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"Les réseaux sociaux ont normalisé l'antisémitisme"

Les théories du complot sur le 7 octobre, une nouvelle forme de négationnisme ?

Des universitaires dénoncent l'antisémitisme rampant et les appels à la violence contre les Juifs qui se propagent de manière incontrôlée sur la Toile

Les participants à une table ronde sur les médias numériques et l'antisémitisme au Centre d'histoire juive, 28 janvier 2024. De gauche à droite : Jennifer Evans, Sabine von Mering, Günther Jikeli et Mike Rothschild. (Crédit : John Halpern)
Les participants à une table ronde sur les médias numériques et l'antisémitisme au Centre d'histoire juive, 28 janvier 2024. De gauche à droite : Jennifer Evans, Sabine von Mering, Günther Jikeli et Mike Rothschild. (Crédit : John Halpern)

NEW YORK – Se faisant l’écho du négationnisme de la Shoah, les applications de réseaux sociaux et les sites web tels que X, Instagram, TikTok et 4chan sont en proie à une nouvelle forme de négationnisme liée aux massacres du 7 octobre perpétrés dans le sud d’Israël. Par exemple, on y lit que les attaques étaient une opération israélienne « sous faux drapeau » pour permettre à Israël de commettre un génocide à Gaza. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de l’intensification de l’antisémitisme qui sévit dans le cyber-espace. Pourtant, aussi alarmantes que soient ces théories du complot, elles ne sont pas nouvelles.

« Les gens ont toujours pensé ces choses. Les réseaux sociaux les ont simplement normalisées », a déclaré Mike Rothschild, auteur de Jewish Space Lasers : The Rothschilds and 200 Years of Conspiracy Theories.

« Autrefois, il fallait se donner un peu de mal pour être un conspirationniste. Il fallait savoir où se trouvait l’étrange librairie du coin et se brancher sur les ondes courtes à trois heures du matin. Aujourd’hui, il n’y a plus de barrière à l’entrée », a-t-il déclaré.

Rothschild, qui n’est pas en famille avec la dynastie Rothschild sur laquelle il écrit, était l’un des nombreux experts intervenant lors d’un panel intitulé « Antisemitism, Technology, and Culture : Modes of Dissemination », qui a exploré la manière dont les médias numériques non réglementés injectent des idées antisémites dans la politique de masse et la culture populaire – une tendance qui s’est accentuée depuis l’attaque terroriste du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Organisé au Centre d’histoire juive de New York et coparrainé par l’Institut pour l’étude de l’antisémitisme contemporain de l’université de l’Indiana, le symposium d’une journée intitulé « Addressing Antisemitism : Contemporary Challenges » a eu lieu le 28 janvier, au lendemain de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Des articipants à une table ronde sur les médias numériques et l’antisémitisme au Centre d’histoire juive, 28 janvier 2024. De gauche à droite : Jennifer Evans, Sabine von Mering et Günther Jikeli. (Crédit : John Halpern)

Avant même qu’Israël ne lance son incursion terrestre à Gaza, Internet fourmillait de personnes justifiant, se moquant ou niant le massacre qui a coûté la vie à 1 200 Israéliens, pour la plupart des civils et dont la plus jeune avait 10 mois. 253 autres personnes ont été kidnappées et emmenées de force dans la bande de Gaza – le plus jeune a un an, a déclaré Günther Jikeli, professeur d’études juives à l’université de l’Indiana.

Dans son rapport de recherche de novembre 2023, intitulé « Holocaust Distortions on Social Media after 10/7 : The Antisemitic Mobilization » (en anglais), Jikeli a examiné le contenu lié à l’Holocauste sur YouTube, X (anciennement Twitter), Truth Social, Gab et 4chan. Ces deux derniers sont connus pour leur base d’utilisateurs d’extrême droite, y compris des néo-nazis.

Au cours de la réunion, Jikeli a présenté les principales conclusions de l’étude, à savoir que depuis le 7 octobre, les appels explicites à la violence et au meurtre de masse des Juifs se sont multipliés. En outre, les discussions sur la Shoah sur ces plateformes sont utilisées pour susciter une mobilisation antisémite.

Image de Pepe la grenouille en parachutiste du Hamas qui s’apprête à massacrer des Israéliens le 7 octobre. (Autorisation)

« Qu’est-ce que ces données nous apprennent ? Elles nous disent que le négationnisme et la déformation de l’Holocauste augmentent et que la mémoire de l’Holocauste est utilisée pour mobiliser en faveur de l’assassinat des Juifs. Nous le voyons dans les mèmes et les messages », a-t-il déclaré.

Par exemple, un message sur 4chan, un site plébiscité par les suprémacistes blancs et les nazis, célébrait le meurtre d’un Israélien par le Hamas et incluait un lien vers un message sur X montrant une vidéo du meurtre, selon le document de Jikeli.

Un autre message publié sur le site préconisait plus directement l’assassinat en masse des Juifs : « En participant à ce fil de discussion, vous dénoncez Israël en tant qu’État légitime, vous dénoncez le Talmud et vous approuvez le TKD [Total Kike Death]. Le message partageait également une image d’une terroriste blanche portant un bandeau vert du Hamas et assassinant un soldat israélien.

Sur Truth Social, des messages appelaient à un « holocauste » aux États-Unis pour mettre fin au prétendu contrôle du gouvernement américain par Israël, les Américains d’origine israélienne et les Juifs, selon l’étude.

Sur X, on peut également voir un mème représentant Pepe la grenouille, devenue une mascotte des extrémistes de droite, vêtue comme un terroriste du Hamas, volant en parapente jusqu’en Israël pour mutiler et assassiner.

« Les réseaux sociaux donnent aux gens l’occasion de surenchérir sur l’accusation selon laquelle les Juifs sont responsables de la violence et de la haine », a expliqué Von Mering.

« Tout cela a pour effet d’alimenter les militants et les politiciens anti-israéliens et antisémites, car ce qui se passe sur les médias sociaux ne reste pas sur les médias sociaux », a analysé Jonathan Brent, directeur exécutif de l’Institut YIVO pour la recherche juive.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, les manifestants du monde entier ne se contentent pas de crier des slogans antisémites tels que « Intifada Revolution » et « From the River to the Sea, Palestine Will Be Free », ils accusent également Israël d’être à l’origine de l’attaque. Des personnes filmées en train d’enlever des affiches d’otages ont affirmé qu’il n’y avait pas d’otages et que les enlèvements étaient de la propagande israélienne. Lors de réunions gouvernementales, comme celle du conseil municipal d’Oakland, en Californie, en novembre dernier, des personnes ont nié l’existence de l’attaque.

Ce déni de la Shoah et du 7 octobre s’inscrit dans une tendance inquiétante, a regretté Jennifer Evans, professeur d’histoire à l’université de Carleton et modératrice de la table ronde.

Selon un sondage YouGov/Economist réalisé en décembre 2023, un Américain de moins de 30 ans sur cinq a déclaré qu’il pensait que la Shoah « est un mythe » et plus d’un autre sur cinq a déclaré qu’il pensait que la Shoah avait été exagérée.

Comme l’ont souligné les panélistes, la lutte contre ce phénomène demeure un défi de taille.

« Il n’est pas possible de les supprimer [les contenus], mais on peut, en modifiant les algorithmes, les marginaliser. Les utilisateurs peuvent signaler que ce discours n’est pas acceptable et le rétrograder pour qu’il ne soit pas aussi visible », a préconisé Evans.

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