Lire la voix de Simone Veil
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Interview

Lire la voix de Simone Veil

Sa voix se fait toujours entendre. Mais, quelque chose a changé. Sans doute, ce supplément d’âme que seuls la confiance et le lâcher-prise savent conférer aux récits intimes

Photo d'identité de Simone Veil. (Archives familiales Jean et Pierre-François Veil)
Photo d'identité de Simone Veil. (Archives familiales Jean et Pierre-François Veil)

Après avoir, en tant qu’artiste invité, fait entrer l’indicible au Panthéon, le cinéaste David Teboul nous donne en partage, à travers un livre minutieusement pensé, le témoignage recueilli au plus près de celle que Jean d’Ormesson décrivait comme « une grande dame d’autrefois dont la dignité et l’allure imposaient le respect ».

Dans cet ouvrage qui lui ressemble, elle raconte l’enfance niçoise, l’arrestation, la déportation, le difficile retour des camps, l’indifférence, le désir de vivre, les combats politiques et l’immarcescible empreinte du camp.

Times of Israël : Le livre est le fruit d’une rencontre et d’une amitié improbables, d’une histoire d’amour pudique et d’une promesse…

David Teboul : Improbables, en effet, en tout cas au départ, mais je n’aime pas beaucoup l’expression « amour pudique » : c’est une histoire d’amitié sincère, intime et légère. Légère car étrangement, même si nous parlions beaucoup de la déportation, avec Simone, ce n’était jamais pesant. Simone marquait de la distance face aux choses : elle avait vécu et vu tant d’atrocités qu’elle avait une forme de retenue.

« Avec Simone, ce n’était jamais pesant »

Serez-vous alors d’accord avec l’expression « livre-voix » dont on est tenté de gratifier le livre, tant il invite à une expérience synesthésique inattendue sollicitant également l’ouïe du lecteur ?

David Teboul. (Autorisation)

Complètement.

Je suis vidéaste et j’ai voulu donner à entendre Simone Veil.

Entendre quelque chose d’intime qui ne passe pas par le filtre de l’écriture. C’est une parole sans artifices.

Pour son entrée au Panthéon, j’ai proposé que l’installation soit sonore. Je ne voulais pas que son visage apparaisse à l’intérieur du monument. Je voulais que sa voix soit entendue. Qu’elle le soit aussi à l’extérieur, dans tout le quartier et au-delà, dans les rues périphériques.

Elle m’avait dit : « J’espère que vous ferez quelque chose de tous ces moments que nous avons passés ensemble ». Le livre est la promesse que je lui avais faite. Il est, lui aussi, conçu pour être entendu. Ce n’est ni un livre de commentateur ni un essai sur Simone Veil. C’est un livre à la première personne dont je suis le déclencheur, celui qui a enregistré la voix, tenté de la faire partager et maintenant, de la faire lire. L’écriture instaure une distance. Ce récit l’abolit.

La tradition juive rappelle le nom d’un disparu pour honorer sa mémoire. Le livre est dédié à Albert Bulka, le plus jeune des enfants d’Izieu.…

Simone Veil n’a jamais accepté la façon dont les nazis ont, jusqu’à la fin, déporté des enfants tout en sachant pertinemment que pour eux, la guerre était perdue. Le statut des enfants dans les camps l’a toujours particulièrement choquée. Elle m’en parlait souvent. Le convoi 71 avait à son bord cinq cents personnes, dont Simone Jacob, sa mère Yvonne, sa sœur Madeleine et trente-quatre des enfants raflés à la Maison d’Izieu. Albert Bulka avait quatre ans. Il a été assassiné dès son arrivée à Auschwitz. Le processus d’extermination a produit tant d’indifférenciation qu’il m’a paru important de l’incarner dans ce livre à travers le nom de cet enfant.

« À quoi pouvait-on penser quand on avait dix-sept ans, et que l’on se réveillait dans le camp à l’aube ? »

Pourquoi avoir doté le titre de votre livre du doux et rimbaldien
« aube » ?

Rimbaud parle en effet des « camps de l’ombre » (ndlr : Aube, 23e poème des Illuminations) mais ce n’est pas ma référence. Elle est ailleurs, dans une question que je n’ai jamais posée à Simone Veil. J’en ai pris conscience alors qu’elle était moins présente et qu’il était trop tard. À quoi pouvait-on penser quand on avait dix-sept ans et que l’on se réveillait dans le camp à l’aube ? C’est dur, la nuit, dans le camp. C’est l’angoisse de la mort, les cauchemars, les rêves. Et le matin ? En tant qu’artiste invité au Panthéon, l’idée m’est immédiatement venue de proposer que toute la cérémonie repose sur l’aube, sans que je puisse vraiment savoir pourquoi.

« Simone Veil, l’aube à Birkenau »,par David Teboul, aux éditions Les arènes, 288 pages, 20 €

Peut-être parce que l’aube est aussi une promesse, pour reprendre les mots de Romain Gary que j’aime beaucoup.

Pour tenter de transmettre l’indicible, j’ai refusé les images dont nous sommes submergés. J’ai voulu que cette mémoire, tous ces corps d’hommes, de femmes et d’enfants, entrent au Panthéon et que le son de l’aube à Birkenau pénètre les murs de ce monument de la République. J’en ai fait la minute de silence. Birkenau, juin 2018, cinq heures du matin : une aube que le chant des oiseaux rend encore plus angoissante.

Quand le président Macron est entré, accompagné des membres du gouvernement, de la famille et des enfants, les portes du Panthéon se sont refermées et à l’intérieur, chacun a pu écouter la nuit à Birkenau. Les portes se sont ensuite ouvertes et ce son est allé jusqu’au Jardin du Luxembourg. Simone Veil était présente dans tout le quartier grâce aux micros qui diffusaient sa voix. Le son a introduit le sentiment de sérénité que je voulais insuffler à cet hommage.

Les pages de l’ouvrage, confiées à un graphiste réputé (Bruno Monguzzi), ont été pensées, apprend-t-on, « ligne à ligne ». Pourquoi une attention si scrupuleuse a-t-elle été accordée à la forme ?

Je voulais un bel objet, pas un beau livre. On ne lit jamais les beaux livres, on les ouvre une fois et on les range dans la bibliothèque. Je voulais qu’on puisse le lire facilement. Simone Veil n’était pas une intellectuelle, elle parlait très simplement. Il fallait un livre léger, qui ne soit pas dans le sacré.

« Un bel objet, pas un beau livre. On ne lit jamais les beaux livres »

Elle n’était pas dans la sacralisation des choses. Il était primordial pour moi de travailler avec un graphiste capable de comprendre le lien entre le son, la voix et les photographies présentes dans le livre, afin de donner une forme à cet ensemble. Il ne fallait surtout pas être dans le fétichisme du livre. Je n’aime pas quand on est « chichiteux » avec la Shoah, fût-ce pour de bonnes raisons. Le livre devait ressembler à Simone Veil qui était belle à l’intérieur et à l’extérieur. Il devait aussi ressembler à la promesse que je lui avais faite et à l’intimité de notre lien qui est certainement l’un des plus beaux que j’aie eu la chance de vivre.

Des photos d’époques différentes illustrent ce livre dont l’une, prise par vous-même pendant vos rencontres, capte le regard de Simone Veil. Dans Simone Veil et les siens (Grasset 2018), la journaliste Annick Cojean décrit des « yeux exigeants et lucides, qui avaient vu tant de choses, et dans lesquels passaient parfois des nuages et des ombres qu’elle chassait »…

Simone avait un regard très puissant. La première fois que je l’ai vue, c’était en 1979, à la télévision, lors de la diffusion des « Dossiers de l’Écran » (émission de télévision française créée par feu Armand Jammot, dont le thème était, ce mardi 6 mars 1979 : « Vie et mort dans les camps nazis »).

Le regard de Simone Veil photographié par David Teboul. (Autorisation)

Simone Veil, qui participait au débat, entra ce soir-là dans votre Panthéon personnel. Prélude de votre future rencontre, cette émission ne fut-elle pas également à l’origine de votre vocation d’artiste vidéaste et cinéaste ?

C’est un moment magnifique où il y a ce zoom progressif sur son visage. Quelque chose se produit, en plus de l’émotion suscitée par la diffusion d’une série dont les quatre épisodes m’avaient fait pleurer (ndlr, Holocauste). C’est un choc cinématographique, émotionnel et érotique. Simone Veil est belle, singulière et elle parle avec une grande liberté de sa déportation. L’enfant que je suis alors saisit quelque chose. Par la suite, Simone Veil ne m’a plus jamais quitté.

Cette émission n’a-t-elle pas eu aussi pour conséquence d’interpeller votre judéité ?

Dans ces années-là, personne autour de moi n’exprimait sa judéité. À Kippour, on invoquait une maladie pour justifier mon absence. D’ailleurs, à l’école, il était impensable pour moi de dire que j’étais juif. Et quand, ce soir-là, je vois cette femme sublime, de surcroît ministre, parler à la télévision de sa déportation en tant que juive, je bascule…

Il vous a fallu attendre la fin des années 1990 pour, jeune cinéaste, lui proposer de lui consacrer un film et obtenir finalement son accord grâce à un argument inattendu. Quelle chutspa s’est-elle donc emparée du jeune artiste subjugué ?

Simone me touchait profondément. Je l’ai toujours aimée, avant même de la connaître mais elle ne m’impressionnait pas. Il est plus facile de nouer des liens quand on n’est pas impressionné. Elle m’avait plusieurs fois fait transmettre son refus par son secrétariat. Le jour où elle prend elle-même le téléphone, elle me parle très sèchement. Cela a d’ailleurs été la seule fois où elle a été sèche avec moi. Pourtant, à ce moment-là, je suis convaincu que je vais réussir.

« Votre chignon, madame »

Elle me donne rendez-vous le lendemain à son bureau. Elle arrive très en retard et se confond en excuses, ce qui me plaît bien ! On parle de plein de choses et, fidèle à son sens de la formule, elle me demande soudain : « qu’est-ce-qui vous intéresse chez moi ? ». « Votre chignon, madame ». Dès lors, je redeviens certainement l’enfant qui l’avait regardée aux « Dossiers de l’Ecran » et elle redevient la jeune déportée Simone Jacob. Elle me parle de maman, de papa, de ses quinze ans.

Très vite, malgré notre différence d’âge et son statut, nous entamons une relation très jeune. J’ai toujours eu le sentiment que c’était la rescapée qui s’exprimait, même quand elle me parlait de l’après-guerre ou que je l’interrogeais sur son combat pour l’amélioration des droits des femmes. Je crois que c’est ce lien à la jeunesse qui nous a unis pendant toute la durée de nos conversations.

Ce chignon a fait l’objet d’une séquence devenue culte, dans l’émission de Christophe Dechavanne (ndlr « Toutes folles de lui », 1986) dans laquelle Simone Veil dénoue ses cheveux. L’animateur nous a confié que le mari de Simone Veil, Antoine, n’avait pas du tout apprécié l’apparition télévisuelle de son épouse « en cheveux »…

Moi, je l’ai filmée chez son coiffeur et Antoine n’était pas très content ! Il était plus conventionnel que Simone…

La raison pour laquelle votre réponse a ébranlé Simone Veil s’explique par le fait qu’aucune femme de son convoi n’avait été complètement rasée…

On n’a jamais su pourquoi ces femmes n’avaient pas été totalement rasées. S’il y a eu des survivants, c’est sans doute parce que le typhus a ralenti le zèle de l’administration nazie à l’arrivée du convoi. C’est une chance comme il y en a eu, parfois, au camp. C’est un accident. Les survivants sont des accidents. Peut-être ont-ils été plus solides que d’autres, mais ils sont des accidents.

De quelle façon meniez-vous les interviews ? S’agissait-il de conversations à bâtons rompus ?

Oui et il nous arrivait aussi de nous contenter de déjeuner, comme les deux amis que nous étions devenus. D’autres fois, je reposais des questions laissées en suspens.

Pratiquait-elle une forme de censure ?

Non, jamais.

Simone Veil demandait-elle à relire vos retranscriptions, comme le font souvent les politiques ?

Non, mais elle avait vu mon film (ndlr : « Simone Veil, une histoire française » 2004). Elle me connaissait bien et m’accordait sa confiance.

La mère de Simone Veil, Yvonne Jacob à La Ciotat avant la déportation. (Autorisation)

Elle vous raconte son enfance à Nice, l’arrestation, la déportation, le difficile retour des camps, les engagements politiques… Le fil rouge qui relie ces deux parties de sa vie n’est-il pas incarné par sa mère ?

C’est fondamental. C’est dans le souvenir de sa mère que Simone Veil a puisé le courage qui n’a cessé de l’animer par la suite. Elle me parlait souvent de la force que sa mère lui avait donnée. C’était un amour passionnel que l’épreuve de la déportation a renforcé et doublé d’une immense admiration.

Au camp, la beauté préservée de Simone Veil, dont la chevelure avait été épargnée par le rasoir erratique des kapos, aurait pu susciter de dangereuses jalousies. Or sa beauté l’a aidée, voire sauvée. Etait-elle, à ce moment de sa jeune vie, une incarnation de l’aube à Birkenau ?

Comme elle le dit, à son arrivée au camp, Simone avait gardé l’apparence de sa vie niçoise encore proche. La plupart des femmes étaient au camp depuis très longtemps. Les chefs de block, quand elles étaient juives, venaient de l’Est et avaient déjà perdu toute leur famille. Elles étaient redoutables. Alors oui, dans ce non-lieu hors du monde qu’était le camp, je pense que la jeunesse et la beauté ont réveillé, chez certaines, le peu d’humanité qui leur restait.

C’est cette perte d’humanité que Ginette Kolinka, camarade de déportation, décèle dans les propos brutaux des kapos que Simone Veil vous rapporte, à l’identique : « Bah, ceux qui étaient avec vous…, regardez la cheminée, ils sont déjà partis, ils ont été gazés, brûlés. Cette fumée, voilà ce qu’il reste d’eux. » Selon elle, le message de ces gardiennes déportées était dépourvu de cynisme : « Elles estimaient qu’il valait mieux ne pas se faire d’illusions ». Plus tard, Simone Veil vous dit : « Dès 1945, je suis devenue, je ne dirais pas cynique mais absolument sans illusions ». Elle reprend les deux mots. Est-ce ça,
« l’empreinte instinctive, (ce) quelque chose de sensoriel, d’ineffaçable » qui fait d’elle, selon les mots de Marceline Loridan-Ivens, « une fille du camp » ?

Oui et c’est la raison pour laquelle Simone Veil était très peu sensible aux idéologies et aux positions extrêmes dont elle se méfiait : elle n’avait pas d’illusions sur les choses mais elle n’était pas cynique. Je vous parlais, au début de notre entretien, de la distance qu’elle avait face aux choses. Dans le camp, elle avait été témoin de ce que les hommes avaient été capables de faire. Elle en était restée marquée et toute sa vie, elle est restée une déportée. Ses réactions, épidermiques, étaient liées à ce qu’elle avait vécu. Elle l’exprime très bien dans le livre.

Si la victoire éclatante de Boris Johnson acte le Brexit, elle signe aussi la défaite de Jeremy Corbyn, leader politique le plus populaire parmi les Britanniques ayant, selon un rapport publié récemment, des opinions antisémites (suscitant dans la foulée les accusations de Jean-Luc Mélanchon à l’encontre du CRIF). Ce soubresaut européen n’apparaît-il pas comme une ironie du sort, voire de l’Histoire, au regard de l’engagement de Simone Veil qui a tant œuvré pour la construction européenne ?

Le contexte européen dans lequel Simone Veil intervenait quand elle était en activité était très différent. Je ne peux pas commenter une situation actuelle en son nom et il m’est difficile de faire des liens avec l’actualité. Je n’aime pas voir quelqu’un d’autre se livrer à ce genre d’exercice. Je m’interdis de faire des comparaisons, même si je perçois évidemment certains échos. Et puis, Simone Veil était imprévisible : sur les idéologies extrêmes, son raisonnement était facile à deviner mais sur des sujets plus nuancés, elle était très singulière et avait des points de vue parfois surprenants.…

Sans verser dans la prosopopée, s’agissant de la réconciliation franco-allemande dont elle fut l’une des promotrices, ne retrouvez-vous pas, dans la récente visite d’Angela Merkel à Auschwitz, l’écho de ce que Simone Veil vous disait au sujet de la mémoire : « Là-dessus, les Allemands ont vraiment joué le jeu » ?

C’est un sujet qui lui tenait à cœur. Bien sûr, les Allemands ont joué le jeu. Ils ne pouvaient pas faire autrement pour retrouver une place parmi les nations et s’inscrire dans la construction de l’Europe. Mais c’est vrai : ils ont fait un travail très important aux yeux de Simone Veil en matière d’enseignement dans les écoles.

Pour tenir une autre promesse, vous donnez la parole à un camarade de déportation, Paul Shaffer, que Simone Jacob avait rencontré à Bobrek. Elle lui dit, dans le livre : « Lorsque les jeunes disent qu’ils imaginent, ils ‘n’imaginent’ rien du tout. Cela reste inimaginable », Paul répond : « À mon sens, il est heureux qu’ils ne puissent pas l’imaginer, parce que les individus qui seraient capables de se représenter une telle réalité seraient des individus dangereux ». Ne trouve-t-il pas là une façon à la fois simple et puissante d’évoquer l’indicible ?

C’est une phrase extraordinaire. Ce qui s’est passé dans les camps est tellement barbare et obscène…. Simone disait souvent : « Les gens ne comprennent pas parce qu’ils veulent faire des comparaisons »…

Simone Veil et Paul Schaffer, tous deux rescapés du petit camps de Bobrek où
ils se sont rencontrés en 1944. (Autorisation)

Simone Veil, une femme française, élégante, digne, indépendante, libre, parfois rigide et, de façon irréductible, une femme juive, comme en témoigne la phrase ultime du livre : « Le Kaddish sera lu sur ma tombe »…

Une femme profondément juive. Et française. C’est par ce texte de Simone Veil, retranscrit dans le livre, que j’ai souhaité faire commencer la cérémonie du Panthéon. Je l’avais enregistrée. C’était important.

Le Kaddish sera lu sur ma tombe

Quel était le rapport de Simone Veil à Israël ?

Elle le dit très clairement : c’est par rapport au camp. Les apatrides, des jeunes femmes d’origine polonaise, tchèque ou slovaque disaient : « Si on s’en sort, on ira en Palestine ». Chaque fois qu’elle était en Israël où elle avait beaucoup d’amis, ce souvenir et cette émotion remontaient. Je trouve qu’elle en parle très bien dans le livre, notamment lorsqu’elle raconte comment ces gens qui avaient tout perdu, y compris leur nationalité, sont partis au moment de la guerre de 1948 et ont trouvé en Israël ce qu’ils cherchaient. Simone Veil me parlait souvent de ce que ce rêve avait représenté pour les survivants. La force de son lien à Israël tenait aussi à cette histoire-là.

Votre actualité est aussi cinématographique et liée à Freud…

Il s’agit de « Sigmund Freud, un juif sans Dieu ». À partir de sa correspondance, mon film dresse un portrait des Freud et décrit la relation particulière que Freud avait avec sa fille, ainsi que sa relation à son propre père et à la figure de Moïse. Il sera diffusé sur Arte. Et je suis très heureux d’aller le présenter à Jérusalem, à l’occasion du Jerusalem Jewish film Festival !

Et le film sur la Sibérie ?

C’est « Mon amour », qui va prochainement sortir en salles. C’est un film sur l’amour et le désespoir, au bord du fleuve Amour, même si en russe, Amour est un nom propre qui n’a rien à voir avec l’amour.

Au risque de vous entraîner dans un résumé forcément réducteur, la tentation est grande de vous demander ce que vous retenez de Simone Veil…

Simone Veil était une femme d’un courage et d’une force exceptionnels. Je retiens aussi l’attention qu’elle accordait aux questions humaines, sa réserve sur les populismes et les idéologies.

Pour elle, la mémoire était une question très importante, ainsi que la reconnaissance des Justes. Elle avait à cœur de rendre hommage à celles et ceux qui avaient pris des risques. Simone Veil était très sensible à cette résistance qui a sauvé des hommes, des femmes et des enfants juifs.

 

David Teboul, Simone Veil, l’aube à Birkenau, Les arènes, 288 pages, 20 €

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