La Knesset rejette l’idée de commission d’enquête dans l’affaire des sous-marins
Rechercher

La Knesset rejette l’idée de commission d’enquête dans l’affaire des sous-marins

Le chef de l’opposition a fustigé Gantz pour avoir fait l’impasse sur le vote autour d’une commission d’enquête sur un scandale de pots-de-vin, l’une de ses promesses de campagne

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie d'inauguration d'un nouveau sous-marin, le Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie d'inauguration d'un nouveau sous-marin, le Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)

La Knesset a rejeté ce mercredi un projet de loi de l’opposition proposant la formation d’une commission d’enquête nationale autour d’un scandale majeur de corruption, l’affaire des sous-marins. Le ministre de la Défense, Benny Gantz, ainsi que les membres de son parti Kakhol lavan, étaient absents au moment du vote, après avoir encouragé cette initiative voilà encore quelques mois.

Le projet de loi été rejeté par 48 contre 19 en séance plénière.

Lors de la série des trois consultations électorales, organisées l’an passé et cette année, Gantz n’avait cessé de mettre en avant l’affaire des sous-marins, appelé de ses vœux la formation d’une commission d’enquête et s’est référé à cette affaire comme à l’un des plus graves fiascos de l’histoire d’Israël.

Or ce mercredi, la totalité des parlementaires de Kakhol lavan se sont abstenu de voter, dans un contexte d’efforts pour stabiliser le gouvernement d’union scellé par Gantz avec le Premier ministre Netanyahu, qui a été accusé par ses rivaux de complicité dans l’affaire des sous-marins.

La demande d’une commission d’enquête autour de l’affaire dite 3000 des sous-marins est centrée sur un possible conflit d’intérêt de Netanyahu autour d’un accord d’approvisionnement de plusieurs milliards de shekels de navires militaires et de sous-marins du fabricant naval allemand Thyssenkrupp en 2016.

Le procureur soutient que des officiels israéliens ont reçu des pots-de-vin pour favoriser l’importante transaction pour l’acquisition de cette flotte, d’une valeur de centaines de millions de dollars. Une enquête policière bouclée en février a mentionné plusieurs associés proches de Netanyahu, bien que le Premier ministre lui-même ne soit pas désigné comme suspect.

Le scandale concerne également la vente de deux sous-marins de la classe Dolphin et de deux navires de guerre anti-sous-marins par l’Allemagne à l’Égypte, prétendument approuvée par Netanyahu sans consultation ni notification au ministère de la Défense. Bien que l’Allemagne n’exige pas l’autorisation d’Israël pour vendre ses sous-marins de pointe à d’autres pays, elle a fait preuve de cette courtoisie envers Jérusalem afin de maintenir l’avantage qualitatif d’Israël dans la région.

Les dirigeants de Kakhol lavan, Yair Lapid (à droite) et Moshe Yaalon, lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 24 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’opposition Yair Lapid, ancien colistier de Gantz et l’un des auteurs du projet de loi, a fustigé Kakhol lavan et a déclaré que ses anciens alliés avaient « vendu la sécurité de l’Etat pour un emploi ». « Honte à vous », a-t-il ajouté.

Moshe Yaalon, numéro 2 du parti de Lapid, Yesh Atid-Telem, a répété mercredi sa description de l’affaire comme la plus grave de l’histoire du pays et a déclaré que son parti ne lâcherait pas prise « tant qu’elle n’aura pas été examinée et instruite ».

Pendant ce temps, David Shimron, cousin au second degré de Netanyahu et ancien avocat personnel qui est impliqué dans certaines des affaires pénales contre le Premier ministre, a intenté un procès en diffamation contre Yaalon, réclamant 567 000 NIS (141 750 euros) pour des propos que Yaalon a tenus en liant Shimron au scandale des sous-marins.

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

Shimron était soupçonné d’avoir servi de médiateur dans un accord de corruption dans l’affaire des sous-marins, mais cette accusation a été abandonnée par la police. Il reste en revanche accusé de blanchiment d’argent.

Yaalon a tweeté en réponse que « c’est ainsi qu’un gang criminel fonctionne », ajoutant : « Vous ne me ferez pas peur ou ne m’intimiderez pas pour m’empêcher de me battre pour révéler la vérité. »

L’opposition a réussi à mettre des bâtons dans les roues du gouvernement d’union Likud-Kakhol lavan ces dernières semaines grâce à des projets de loi soutenus par l’un des partis et contrés par l’autre.

Peu de temps après le rejet du projet de loi sur le scandale des sous-marins, un autre projet de loi du parti d’opposition de droite Yamina, visant à légiférer une clause permettant à la Knesset de passer outre aux décisions de la Cour suprême sous certaines conditions, a également été rejeté en séance plénière.

Des membres du parti du Likud, dont une majorité a exprimé son soutien à la clause de contournement, étaient absent du vote après que les partis orthodoxes ont clairement déclaré cette semaine qu’ils s’opposeraient à toute mesure déstabilisant le gouvernement.

Le projet de loi a été soutenu par seulement cinq élus et rejeté par une large majorité de 71.

Le weekend dernier, le journal Yedioth Ahronoth a rapporté qu’un certain nombre d’anciens officiers de Tsahal et d’officiels du ministère de la Défense avaient récemment fait des déclarations sous serment à la Cour suprême pour demander le réexamen du rôle du Premier ministre dans l’affaire des sous-marins.

Selon l’article, 15 déclarations ont été faites par d’anciens hauts-gradés dans le cadre d’une plainte déposée en juin par le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, qui appelle à relancer l’enquête sur le rôle de Netanyahu dans l’affaire, mais aussi une possible commission d’enquête.

L’INS Rahav, une classe Dolphin fabriquée par le constructeur naval allemand ThyssenKrupp, part du port allemand de Kiel en direction de Haïfa, le 17 décembre 2015. (Unité du porte-parole de l’armée israélienne)

Le 29 juin, la Commission de contrôle de l’Etat de la Knesset a voté contre une proposition pour que le Contrôleur de l’Etat mène une enquête, après une discussion houleuse où le chef de la coalition, le député Miki Zohar (Likud), a menacé d’expulser de son poste le député Ofer Shelah, du parti d’opposition Yesh Atid-Telem.

Miki Ganor lors d’une audience à la Cour suprême, le 22 mars 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien agent de Thyssenkrupp en Israël, Miki Ganor, est inculpé pour corruption, blanchiment d’argent et des délits fiscaux liés à l’affaire, tout comme Eliezer Marom, un ancien chef de la Marine israélienne. Avriel Bar-Yosef, choisi à époque par Netanyahu pour le poste de conseiller en sécurité nationale, est visé par des charges de corruption, pots-de-vin, fraude et abus de confiance.

Selon les procureurs d’Etat, Bar-Yosef a commencé à approcher Ganor sur la possibilité de devenir le représentant de Thyssenkrupp en Israël parce qu’il « voulait tirer un bénéfice financier ». Il aurait alors recruté Marom, qui dirigeait la marine, pour l’aider à faire pencher la balance en faveur de la nomination de Ganor.

Ganor leur aurait versé 200 000 shekels (50 000 euros) au total, et les procureurs accusent Bar-Yosef d’avoir travaillé pour faire avancer les achats maritimes tout en servant comme conseiller national adjoint à la sécurité.

David Sharan est également inculpé pour corruption, abus de confiance et blanchiment d’argent dans l’affaire. C’est un ancien conseiller de Netanyahu et du ministre de l’Energie Yuval Steinitz.

Le Premier ministre fait actuellement face à un procès pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires criminelles distinctes. Il rejette toutes les charges portées contre lui.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...