L’ex-chef du ministère de la Défense lie Netanyahu à l’affaire des sous-marins
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L’ex-chef du ministère de la Défense lie Netanyahu à l’affaire des sous-marins

Dans une déclaration sous serment concernant l'enquête sur le rôle du Premier ministre dans le scandale des sous-marins, Dan Harel accuse Netanyahu d'avoir fait pression sur lui

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie d'inauguration d'un nouveau sous-marin, le Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie d'inauguration d'un nouveau sous-marin, le Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)

La fuite d’un témoignage déposé par l’ancien directeur général du ministère de la Défense lie peut-être le Premier ministre Benjamin Netanyahu à un scandale majeur de corruption connu sous le nom d’affaire des sous-marins, qui a pris au piège plusieurs de ses associés, mais pas lui-même jusqu’à présent.

La déclaration sous serment de Dan Harel, rapportée par la Douzième chaîne lundi soir, concernait la dénommée Affaire 3000, dans laquelle les procureurs affirment que des fonctionnaires israéliens ont été soudoyés pour plaider en faveur d’un achat de plusieurs milliards de shekels de bateaux et de sous-marins militaires au constructeur naval allemand ThyssenKrupp en 2016.

Le scandale concerne également la vente de deux sous-marins de la classe Dolphin et de deux navires de guerre anti-sous-marins par l’Allemagne à l’Égypte, prétendument approuvée par Netanyahu sans consultation ni notification au ministère de la Défense. Bien que l’Allemagne n’ait pas besoin de l’approbation d’Israël pour vendre les sous-marins de pointe à d’autres pays, elle a fait preuve de cette courtoisie envers Jérusalem afin de maintenir l’avantage qualitatif d’Israël dans la région.

Une enquête policière dans cette affaire, dans laquelle le Premier ministre lui-même ne figure pas parmi les suspects, a pris fin en février 2020. Les critiques et les rivaux de Netanyahu allèguent qu’il avait un possible conflit d’intérêts concernant le marché très important conclu pour les navires, d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars.

Le témoignage de Harel, qui a fait l’objet d’une fuite, aurait été inclus dans une requête adressée récemment à la Cour suprême par le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, demandant qu’une enquête criminelle soit ouverte contre Netanyahu dans cette affaire. Le délai de prescription dans cette affaire expire le mois prochain, après quoi les tribunaux ne seront plus compétents pour la traiter si une enquête n’est pas ouverte.

Le Maj. Général (rés) Dan Harel. (Miriam Alster/Flash90)

Harel, un associé de Moshe Ya’alon, alors ministre de la Défense et actuel rival de Netanyahu, aurait déclaré qu’un document écrit à l’époque par le Conseil national de sécurité – qui fait partie du bureau du Premier ministre – lui avait été présenté, disant que Netanyahu lui ordonnait d’annuler un appel d’offres pour les entreprises intéressées à fournir les navires et à les commander en Allemagne ou d’une manière qui favorise ThyssenKrupp.

« J’ai clairement indiqué que, sans instruction écrite émanant directement du Premier ministre et avec sa signature, je n’avais pas l’intention d’annuler l’appel d’offres, et même dans ce cas, je demanderais à le rencontrer et à comprendre pourquoi. Cette demande n’a reçu aucune réponse », a déclaré Harel dans la déclaration sous serment.

Harel a témoigné que l’avocat personnel de Netanyahu et son cousin au second degré, David Shimron, avait également cherché à stopper l’appel d’offres à la demande du Premier ministre. Shimron était soupçonné d’avoir servi de médiateur dans un accord de corruption dans l’affaire des sous-marins, mais cette accusation a été abandonnée par la police et il est désormais accusé de blanchiment d’argent.

« Je n’imaginais pas à l’époque que Shimron était également lié au représentant de ThyssenKrupp en Israël », a-t-il déclaré, faisant référence à Miki Ganor, qui est accusé de corruption, de blanchiment d’argent et de délits fiscaux dans cette affaire.

« Netanyahu nous a dit, à M. Yaalon et à moi, qu’il souhaitait très résolument l’achat d’un septième sous-marin, tout en tapant du poing sur la table », a-t-il ajouté. « J’ai eu l’impression que derrière cette initiative d’achat se cachait un intérêt qui ne m’était pas clair, celui d’élargir le lien avec Thyssenkrup et d’augmenter la valeur de l’entreprise de manière injustifiée. Cette impression est devenue plus forte en raison de l’article faisant référence à l’achat de deux navires anti-sous-marins ».

Le Mouvement pour un gouvernement de qualité, en réponse au rapport, a exigé que le procureur général Avichai Mandelblit enquête sur la fuite du document, ajoutant qu’il n’avait été remis à aucun journaliste et avait été remis au tribunal dans un dossier scellé.

« Une enquête devrait être immédiatement ouverte pour voir qui tente de perturber et de saboter une enquête destinée à révéler le plus grand scandale de corruption de l’histoire israélienne », a déclaré le président du Mouvement pour la qualité du gouvernement, Eliad Shraga.

L’INS Rahav, le plus récent sous-marin d’Israël, partant du port allemand de Kiel vers Haïfa, où il est arrivé en janvier 2016, le 17 décembre 2015. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Un communiqué du bureau de Netanyahu a affirmé que l’information était « recyclée », puisque Harel avait déjà été interrogé et que « son témoignage a été jugé sans fondement ».

Le communiqué affirme que le Mouvement pour un gouvernement de qualité, « qui est identifié à l’extrême gauche », a délibérément recueilli des témoignages de Yaalon et de Harel plutôt que d’autres responsables de la défense tels que les anciens conseillers à la sécurité nationale Yaakov Nagel et Yaakov Amidror qui ont soutenu l’achat.

En août, le journal Yedioth Ahronoth a rapporté qu’un certain nombre d’anciens officiers supérieurs de Tsahal et de fonctionnaires du ministère de la Défense avaient récemment présenté des déclarations sous serment à la Cour suprême de justice, demandant un réexamen du rôle du Premier ministre dans l’affaire des sous-marins.

Selon le rapport, 15 déclarations ont été faites par d’anciens hauts responsables – dont probablement Harel – dans le cadre du procès intenté en juin par le Mouvement pour un gouvernement de qualité, qui demandait une nouvelle enquête sur le rôle de Netanyahu dans l’affaire, ainsi qu’une éventuelle commission d’enquête. Cette dernière demande a été rejetée.

L’homme d’affaires israélien Miki Ganor, arrêté dans l’affaire des sous-marins, également connue sous le nom de « Affaire 3000 », est traduit en justice à la Cour suprême de Jérusalem, le 22 mars 2019. (Yonatan Sindel/ Flash90)

Outre Ganor, Eliezer Marom, un ancien chef de la Marine israélienne, est également accusé de corruption, de blanchiment d’argent et de délits fiscaux dans l’affaire des sous-marins. Avriel Bar-Yosef, ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu, est accusé de demande et d’acceptation de pots-de-vin, d’escroquerie et d’abus de confiance.

Selon les procureurs, Bar-Yosef a approché Ganor pour qu’il devienne le représentant de ThyssenKrupp en Israël car il « voulait en tirer un bénéfice financier ». Il aurait ensuite enrôlé Marom, qui était à la tête de la Marine à l’époque, pour aider à faire pression en faveur de la nomination de Ganor.

Ganor leur aurait versé 200 000 NIS au total, les procureurs accusant Bar-Yosef de travailler à l’avancement des achats navals alors qu’il était conseiller adjoint à la sécurité nationale.

David Sharan, ancien assistant de Netanyahu et du ministre de l’Energie Yuval Steinitz, est également accusé de corruption, d’abus de confiance et de blanchiment d’argent dans cette affaire.

Le Premier ministre est actuellement jugé pour fraude et abus de confiance dans trois affaires pénales sans lien entre elles et pour corruption dans l’une d’entre elles. Il nie les accusations portées contre lui et affirme être victime d’une tentative de coup d’État politique orchestrée par la police, le ministère public, l’opposition et des médias hostiles.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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