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Les USA bloquent la motion de l’ONU blâmant Israël pour les morts liées à l’aide à Gaza

L'envoyé palestinien a imploré les membres du Conseil de poursuivre "les responsables du massacre" ; Israël dit que la plupart des morts sont dues au mouvement de foule

Le Conseil de sécurité de l'ONU réuni au sujet de la situation au Moyen-Orient, notamment la question palestinienne, au siège de l'ONU, à New York, le 22 décembre 2023. (Crédit : Charly Triballeau/AFP)
Le Conseil de sécurité de l'ONU réuni au sujet de la situation au Moyen-Orient, notamment la question palestinienne, au siège de l'ONU, à New York, le 22 décembre 2023. (Crédit : Charly Triballeau/AFP)

Face à l’opposition des Etats-Unis, les pays arabes n’ont pas réussi jeudi soir à obtenir un soutien suffisant pour une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU qui aurait rendu les forces israéliennes responsables de la centaine de morts signalés lorsque les Palestiniens du nord de Gaza ont pris d’assaut un convoi d’aide humanitaire.

Ryad Mansour, l’ambassadeur palestinien auprès des Nations unies, a déclaré aux journalistes, à l’issue d’une réunion d’urgence à huis clos du Conseil sur les morts, que 14 des 15 membres du Conseil avaient soutenu la déclaration proposée par l’Algérie, le représentant des pays arabes au sein de l’organe.

Le projet de déclaration soumis par l’Algérie exprimait une « profonde inquiétude » et indiquait que la situation résultait « des tirs des forces israéliennes ».

Selon une source diplomatique, les Etats-Unis se sont opposés à ce qu’Israël soit nommé, mais les discussions vont se poursuivre.

« Les parties travaillent sur une formulation pour voir si nous pouvons parvenir à une déclaration », a ainsi indiqué l’ambassadeur américain adjoint Robert Wood, évoquant l’hypothèse d’un accord, ultérieurement.

« Le problème est que nous n’avons pas tous les faits », a-t-il ajouté, assurant vouloir trouver une formulation qui garantisse que « les vérifications nécessaires ont été faites quant à la culpabilité ».

Le Hamas a accusé l’armée israélienne d’être responsable des 104 morts recensés aux premières heures de la matinée. L’armée a déclaré qu’elle n’avait pas tiré sur les foules qui se précipitaient vers le principal convoi de camions d’aide qui est entré dans le nord de la bande de Gaza tôt jeudi matin. Elle a reconnu que les troupes avaient ouvert le feu sur plusieurs habitants de Gaza qui s’étaient approchés de soldats et d’un char à un poste de contrôle de Tsahal, mettant en danger les soldats. Elle a affirmé que la plupart des personnes avaient été tuées lors d’un mouvement de foule et que moins de 10 des victimes avaient été tuées par des tirs israéliens.

Mansour a indiqué qu’il avait rencontré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, plus tôt dans la journée.

« J’ai rencontré ce matin (l’ambassadrice américaine) Linda Thomas-Greenfield », a-t-il noté, précisant l’avoir « suppliée » d’une action du Conseil pour « condamner ce massacre ».

« S’ils ont du courage et la détermination d’empêcher ces massacres de se reproduire, ce dont nous avons besoin est un cessez-le-feu », a déclaré Mansour.

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a déclaré jeudi que les morts devaient faire l’objet d’une enquête indépendante efficace.

« Choqué » par les événements de jeudi qu’il a « condamnés », Guterres a plaidé pour « une enquête indépendante efficace » pour identifier les responsabilités.

Le secrétaire général a indiqué que le renforcement des divisions géopolitiques avait « transformé le veto en un instrument qui empêche le Conseil de sécurité d’agir ».

« Je suis convaincu de la nécessité d’un cessez-le-feu humanitaire et de la libération inconditionnelle et immédiate des otages, ainsi que de la nécessité d’un Conseil de sécurité capable d’atteindre ces objectifs », a souligné Guterres.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’exprimant lors d’une conférence de presse, au siège de l’ONU, à New York, le 8 février 2024. (Crédit : Angela Weiss/AFP)

La Maison Blanche a déclaré jeudi que l’incident survenu dans la ville de Gaza était « extrêmement alarmant ». Israël a diffusé des images de drone montrant ses troupes tentant de disperser la foule, niant toute responsabilité dans les nombreux décès, alors que son offensive à Gaza a fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté internationale.

Les violences ont été rapidement condamnées par les pays arabes. Le président américain Joe Biden s’est entretenu de l’incident avec les dirigeants égyptien et qatari, ainsi que des moyens d’obtenir la libération des plus de 130 otages encore aux mains du Hamas depuis le 7 octobre et un cessez-le-feu de six semaines.

La Maison-Blanche et le Département d’État ont tous deux exprimé leur horreur face aux événements et ont indiqué qu’ils exigeraient des réponses d’Israël.

« Ce dernier événement doit faire l’objet d’une enquête approfondie », a affirmé Olivia Dalton, porte-parole de la Maison-Blanche, aux journalistes présents sur Air Force One. « Cet événement souligne la nécessité (…) d’accroître l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. »

Tsahal a publié une vidéo de drone montrant des milliers de personnes grouillant autour des camions d’aide au moment où ceux-ci entraient dans le nord de la bande de Gaza. Certains véhicules ont tenté de se frayer un chemin à travers la foule.

L’armée a reconnu que les troupes avaient ouvert le feu sur plusieurs habitants de Gaza qui se dirigeaient vers des soldats et un char à un point de contrôle de Tsahal, et représentaient un danger pour les soldats, après avoir foncé sur le dernier camion du convoi plus au sud.

Le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a présenté ses condoléances aux proches des personnes tuées et a indiqué que Washington avait demandé à Israël de fournir des réponses et d’assurer la sécurité de l’acheminement de l’aide.

« Nous sommes en contact avec le gouvernement israélien depuis tôt ce matin et comprenons qu’une enquête est en cours.

Nous suivrons cette enquête de près et nous ferons pression pour obtenir des réponses », a-t-il ajouté, appelant Israël à ouvrir « autant de points d’accès que possible, et à permettre une distribution sûre et sécurisée de cette aide dans toute la bande de Gaza ».

Ces dernières semaines, Tsahal a coordonné plusieurs livraisons d’aide au nord de la bande de Gaza, mais celle-ci était plus importante que d’habitude. L’armée a indiqué qu’elle allait désormais chercher une solution pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent et qu’une enquête était en cours.

Des personnes pleurent suite à un incident mortel au cours duquel des résidents se sont précipités vers des camions d’aide dans la ville de Gaza, le 29 février 2024. (Crédit : AFP)

Le porte-parole américain a déclaré que la ruée vers l’aide témoignait du caractère « incroyablement désolant » de la situation à Gaza, où l’Organisation des Nations unies (ONU) a mis en garde contre le risque de famine. « Les gens se précipitent sur ces camions parce qu’ils ont faim, parce qu’ils ont besoin de nourriture, parce qu’ils ont besoin de médicaments et d’autres aides », a-t-il déclaré.

Des Palestiniens attendent de l’aide humanitaire sur une plage de la ville de Gaza, dans la bande de Gaza, le dimanche 25 février 2024. (Crédit : Mahmoud Essa/AP)

S’exprimant en anglais lors d’une conférence de presse jeudi soir, le porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, a dit que les troupes avaient tiré des coups de semonce pour tenter de disperser la foule de Palestiniens.

« Alors que l’aide humanitaire cruciale pour les habitants de Gaza était en route, des milliers d’entre eux se sont précipités sur les camions, certains se sont mis à violemment pousser et piétiner d’autres habitants de Gaza jusqu’à ce que mort s’ensuive, tout en pillant l’aide humanitaire. »

« Aucune frappe de l’armée israélienne n’a été menée en direction du convoi humanitaire », a insisté le porte-parole de l’armée.

« Au contraire, Tsahal était là pour effectuer une opération d’aide humanitaire, pour sécuriser le corridor humanitaire et permettre au convoi d’aide d’atteindre son point de distribution, afin que l’aide puisse atteindre les civils gazaouis dans le nord qui sont dans le besoin. »

Le porte-parole de Tsahal a nié qu’Israël avait bloqué le passage de l’aide humanitaire. « Cette aide humanitaire a été coordonnée par Israël, pour les habitants de Gaza. Nous voulons que l’aide parvienne aux habitants de Gaza. Nous travaillons sans relâche pour y parvenir. Israël n’impose aucune limite à la quantité d’aide qui peut être acheminée à Gaza », a-t-il déclaré.

L’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie ont accusé Israël d’avoir pris des civils pour cible lors de l’incident. Dans des déclarations séparées, ils ont appelé à augmenter le nombre de passages sûrs pour l’aide humanitaire. Ils ont également exhorté la communauté internationale à prendre des mesures décisives pour faire pression sur Israël afin qu’il respecte le droit international et parvienne à un accord en vue d’un cessez-le-feu immédiat.

Un avion militaire jordanien (absent de la photo) largue de l’aide humanitaire au-dessus de Rafah et de Khan Younès, dans le ciel du sud de la bande de Gaza, le 27 février 2024. (Crédit : SAÏD KHATIB / AFP)

En Turquie, les autorités ont dénoncé « un nouveau crime contre l’humanité » et estimé que ce drame « est la preuve qu'[Israël] vise à détruire consciemment et collectivement le peuple palestinien ».

A Paris, le président Emmanuel Macron a, lui, exprimé sa « plus ferme réprobation envers ces tirs » contre des civils « pris pour cible par des soldats israéliens » et demandé « la vérité, la justice et le respect du droit international ».

A Madrid, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a jugé « inacceptable ce qui s’est produit à Gaza », et a souligné « l’urgence d’un cessez-le-feu », a-t-il dit.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, a réclamé « un accès humanitaire sans entrave à Gaza » et dénoncé un « nouveau carnage » et des morts « totalement inacceptables ».

Cet incident survient alors que la communauté internationale s’inquiète de plus en plus de la situation humanitaire dans la bande de Gaza et des difficultés à acheminer l’aide à plus de deux millions de personnes prises dans une guerre qui a commencé lorsque le groupe terroriste palestinien Hamas a lancé une attaque massive et meurtrière contre Israël le 7 octobre, tuant près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et prenant 253 otages.

Gaza-City et le reste du nord de la bande de Gaza ont été les premières cibles de l’offensive aérienne, maritime et terrestre d’Israël. La zone a été largement dévastée et, depuis des mois, elle est pratiquement isolée du reste du territoire, avec peu d’aide entrant et la majeure partie de la population évacuée vers le sud.

Les groupes humanitaires affirment qu’il est devenu presque impossible d’acheminer l’aide humanitaire dans la quasi-totalité de la bande de Gaza en raison des combats en cours et de la perturbation de l’ordre public. Selon l’ONU, un quart des Palestiniens de Gaza risquent de mourir de faim et environ 80 % d’entre eux ont fui leur domicile.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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