Les robots vont-ils porter le coup de grâce aux emplois en Israël ?
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Les robots vont-ils porter le coup de grâce aux emplois en Israël ?

Les ordinateurs auront remplacé 41 % des travailleurs israéliens d’ici 20 ans, selon un rapport du centre Taub. Que fait le gouvernement pour s’y préparer ?

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des étudiants du programme Kadima Mada  visitent une compétition de robots à Moscou. (Crédit : autorisation)
Des étudiants du programme Kadima Mada visitent une compétition de robots à Moscou. (Crédit : autorisation)

Disons que vous êtes une jeune personne sans famille riche et que vous aspirez à une vie de classe moyenne. Voici certains des choix de carrière que vous devriez éviter : comptable, chauffeur de bus, agent immobilier et banquier.

Vous avez bien lu. Presque la moitié de tous les emplois qui existent aujourd’hui dans le monde développé seront effectué par des ordinateurs et des robots d’ici les deux prochaines décennies, selon un article important publié en 2013 par Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, économistes à l’université d’Oxford.

A présent, le centre Taub pour la recherche en politique sociale de Jérusalem a appliqué la méthodologie de Frey et Osborne au marché du travail israélien.

Il est peu réconfortant d’apprendre que seulement 41 % des emplois en Israël (contre 47 % aux Etats-Unis et 54 % en Europe) sont à haut risque de disparition dans les 10 ou 20 prochaines années, selon Shavit Madhala-Brik, qui a signé l’article.

Cependant, la députée Yesh Atid Aliza Lavie admet que 41 % est un nombre choquant et s’inquiète que le gouvernement israélien n’en fasse pas assez pour préparer la prochaine vague de chômage. L’année dernière, elle a fait de ce sujet sa priorité à la Knesset.

Le robot serpent du Technion. (Crédit : autorisation)
Le robot serpent du Technion. (Crédit : autorisation)

« Nous ne nous occupons pas de ça et nous ne comprenons pas que le monde est sur le point de changer, a déclaré Lavie. La Knesset et le gouvernement sont conscients de ce problème mais je ne vois rien être mis en place pour le moment. J’espère qu’Avi Simhon [le nouveau conseiller économique de Netanyahu] s’y intéressera. »

Pour cela, Lavie a organisé le 2 février une journée à la Knesset dédiée à l’emploi du futur.

La commission de l’éducation discutera de comment adapter les programmes scolaires et universitaires, une autre commission discutera de transformer la Galilée en moteur économique, pendant que d’autres discuteront de comment préparer les religieux et les arabes, qui devraient constituer la majorité de la main-d’œuvre israélienne en 2050, à ce nouveau marché du travail.

Les emplois disparaissent à cause des avancées de ce que l’on appelle l’intelligence artificielle. Comme un ordinateur peut battre le meilleur humain aux échecs, des algorithmes permettent maintenant de conduire des voitures, de faire votre déclaration d’impôts et même de diagnostiquer un cancer avec plus de succès et moins d’erreurs que les humains.

Même si le théoricien d’internet Jaron Lanier a affirmé autrefois que l’intelligence artificielle était en fait mal nommée et était même une sorte de vol comptable des millions d’humains dont les données sont agrégées, cela n’empêchera pas la suppression d’emplois.

Dr. Aliza Lavie (photo credit: courtesy)
Aliza Lavie (Crédit : autorisation)

« Vous pouvez déjà voir qu’il n’y a plus besoin d’agence de voyages, a déclaré Lavie au Times of Israel, j’ai été très surprise [d’apprendre] que bientôt nous n’aurons plus besoin de chauffeurs de bus. Il y a eu une époque en Israël où chaque mère voulait que son fils soit chauffeur de bus. Travailler pour Egged était comme si, wow, vous aviez un ticket en or, et la sécurité de l’emploi. »

Shavit Madhala-Brik, la doctorante de l’université Hébraïque qui a signé le rapport, a déclaré que les emplois qui survivront le plus probablement étaient ceux qui demandent un haut niveau d’intelligence émotionnelle et/ou de créativité. Les médecins, les psychologues, les chorégraphes, les programmeurs d’ordinateur et les ergothérapeutes sont en sécurité pour l’instant.

Une liste complète des professions et de leur risque de disparition peut être trouvée ici.

Avec une nouvelle technologie viennent de nouveaux emplois

Malgré ses prédictions spectaculaires, Madhala-Brik est prudemment optimiste.

« Ce n’est pas parce que 41 % des emplois sont à haut risque de disparaitre que cela signifie que 41 % des personnes seront au chômage. Les gens s’adaptent au changement. L’histoire nous apprend que quand une technologie se développe, elle crée de nouveaux types d’emplois. »

Par exemple, dit Madhala-Brik, même si votre emploi est remplacé par un ordinateur, cet ordinateur a toujours besoin d’humains pour s’en servir et le réparer. De plus, il y a beaucoup de professions de soin qui sont en manque de travailleurs, comme la médecine, les soins infirmiers et le soin des enfants et des personnes âgées.

« Beaucoup de gens vont vers les professions de service. »

Lavie, elle aussi, pense que de nouvelles professions vont émerger dans les prochaines décennies.

« Je viens d’entendre parler d’un nouvel emploi : professeur professionnel de vélo. Quand nous étions enfants, il n’y avait pas une telle chose. Vos parents vous apprenaient ou vous appreniez tout seul. Mais maintenant les parents n’ont plus le temps. Il y a aussi le coaching, il y a l’enseignement du piano aux adultes et aux enfants. Je vois beaucoup d’entrepreneurs chez les jeunes. »

Mais que se passera-t-il si de nouveaux emplois n’émergent pas spontanément ?

C’est la thèse du livre « The coming jobs war » (La guerre des emplois à venir), du président de Gallup, Jim Clifton. Clifton affirme que sur 7 milliards de personnes dans le monde, il y a 5 milliards d’adultes.

Sur ces 5 milliards, 3 milliards veulent travailler. Mais il n’y a que 1,2 milliard d’emplois formels, c’est-à-dire un emploi de plus de 30 heures par semaine et des avantages sociaux, dans le monde. C’est un manque de 1,8 milliard d’emplois. Selon Clifton, le chômage de masse entraîne de la criminalité et des troubles sociaux.

Cela pose un problème en Israël, où, selon le rapport du centre Taub, le groupe le plus à risque de perdre ses emplois dans les 20 prochaines années est celui des hommes arabes. 57 % des emplois occupés par des hommes non juifs en Israël sont à haut risque de disparaitre dans les 20 prochaines années, selon Madhala-Brik.

« Nous allons avoir besoin de projets du gouvernement et de formation à l’emploi, a-t-elle expliqué, particulièrement pour les populations les plus faibles : les arabes, les religieux, et les plus de 50 ans. »

Un futur de chômage de masse ?

Selon Martin Ford, auteur de « Rise of the robots : technology and the threat of a jobless future » (La montée des robots : la technologie et la menace d’un futur sans emploi), l y a déjà des indices de déplacement des humains par les robots.

« Nous ne voyons pas encore franchement le chômage, a-t-il déclaré au Times of Israel, mais dans mon livre je parle de sept tendances importantes aux Etats-Unis, comme la stagnation des salaires, le déclin de la participation à la main-d’œuvre, le déclin du partage des revenus du travail, une création d’emploi moins solide, l’allongement des périodes de chômage et la sanctification des emplois à qualification moyenne. »

Quand on lui demande s’il y aura assez de nouveaux emplois pour remplacer ceux qui seront perdus, Ford répond : « je pense qu’il y aura certainement de nouveaux emplois créés par la technologie, la question est de savoir s’il y en aura assez et s’ils seront accessibles à l’employé moyen. »

« Il y aura certainement de nouvelles fonctions créées, a-t-il ajouté, mais ces emplois constituent un très faible pourcentage de l’emploi total. Il est donc difficile de penser qu’il y aura assez de création de ces emplois pour toutes les personnes déplacées de leurs activités traditionnelles. »

En ce qui concerne quoi faire des chômeurs, Ford ajoute qu’il ne pense pas qu’un programme d’emploi et de reformation soit suffisant.

« Je pense qu’à long terme nous devons considérer une adaptation assez radicale, quelque chose comme un revenu de base garanti pour assurer que chacun dans notre société bénéficie des progrès que nous allons probablement voir dans les prochaines décennies. Gardez-le à l’esprit, je pense que cela arrivera d’ici 10, 20 ans, ou même plus. Ce qui semble politiquement impensable pour l’instant pourrait devenir viable quand ces tendances deviendront plus évidentes. »

Ford ajoute un avertissement. « Si nous échouons à faire ce genre d’adaptation, alors je crains un scénario dystopique avec des inégalités extrêmes et une insécurité économique amère. »

Pour la députée Aliza Lavie, elle déclare qu’elle garde l’espoir que si le gouvernement s’en occupe au préalable, il y aura toujours un moyen de garder tout le monde au travail.

« Je crois à l’initiative et à l’entrepreneuriat. Je ne pense pas qu’il y aura une réduction du nombre d’emplois. Mais nous devons prendre en compte cette possibilité. Le pays doit se préparer à tout. »

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