L’ex-conseiller en communication de Malka Leifer travaille pour Benny Gantz
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L’ex-conseiller en communication de Malka Leifer travaille pour Benny Gantz

Une porte-parole de Hossen LeYisrael a souligné qu'il ne travaillait plus pour la pédophile présumée. Les victimes de la prédatrice se disent "choquées"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'ancienne directrice d'école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancienne directrice d'école en Australie Malka Leifer, recherchée dans son pays pour agressions sexuelles contre des enfants, à la cour de district de Jérusalem, le 14 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Vendredi, trois victimes d’abus sexuels présumés de la part de Malka Leifer se sont dit choquées d’apprendre que le responsable de la stratégie médiatique à l’origine d’une campagne pour empêcher l’extradition de leur ancienne directrice d’école travaillait maintenant pour la formation Hossen LeYisrael de Benny Gantz.

Les sœurs Dassi Erlich, Ellie Sapper et Nicole Meyer ont déclaré que le candidat au poste de Premier ministre devait expliquer pourquoi il pensait qu’embaucher Ronen Tzur comme conseiller stratégique était approprié, malgré la campagne qu’il avait menée au mois de novembre dépeignant Leifer – qui doit répondre de 74 chefs d’accusation d’abus sexuels à Melbourne, en Australie – comme une simple « grand-mère âgée de 51 ans ».

« Nous comprenons qu’il travaille dans une agence de relations publiques, mais la nature de ses missions soulève des questions concernant son éthique », a dit Erlich en évoquant Tzur, qui a également conseillé l’ancien président Moshe Katzav lorsqu’il avait été accusé de viol – avant d’être condamné en 2010.

« Quel est le degré de fiabilité de ceux qui permettent à des délinquants d’échapper à la justice ? Quand un travail est-il seulement un travail, et à quel moment traverse-t-on une frontière morale ? », s’est-elle interrogée.

La campagne réalisée par Rosenbaum Communication, la société de Tzur, avait tenté de recruter un psychiatre souhaitant témoigner devant la cour que Leifer était dans l’incapacité d’être jugée – prenant pour cible les experts médicaux qui, jusqu’à présent, avaient rejeté l’idée que la santé mentale de Leifer devait la prémunir d’une extradition.

Peu de temps après que le quotidien Yedioth Ahronoth a rapporté cette initiative, l’équipe de la défense de Leifer avait coupé les liens avec Tzur dont la stratégie n’aura finalement jamais été mise en place. L’avocat de la suspecte, Yehuda Freid, avait qualifié l’initiative de Tzur « d’inappropriée » et affirmé que la famille de Leifer n’avait rien à voir avec ce projet de campagne.

Mais Tzur a défendu son plan, disant vendredi au Times of Israël qu’il « aurait garanti un procès équitable sans l’intervention scandaleuse de la ministre de la Justice Ayelet Shaked » qui, selon son projet de campagne, entretenait des liens proches avec les responsables australiens qui cherchaient à faire condamner la délinquante sexuelle présumée.

Pour sa part, Erlich a expliqué que la nature du travail de Tzur – pour le compte de Leifer et de Katzav — « soulève la question du pourquoi de son embauche par Benny Gantz ».

L’ancien chef d’état-major de Tsahal Benny Gantz prononce son premier discours électoral dans la ville côtière de Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)

Pour sa part, Sapper est allée plus loin, évoquant un « mépris flagrant » du spécialiste « pour la protection des enfants face aux abus ».

« Si de telles décisions et de tels comportements sont tolérés et qu’ils créent un précédent acceptable, quel genre de communauté sommes-nous alors en train de créer ? », a ajouté Sapper, qui a appelé Gantz à ne pas faire appel aux conseils de quelqu’un qui a souhaité venir en aide à un prédateur sexuel présumé.

Soulignant que Tzur ne travaille plus pour la famille de Leifer, une porte-parole du parti Hossen LeYisrael a refusé de donner suite à nos demandes de commentaires.

Leifer, citoyenne israélienne, avait fui l’Australie pour Israël en 2008, quelques jours avant la révélation de soupçons d’abus sexuels, prévenue par des responsables de l’école Adass Israel où elle enseignait.

Après le début des poursuites par les autorités de Melbourne, l’Australie avait officiellement déposé une demande d’extradition en 2012. Deux ans plus tard, Leifer avait été arrêtée en Israël avant d’être finalement libérée et assignée à domicile. Les juges l’avaient estimée inapte à comparaître en raison de son état mental, levant ensuite toutes les restrictions à son encontre en concluant qu’elle était trop malade pour sortir même de son lit.

Elle avait été de nouveau appréhendée en février 2018 après une opération d’infiltration de la police qui avait suscité des doutes quant à son état mental prétendument instable. Elle est restée en détention depuis. L’opération avait été lancée après l’embauche par l’ONG Jewish Community Watch de détectives privés, qui avaient ramené des images de l’implantation d’Emmanuel où Leifer vivait – montrant la délinquante sexuelle présumée déambuler dans la ville ultra-orthodoxe sans difficulté.

De gauche à droite, Dassi Erlich, Ellie Sapper et Nicole Meyer posent pour une photo à Jérusalem, le 29 novembre 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Au mois d’août, un examen psychiatrique réalisé par un expert a été soumis à la cour de district de Jérusalem, statuant que Leifer était en capacité d’être présentée à une audience d’extradition, mais son équipe de défense est parvenue à imposer l’idée que des expertises supplémentaires seraient nécessaires pour prendre une décision.

Cela fait presque un an que l’affaire traîne au tribunal depuis la ré-arrestation de la suspecte et la 44e audience sur le dossier n’est pas prévue avant le mois de mars.

Jeudi, l’affaire – qui a été étroitement suivie par les Australiens mais qui a été très peu traitée dans les médias en hébreu – a connu ce qui pourrait être une avancée majeure.

Après une opération sous couverture qui a duré des mois, les enquêteurs de l’unité anti-corruption de la police ont convoqué le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman pour un interrogatoire. Il est soupçonné d’avoir cherché à obtenir un rapport psychiatrique falsifié qui aurait empêché l’extradition de Leifer pour des raisons médicales.

Un représentant du ministère de la Justice a indiqué que la police détenait des enregistrements de Litzman – qui dirige le parti YaHadout HaTorah – et d’officiels du ministère s’adressant à des membres du ministère de la Santé en les appelant à agir pour le compte de Leifer.

Malka Leifer, à droite, est amenée dans une salle d’audience du tribunal de Jérusalem, le 27 février 2018 (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean, File)

Cette dernière a enseigné dans une école affiliée à la secte hassidique de Gour, dont Litzman est membre.

Après l’arrestation initiale de Leifer, le psychiatre du tribunal de Jérusalem, Jacob Charnes, avait établi deux avis médicaux la jugeant mentalement inapte à un procès, ce qui avait permis sa libération. Après sa nouvelle interpellation en 2018, le médecin avait accepté – après des mois de refus – de signer une contre-expertise réfutant ses premières conclusions. Cependant, lors de la dernière audition d’extradition tenue le mois dernier, il a témoigné contre celles de plusieurs experts médicaux qui l’avaient estimé mentalement apte, réaffirmant qu’elle était trop malade pour être renvoyée en Australie.

Il est difficile de dire pour le moment s’il s’agit de l’expert sur lequel Litzman aurait fait pression pour empêcher l’extradition, mais il s’avère que le psychiatre avait été désigné par le vice-ministre à la Santé.

Le bureau du vice-ministre a émis un communiqué affirmant que Litzman était « certain de son innocence » et qu’il continuerait à coopérer à l’enquête.

A la demande de l’avocat de la pédophile présumée, un juge de la cour de district de Jérusalem a accepté d’organiser une audience de libération sous caution mardi. Son avocat, Fried, a déclaré que le temps passé en prison par sa cliente avait entraîné une plus importante détérioration de son état psychologique et qu’elle devait être assignée à domicile pendant la durée des procédures.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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