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Les représentants américains réticents expliquent leur vote sur le Dôme de Fer

Certains accusent la précipitation du processus et le non-respect des procédures ; d'autres rejettent le montant élevé ou évoquent les "crimes de guerre" israéliens

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

De haut en bas, de gauche à droite : Reps. Jesus Garcia, Raul Grijalva, Rashida Tlaib, Thomas Massie, Andre Carson, Marie Newman, Cori Bush, Ilhan Omar, Ayanna Pressley, Alexandria Ocasio-Cortez et Hank Johnson. (Crédit : Composite/AP)
De haut en bas, de gauche à droite : Reps. Jesus Garcia, Raul Grijalva, Rashida Tlaib, Thomas Massie, Andre Carson, Marie Newman, Cori Bush, Ilhan Omar, Ayanna Pressley, Alexandria Ocasio-Cortez et Hank Johnson. (Crédit : Composite/AP)

Le Iron Dome Supplemental Appropriations Act a été adopté à une écrasante majorité à la Chambre des représentants des États-Unis jeudi dernier, avec 420 membres qui ont voté en sa faveur.

Mais une petite minorité de onze législateurs a choisi de voter différemment. Huit Démocrates et un Républicain ont voté contre la loi HR 5323, tandis que deux autres Démocrates ont voté « présent », s’abstenant de fait.

La plupart des onze ont par la suite expliqué leur vote publiquement ou répondu aux demandes sur la question par des déclarations préparées.

De nombreux membres réticents ont invoqué ce qu’ils ont considéré comme des procédures bâclées et ignorées, tandis qu’un plus petit nombre a souligné ce qu’ils ont décrit comme des violations israéliennes des droits de l’Homme. D’autres ont exprimé leur malaise face au montant élevé du financement – un milliard de dollars – alors que de nombreux Américains luttent pour se remettre financièrement de la pandémie de coronavirus toujours en cours.

Rashida Tlaib (13e district du Michigan)

Tlaib est la seule opposante au projet de financement du Dôme de Fer qui a participé au débat en salle qui a précédé le vote de jeudi.

« Je ne soutiendrai pas un effort visant à permettre les crimes de guerre, les violations des droits de l’Homme et la violence. Nous ne pouvons pas parler uniquement du besoin de sécurité des Israéliens alors que les Palestiniens vivent sous un violent système d’apartheid et meurent de ce que Human Rights Watch a qualifié de crimes de guerre », a-t-elle déclaré.

La représentante Rashida Tlaib, Démocrate du Michigan. (Crédit : Alex Brandon/AP)

« Le projet de loi prétend être, je cite, une ‘reconstitution’ des armes qu’Israël, pays d’apartheid, a utilisées lors d’une crise qu’il a fabriquée en attaquant les fidèles de l’un des lieux les plus sacrés de l’islam, la mosquée Al-Aqsa, commettant à nouveau de nombreux crimes de guerre », a déclaré Mme Tlaib, sans mentionner les tirs de roquettes du Hamas ni ce que la police israélienne a décrit comme des protestations violentes sur le mont du Temple, ce qui l’a amenée à pénétrer dans l’enceinte de la mosquée avant la guerre de mai à Gaza.

Le Dôme de Fer est un système défensif utilisé pour protéger les civils contre les attaques à la roquette lancées par les groupes terroristes.

« Israël est un régime d’apartheid – [ce ne sont] pas mes mots, mais ceux de Human Rights Watch et ceux de BTselem, organisation israélienne de défense des droits de l’Homme », a-t-elle déclaré. « Je demande instamment à mes collègues de se joindre à moi pour soutenir les droits de l’Homme pour tous. »

Après ses remarques, le représentant républicain Chuck Fleischmann et le Démocrate Ted Deutch se sont levés l’un après l’autre pour accuser Tlaib d’antisémitisme.

« Plaider pour le démantèlement du seul État juif dans le monde, alors qu’il n’y a pas de place sur la carte pour un État juif, c’est de l’antisémitisme et je le rejette », a déclaré Deutch dans un discours de réponse enflammé.

Vendredi, Tlaib a publié une autre réponse, tweetant : « Toutes les attaques bipartisanes lancées contre moi pour avoir dit une vérité factuelle sur le système d’apartheid en Israël n’intimideront pas ou ne feront pas taire cette fille du sud-ouest de Détroit. »

Ilhan Omar (5e district du Minnesota)

Dans un fil Twitter publié peu de temps après avoir voté contre le projet de loi, Ilhan Omar a écrit : « Compte tenu des violations des droits de l’Homme à Gaza, à Sheikh Jarrah [à Jérusalem-Est] et de l’expansion croissante des implantations, nous ne devrions pas faire adopter à la dernière minute une augmentation d’un milliard de dollars du financement militaire d’Israël sans aucune responsabilité. »

« Ce vote ne concerne pas simplement le financement du Dôme de Fer. Il s’agit d’ajouter un milliard de dollars supplémentaires en plus des 73 millions de dollars que nous avons déjà alloués cette année. C’est 14 fois plus que ce que nous dépensons normalement pour ce projet et 60 % de ce que nous lui avons fourni au cours d’une décennie », a-t-elle déclaré.

« Ceux qui plaident pour cela n’ont pas expliqué pourquoi cette énorme augmentation était nécessaire et pourquoi les contribuables américains devaient la financer. »

La représentante démocrate Ilhan Omar du Minnesota au Capitole à Washington, le 11 mars 2021. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

« Pour être clair, toute perte de vie – qu’elle soit israélienne ou palestinienne – est une tragédie indescriptible. Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour mettre fin à la violence et instaurer la paix. Mais ceci ne fait rien pour nous rapprocher de la paix. »

« Nous continuons à parler des droits de l’homme, de la paix et d’une solution à deux États. Pourtant, nous continuons également à fournir des fonds à Israël sans aborder la question sous-jacente de l’occupation », a ajouté Mme Omar.

Ayanna Pressley (7e district du Massachusetts)

Le bureau de Pressley a envoyé la déclaration suivante au Times of Israel suite à une demande :

« Malheureusement, mes récentes demandes visant à accélérer l’examen de projets de loi essentiels pour faire face aux crises croissantes auxquelles nos communautés sont confrontées et pour maintenir les gens dans un logement sûr ont été refusées. À chaque fois, les précédents et les contraintes de ressources ont été invoqués comme raison. »

« Et pourtant, les dirigeants de la Chambre n’ont eu aucun problème à faire avancer un projet de loi autonome visant à lever un milliard de dollars de dépenses militaires supplémentaires sans préavis, sans temps suffisant pour le débat, alors que la même semaine, la Chambre avait déjà un autre projet de loi sur la défense qui devait être présenté au Parlement et un processus d’ordre régulier en place pour débattre et faire avancer les priorités liées à la défense par le biais de la Loi d’autorisation de la défense nationale. »

La représentante Ayanna Pressley se joint à d’autres législateurs progressistes pour plaider en faveur de la réimposition d’un moratoire national sur les expulsions qui a expiré le mois dernier, au Capitole à Washington, le 21 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

« Je souhaite profondément que les familles israéliennes et palestiniennes connaissent une paix et une sécurité véritables. Mon souhait pour les familles israéliennes et palestiniennes et pour ma propre famille est le même – non seulement de survivre mais de prospérer. Je souhaite la même chose pour chaque famille ici aux États-Unis et dans le monde entier. »

« C’est la prérogative d’Israël de protéger ses résidents par l’utilisation du Dôme de Fer, je n’ai aucun problème avec cette responsabilité ou cette tâche sacrée, c’est l’un des rôles fondamentaux d’un État souverain. Mais ce n’est pas de cette façon que le Congrès devrait envisager un financement sans précédent d’un milliard de dollars au-delà de ce qui est prévu dans le protocole d’accord de 2016 avec Israël. »

« Si nous ne pouvons pas agir avec urgence sur les dépenses domestiques critiques au milieu d’une pandémie sans précédent, il n’y a aucune raison pour que nous agissions de cette façon sur les dépenses militaires. Je reste cohérente dans mon engagement à travailler à la parité, attendue depuis longtemps, de nos dépenses intérieures et de défense. J’ai fait part de ces préoccupations très clairement à la direction du Caucus et je voterai NON aujourd’hui. »

Cori Bush (1er district du Missouri)

Mme Bush a publié un seul tweet pour expliquer sa décision, écrivant : « Les Palestiniens méritent eux aussi d’être libérés de la violence militarisée. »

« Nous ne devrions pas envoyer un milliard de dollars supplémentaire à l’armée d’un État d’apartheid. Surtout pas quand nous ne parvenons pas à investir de manière adéquate dans les soins de santé, le logement, l’éducation et les autres services sociaux dont nos communautés ont besoin », a-t-elle ajouté.

Sur cette photo d’archive du 3 août 2021, la représentante Cori Bush, entourée des représentants Al Green, à gauche, et Jimmy Gomez, à droite, s’adresse à la presse après l’annonce de l’adoption par l’administration Biden d’un moratoire national sur les expulsions, devant le Capitole à Washington. (Crédit : AP Photo/Amanda Andrade-Rhoades, File)

Thomas Massie (4e district du Kentucky)

Massie a été le seul Républicain à s’opposer au financement de Dôme de Fer – bien que plusieurs autres s’opposaient de la même manière au financement de l’aide à la défense étrangère en principe, se joignant initialement à lui avant de faire volte-face à la dernière minute.

M. Massie a déclaré dans un tweet après le vote qu’il avait voté contre le projet de loi de financement par crainte d’endetter davantage les États-Unis.

« Ma position de ‘pas d’aide étrangère’ peut sembler extrême à certains, mais je pense qu’il est extrême de mettre notre pays en faillite et de mettre les futures générations d’Américains au crochet de nos débiteurs », a-t-il écrit.

Sur cette photo d’archives du 28 mai 2019, le représentant Thomas Massie s’adresse aux journalistes au Capitole après avoir bloqué un vote par consentement unanime sur un projet de loi d’aide aux catastrophes de 19 milliards de dollars tant attendu à la Chambre. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

Andre Carson (7e district de l’Indiana)

Le bureau de M. Carson n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires sur cette affaire.

Le représentant Andre Carson après avoir reçu son vaccin COVID-19 de Johnson & Johnson à la première clinique de vaccination de masse de l’État, au Motor Speedway d’Indianapolis, le 5 mars 2021, à Indianapolis. (Crédit : AP Photo/Darron Cummings)

Marie Newman (3e district de l’Illinois)

Le bureau de Mme Newman n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires sur cette affaire.

Sur cette photo d’archives du 9 mars 2020, la Démocrate Marie Newman fait campagne à Chicago. (Crédit : AP Photo/Charles Rex Arbogast File)

Jesús « Chuy » García (4e district de l’Illinois)

Le bureau de M. Garcia n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires sur cette affaire.

Le représentant élu Jesus Garcia, après s’être enregistré pour l’orientation des nouveaux membres du Congrès, le 13 novembre 2018, à Washington. (Crédit : AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Raul Grijalva (3e district de l’Arizona)

Le bureau de M. Grijalva n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires sur cette affaire.

Le représentant Raul Grijalva, alors que la Chambre des représentants débat des articles de mise en accusation contre le président Donald Trump au Capitole à Washington, le 18 décembre 2019. (Crédit : Télévision de la Chambre via AP)

Alexandria Ocasio-Cortez (NY-14)

Ocasio-Cortez, qui avait contribué à faire supprimer le financement de la législation distincte sur le financement du gouvernement plus tôt cette semaine, a initialement voté contre le projet de loi autonome avant de décider de s’abstenir à la dernière minute.

Elle était visiblement ébranlée après son vote final.

Vendredi après-midi, son bureau a envoyé une longue lettre à ses électeurs pour expliquer sa décision.

Comme les autres représentants qui se sont opposés au projet de loi, Ocasio-Cortez a noté que le milliard de dollars demandé au Congrès s’ajoutait aux dizaines de millions qu’Israël recevait déjà sur une base annuelle.

« Je crois fermement que le Congrès devrait exercer une plus grande surveillance sur tous les financements militaires à travers le monde. Je crois également que, pendant beaucoup trop longtemps, les États-Unis ont remis une aide inconditionnelle au gouvernement israélien tout en ne faisant rien pour aborder ou soulever les violations persistantes des droits de l’Homme contre le peuple palestinien, et que ce déséquilibre du pouvoir doit être centré dans toute conversation honnête sur Israël et la Palestine », a-t-elle déclaré.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez (New York) lors d’une conférence de presse au Capitole à Washington, le 16 juin 2021. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

« La décision imprudente de la direction de la Chambre de précipiter ce vote controversé en quelques heures et sans véritable considération a créé une poudrière de vitriol, de cadrage fallacieux, d’accusations et de représentations profondément racistes, et d’absence de discussions de fond sur cette question », a ajouté la représentante.

« Oui, j’ai pleuré. J’ai pleuré devant le manque total de soins pour les êtres humains qui sont impactés par ces décisions, j’ai pleuré devant une institution qui choisit une voie de volatilité maximale et de considération minimale pour sa propre commodité politique. »

« Et j’ai pleuré devant le manque total de considération que j’ai souvent l’impression que notre parti a pour ses membres et ses communautés les plus vulnérables et les plus menacés – parce que les menaces de mort et le vitriol dangereux que nous recevrions inévitablement en précipitant un vote si sensible, si chargé et si peu réfléchi ne valaient pas la peine de le retarder ne serait-ce que de quelques heures pour nous aider à faire le travail nécessaire pour ouvrir une discussion de compréhension », a-t-elle ajouté,

Mais étant donné son apparente opposition totale au projet de loi, Ocasio-Cortez n’a pas expliqué pourquoi elle avait seulement voté pour s’abstenir, plutôt que de s’y opposer par le vote.

Hank Johnson (4e district de Géorgie)

Avec AOC, Johnson a été le seul autre représentant à voter « présent » et a expliqué son raisonnement dans la déclaration suivante envoyée au Times of Israel : « J’ai soutenu les 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël, comme convenu par le président Obama. »

« Un milliard de dollars supplémentaire en plus de ce que les contribuables américains ont déjà payé pour la défense du Dôme de Fer d’Israël constitue environ 60 % de ce que les États-Unis ont fourni pour cette allocation de défense spécifique au cours de la dernière décennie. »

Hank Johnson, membre de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, parle aux journalistes lors d’une session à huis clos avec l’ancien conseiller de la Maison Blanche, Don McGahn, deux ans après que les Démocrates de la Chambre des représentants ont initialement réclamé son témoignage dans le cadre des enquêtes sur l’ancien président Donald Trump, au Capitole à Washington, le 4 juin 2021. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

« Je ne pense pas que le milliard de dollars supplémentaire soit justifié, en particulier compte tenu de l’évaluation selon laquelle l’ancien Premier ministre israélien était la force motrice du conflit [de Gaza], qui a donné lieu à cette demande d’aide d’urgence exorbitante. »

Johnson n’a pas expliqué pourquoi, étant donné son opposition au financement du Dôme de Fer, il n’avait pas simplement voté contre, plutôt que de s’abstenir.

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