus risqué que le photographe était Juif.

Deux autres ouvrages traitent de la Shoah telle que vécue en particulier par les femmes : Nous partons pour une destination inconnue de Carol Mann ; et 999 : L’histoire des premières jeunes femmes juives déportées à Auschwitz d’Heather Dune Macadam – qui a étrangement choisi de mêler la voie de la fiction à son récit, mené à partir de nombreux entretiens.

Dans l’ouest de France, Hôtel de Bretagne de Grégoire Kauffmann est le récit d’une famille du Finistère plongée dans la guerre. L’auteur prend pour point de départ l’exécution d’un homme par les maquisards venus libérer la ville de Quimperlé, évènement qui le conduit à s’intéresser à d’autres histoires et drames symbolisant la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation. Toujours dans l’ouest de la France : La résistance à la République en Vendée – De Dreyfus à Pétain (1894-1944) de Yves Hello.

À noter également les sorties de Commando Musik : Comment les nazis ont pillé l’Europe musicale ; Traduire, collaborer, résister : Traducteurs et traductrices sous l’Occupation ; L’or dentaire des nazis ; L’excommunication d’Adolf Hitler : Une lettre ouverte au sujet de Nietzsche ; Libres d’obéir : Le management, du nazisme à aujourd’hui ; Les champs de la Shoah : L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée ; ou encore Les Polonais et la Shoah : Une nouvelle école historique ; La presse internationale face à Hitler ; et Apaiser Hitler : Ils voulaient la paix, ils eurent le déshonneur et la guerre.


Plus de… biographies

Varian Fry, journaliste new-yorkais, premier Américain reconnu Juste par les nations, a sauvé entre 2 000 et 4 000 opposants, artistes, intellectuels et Juifs de la déportation entre août 1940 et septembre 1941. Pour ce, il a monté une grande filière d’évasion clandestine depuis Marseille vers les Etats-Unis. Il a notamment aidé Hannah Arendt, Claude Lévi-Strauss, André Breton, Marc Chagall, Max Ernst, Stéphane Hessel ou encore Marcel Duchamp. Sa biographe, Bernadette Costa-Prades, s’est intéressée à l’histoire de Varian Fry face à l’oubli dans lequel est tombé le véritable héros, qui a dû fuir la France après avoir été repéré par le régime de Vichy. Un autre récit de sauvetage : Budapest 1944 : Des diplomates sauvent des Juifs.

En 1977, le psychologue Serge Moscovici publiait ses Chroniques des années égarées dans lesquelles il détaillait sa jeunesse en Roumanie marquée par l’antisémitisme et les pogroms. Dans Mon après-guerre à Paris : Chronique des années retrouvées, qui sort cinq ans après sa mort, Alexandra Laignel-Lavastine a repris ses nombreuses notes dans lesquelles il raconte son arrivée dans la capitale française, son isolement et sa rencontre avec deux autres jeunes juifs étrangers : l’anthropologue Isac Chiva et le poète Paul Célan.

Ouvrage d’entretiens avec Serge et Beate Klarsfeld, Nos vies contre l’oubli revient sur l’action héroïque du couple tout au long de leur vie, de la baffe donnée au chancelier Kiesinger aux procès contre les nazis et collabos en passant par leur périple en Amérique latine à la poursuite de Klaus Barbie. Se définissant comme des « chercheurs des âmes juives disparues dans la Shoah », les deux héros s’expliquent sur leur dévouement et se remémorent leur long combat, souvent mené seuls.

Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends est le récit de carrière de l’avocat Alain Jakubowicz, ancien président de la Licra engagé pour le devoir de mémoire de la Shoah. Dans son texte, il revient sur ses affaires – nombreuses – les plus retentissantes. L’homme a notamment représenté la partie civile lors des procès des collabos français Barbier, Touvier et Papon.

Olivier Pigoreau propose lui de découvrir dans Son âme au diable le parcours de Jean-Marie Balestre durant la guerre – probablement le seul Français à avoir porté l’uniforme des Waffen-SS avec conviction et à avoir obtenu une carte de déporté interné de la Résistance… L’homme deviendrait plus tard le président de la Fédération internationale du sport automobile et fonderait avec son ami Robert Hersant (qui a lui aussi collaboré) L’Auto-Journal, à l’origine du grand groupe de presse Hersant. Un parcours aussi fascinant que troublant et effrayant.

Michel Persitz plonge dans son histoire intérieure et familiale dans Juif de personne. Un livre sur la transmission, le questionnement et l’identité juive qui démarre par la construction individuelle et identitaire de l’auteur, puis par sa visite d’Auschwitz, et se termine par le témoignage de ses parents survivants.

Dans Mon Oncle David, Jacobo Machover s’intéresse au parcours de sa famille, de Pologne à Cuba, en passant par la France occupée et les camps nazis. Mais, jusqu’en Amérique centrale, le malheur et la folie touchera la famille, avec la révolution castriste. D’autres biographies familiales : Portrait inachevé de Miriam Frank, consacrée à la mère de l’auteur ; et En déplacement de Corinne Welger-Barboza, qui retrace le destin de sa famille de Juifs hongrois et français.

À noter aussi la sortie de la biographie de référence d’Hitler par Ian Kershaw (1 200 pages) ; de celle du collabo français Joseph Laporte ; de la première biographie de Rudolf Hess, le « dauphin d’Hitler » ; de celle du général Gerd von Rundstedt, le « dernier Prussien » au service d’Hitler ; et de l’autobiographie d’Hans Baur, pilote d’Hitler.


Plus… d’essais historiques

Il y a 20 ans, Iannis Roder, responsable des formations au mémorial de la Shoah et professeur d’histoire en Seine-Saint-Denis, a fait face au rejet croissant de certains de ses élèves quand il leur enseignait la Shoah. « Ils en avaient assez de la souffrance des Juifs, me disaient-ils, car ‘d’autres peuples ont souffert et on n’en parle jamais !’. » Il a ainsi décidé de « renverser le prisme » en démarrant son cours non plus par les victimes, mais par les bourreaux, les nazis. Dans Sortir de l’ère victimaire : Pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse, il argumente que « l’histoire de la Shoah doit dépasser l’aspect antiraciste moralisant pour avoir une véritable utilité ».

Faisant échos au précédent mais plus roman qu’essai : Le Monstre de la Mémoire de Yishaï Sarid. L’avocat et romancier israélien met en scène un historien qui, alors qu’il est guide pour de jeunes Israéliens dans les camps, se retrouve profondément meurtri par son quotidien. De là démarre une interrogation sur la mémoire collective et la transmission de la Shoah.

François Rachline tente lui de définir Auschwitz et décrypte la trace indélébile qu’une visite de ce camp de la mort peut provoquer dans l’existence d’un homme. « Tatouage de l’histoire », « non-lieu, non-temps », l’endroit « révèle la négation de l’humanité par elle-même », explique l’écrivain, fils du résistant et fondateur de la Licra Lazare Rachline. Témoignage de 20 ans de réflexions depuis la visite de l’auteur dans le camp, son livre rappelle la dimension universelle et intemporelle de la Shoah et s’interroge sur le mécanisme de la folie qui a permis son existence.

Essai écrit par la psychiatre Rachel Rosenblum, Mourir d’écrire ? s’intéresse au sort des survivants de la Shoah touchés par une « catastrophe psychique » après leur libération. Son ouvrage se plonge ainsi dans une « compréhension profonde de l’énigme de la survivance ».

Objecteur de conscience autrichien, tué par les nazis en 1943, Franz Jägerstätter a été reconnu bienheureux et martyr de l’Église catholique en 2007. Être catholique ou nazi rassemble trois documents qu’il a adressés à sa femme avant d’être guillotiné : outre une dernière lettre, il lui livre une réflexion sur son objection de conscience et des notes sur son rejet du nazisme. Un ouvrage éclairant sur les relations entre l’Eglise catholique et le régime nazi.

Entre livre historique, biographie et essai de science politique, La Leçon de Vichy, une histoire personnelle de Pierre Birnbaum retrace les persécutions vécues par la famille de l’auteur quand il était enfant et s’intéresse à la politique du régime de Vichy et à l’impunité de ses responsables après la guerre. Il démontre que « l’État a abandonné les Juifs alors que les Juifs ont longtemps été des serviteurs de l’État ».

Le médecin genevois Michel Borzykowski s’est lui intéressé aux rapports aux objets de la Shoah que peuvent avoir les descendants de victimes ou de survivants. Son ouvrage, Objets transmissionnels : Liens familiaux à la Shoah, qui mêle art et sciences humaines, examine ainsi la mémoire vivante dans les familles à travers des objets de tous les jours.

Pour les jeunes générations : Questions d’enfants sur la Shoah de la survivante Hédi Fried, qui synthétise les questions qui lui ont été posées lors des nombreuses rencontres auxquelles elle a participé dans des écoles afin de livrer son témoignage de déportée à Auschwitz – d’où ses parents ne sont jamais revenus.

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