Les réseaux sociaux n’agissent pas en cas de signalement d’antisémitisme – Étude
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Les réseaux sociaux n’agissent pas en cas de signalement d’antisémitisme – Étude

84 % des contenus signalés comme antisémites n'ont pas été traités par Facebook, YouTube, Instagram et TikTok. Les géants de la technologie affirment qu'il reste du travail à faire

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Cette photo d'archive montre le logo de l'application Facebook sur un smartphone à Los Angeles, le 1er mars 2021. (Chris Delmas/AFP)
Cette photo d'archive montre le logo de l'application Facebook sur un smartphone à Los Angeles, le 1er mars 2021. (Chris Delmas/AFP)

Selon un nouveau rapport, les plateformes de réseaux sociaux n’agissent généralement pas contre les contenus antisémites, même lorsqu’ils sont signalés par les utilisateurs.

Le Center for Countering Digital Hate, une organisation britannique et américaine à but non lucratif, a déclaré qu’au cours d’une période de six semaines au début de l’année, il a utilisé les systèmes de plainte officiels pour signaler des centaines d’incidents de haine antijuive observes sur les plateformes Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et TikTok, mais dans 84 % des cas, rien n’a été fait.

Ces résultats montrent un « échec grave et systématique dans la lutte contre l’antisémitisme », a déclaré le Center for Countering Digital Hate dans un communiqué accompagnant son rapport « Failure to Protect », publié vendredi.

« Il ne s’agit pas d’algorithmes ou d’automatisation ; nos recherches montrent que les entreprises de réseaux sociaux permettent aux racistes de garder leurs comptes ouverts et leur haine de rester en ligne, même lorsque des modérateurs humains sont avertis », a déclaré Imran Ahmed, PDG du CCDH, dans un communiqué.

« Personne n’a le droit fondamental d’avoir un compte sur une plateforme de réseaux sociaux pour intimider les Juifs ou pour répandre une haine dont nous savons qu’elle peut se conclure par de graves dommages hors ligne », a-t-il ajouté.

Du 18 mai au 29 juin de cette année, le CCDH a signalé 714 messages. Toutefois, les comptes ont été supprimés ou le contenu retire dans moins d’un cas sur six seulement.

Un logo Twitter aux abords du siège du géant des réseaux sociaux à San Francisco, le 26 octobre 2016. (Crédit : Jeff Chiu/AP)

Combinés, ces messages ont eu quelque 73 millions d’impressions, selon le CCDH.

Facebook n’a agi que sur 14 des 129 signalements de posts antisémites (10,9 %) ; Twitter n’a agi que sur 15 des 137 signalements (11 %) ; TikTok a agi sur 22 des 119 signalements (18,5 %) ; Instagram a agi sur 52 des 277 incidents (18,8 %.) ; et YouTube a agi sur 11 des 52 signalements de contenus offensants (21,2 %).

Les cinq plateformes de réseaux sociaux n’ont pas agi contre 80 % des posts signalés contenant des messages négationnistes, 74 % des accusations de meurtres rituels, 70 % des caricatures racistes de personnes juives, et 70 % des posts néo-nazis.

Dans un cas particulier, le CCDH a signalé à Facebook la publication virale d’un article niant la Shoah, mais au lieu d’être supprimé, il a simplement été signalé par Facebook comme une fausse information.

Selon le CCDH, l’article a reçu plus de 246 000 likes, partages ou commentaires sur Facebook.

D’autres tropes antisémites tels que les « marionnettistes juifs » contrôlant les finances mondiales, les personnalités politiques et les événements mondiaux étaient « courants » dans les échantillons examinés par le CCDH, mais les plateformes n’ont pris aucune mesure contre 92 % de ces messages lorsqu’ils ont été signalés, « même lorsqu’ils étaient accompagnés de caricatures antisémites claires. »

TikTok n’a supprimé que 5 % des comptes qui étaient utilisés pour cibler directement des utilisateurs juifs de manière raciste avec des messages tels que la négation de la Shoah, selon le rapport.

« Les réseaux sociaux sont devenus un espace sûr pour les racistes qui peuvent normaliser leurs conspirations et leur rhétorique haineuse sans craindre les conséquences », a déclaré Ahmed. « C’est pourquoi les réseaux sociaux sont de moins en moins sûrs pour les personnes juives, tout comme ils le deviennent pour les femmes, les Noirs, les musulmans, les personnes LGBT et de nombreux autres groupes. »

« Bien que nous ayons fait des progrès dans la lutte contre l’antisémitisme sur Facebook, notre travail n’est jamais terminé », a déclaré Dani Lever, porte-parole de Facebook, au New York Times. « Compte tenu de la hausse alarmante de l’antisémitisme dans le monde, nous avons pris et continuerons de prendre des mesures significatives à travers nos politiques. »

Instagram, qui est la propriété de Facebook, n’a pas offert de commentaire, a rapporté le journal britannique Guardian.

Un porte-parole de Twitter a déclaré : « Nous reconnaissons qu’il y a plus à faire, et nous continuerons à écouter et à intégrer les commentaires des parties prenantes dans ces efforts continus », a rapporté le journal.

Dans une déclaration, TikTok a condamné l’antisémitisme et a déclaré : « Nous sommes déterminés à améliorer continuellement la façon dont nous protégeons notre communauté », a rapporté le Guardian.

YouTube a déclaré que, bien qu’il ait fait des « progrès significatifs » contre les discours de haine, « ce travail est en cours et nous apprécions ces commentaires », selon le rapport.

Le CCDH a recommandé d’introduire des pénalités financières pour inciter à une modération correcte, ainsi que d’embaucher et de former des modérateurs pour supprimer les contenus haineux.

« Les efforts actuels des entreprises technologiques pour modérer leurs plates-formes sont clairement insuffisants », indique le rapport.

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