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Analyse

Macron soutient Lapid sans changer ses positions sur l’Iran ou les Palestiniens

Amis de longue date, Macron a su maintenir ses positions tout en offrant son soutien au Premier ministre israélien : "Vous avez l'étoffe de quelqu'un qui peut relever ce défi"

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, embrasse le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Elysée à Paris, France, le 5 juillet 2022. (Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, embrasse le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Elysée à Paris, France, le 5 juillet 2022. (Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)

À première vue, Yair Lapid aurait dû avoir la tâche facile à l’issue de son premier voyage à l’étranger en tant que Premier ministre.

Il s’agissait d’un voyage d’une journée à Paris pour rencontrer son ami proche, le président français Emmanuel Macron. Cela aurait dû être pour lui un rebond.

Lapid et Macron entretiennent des relations chaleureuses qui remontent à avant que l’un ou l’autre n’occupe un poste de haut dirigeant. Lapid a pris la rare décision de soutenir Macron lors de l’élection présidentielle de 2017, et Macron a semblé lui rendre la pareille en l’accueillant à l’Élysée quatre jours seulement avant les élections d’avril 2019 en Israël. Fin novembre 2021, Lapid s’est rendu à Paris et a rencontré Macron à l’issue d’un voyage de trois jours en Europe.

Et en tant que ministre des Affaires étrangères, Lapid a mis un point d’honneur à améliorer les relations entre Israël et la France.

De plus, les deux leaders centristes se trouvent dans des situations politiques similaires – l’alliance de Macron a perdu sa majorité parlementaire lors des élections de juin, et doit maintenant bricoler des coalitions ad hoc pour faire passer des lois. Lapid est à la tête d’une coalition effondrée pour les mois à venir, et devra probablement mettre en place une autre alliance idéologiquement large après les élections de novembre s’il souhaite rester au pouvoir.

En outre, Macron semble vouloir modifier la relation de la France avec Israël, qui a vu Paris prendre la tête du bloc européen qui s’est avéré très critique envers l’État juif. L’envoyé de la France en Israël, Eric Danon, a déclaré à des parlementaires français en visite en juillet dernier que Macron avait l’intention de réinitialiser les relations avec Israël s’il était réélu en 2022, selon une source diplomatique au fait de la réunion.

Le président Isaac Herzog et l’ambassadeur de France Eric Danon lors d’une célébration de la prise de la Bastille, à Jaffa, 14 juillet 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Et il a été réélu.

« Il veut créer un véritable changement de paradigme, dans la façon dont la France voit la situation au Moyen-Orient », a déclaré Arie Bensemhoun, PDG d’ELNET France, une organisation qui cherche à renforcer les liens entre la France et Israël.

« Ce n’est pas une coïncidence si le Premier ministre Lapid a choisi la France comme lieu pour sa première visite officielle après être devenu Premier ministre », a déclaré Yaël German, l’envoyé d’Israël en France, au Times of Israel. « Cela symbolise la relation stratégique et l’amitié particulière entre Israël et la France, ainsi que l’amitié personnelle entre le Premier ministre Lapid et le président Macron. Je suis sûr que ces liens et cette amitié permettront de renforcer les liens entre les pays et de mettre en place une coopération fructueuse dans tous les domaines. »

Le numéro 2 du parti Kahol Lavan, Yair Lapid, rencontre le président français Emmanuel Macron à Paris, le 5 avril 2019. (Crédit : Capture d’écran Facebook)

Il y a eu des accords sur les mesures que la France était prête à prendre pour s’assurer que des progrès soient réalisés sur l’avancée d’un accord sur la frontière maritime entre Israël et le Liban, ont indiqué des sources.

Mais les circonstances limitent drastiquement ce que Lapid et Macron peuvent réaliser en ce moment. En premier lieu, il y a l’agitation politique actuelle en Israël.

« Macron est très disposé à rétablir les relations avec Israël », a déclaré Emmanuel Navon de l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité. « Mais pour l’instant, c’est un gouvernement de transition, et personne ne sait qui sera au pouvoir dans quatre mois. »

Cette personne pourrait bien être Benjamin Netanyahu, dans une coalition qui comprendrait le législateur d’extrême droite Bezalel Smotrich et le député d’extrême droite Itamar Ben-Gvir comme ministres. Les deux hommes ont soutenu des positions qui dépasseraient probablement celles du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, qu’Israël boycotte.

Le leader du parti Sionisme religieux, Bezalel Smotrich, et le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu. (Autorisation)

Au-delà de l’orientation d’une éventuelle coalition dirigée par Netanyahu, l’animosité demeure entre Netanyahu et la France au sujet de la stratégie de l’ancien Premier ministre israélien visant à opposer les pays d’Europe centrale pro-Israël au reste de l’UE.

« Il y a vraiment un fossé entre les déclarations positives et bienvenues d’hier et le fait qu’elles pourraient ne plus être pertinentes dans quatre mois », a expliqué Navon.

Il existe également de sérieuses différences politiques qui ne sont pas prêtes de disparaître.

Alors que Lapid a appelé le monde à réagir aux violations iraniennes dans sa déclaration à côté de Macron à l’Elysée, son ami a qualifié l’accord de « bon accord » qui doit être défendu.

C’était une autre indication que la position de la France sur l’accord iranien n’est pas quelque chose que Lapid pourra modifier, malgré toute l’amitié de Macron.

Le Premier ministre Yaïr Lapid avec le Président français Emmanuel Macron au Palais de l’Elysée à Paris, le 5 juillet 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

« Nous pouvons crier toute la journée jusqu’à ce que nous en étouffer », a déclaré Navon, « mais tout le monde s’en fiche. Si les Européens et les Américains pensent qu’il y a peut-être une chance de sauver l’accord, ils le feront quoi qu’en dise Israël ».

Macron a également insisté publiquement auprès de Lapid pour que des progrès soient faits en vue « d’une solution à la question palestinienne qui réponde à la fois aux intérêts d’Israël en matière de sécurité et aux aspirations légitimes du peuple palestinien ».

Lapid, comme prévu, a évité la question palestinienne dans ses remarques publiques.

Mais l’insistance de Macron sur les Palestiniens était plus mesurée qu’il n’y paraît. Il a reconnu la difficulté de la question et a évité toute précision gênante sur la division de Jérusalem et le retour aux frontières d’avant 1967.

« Il n’a pas dit des choses qui ont mis les Israéliens mal à l’aise », a déclaré Bensemhoun. « Il a dit que nous devions aller de l’avant et entamer des négociations. Il a assuré le service minimum, comme on dit en français. »

Une photo montre un écran de télévision affichant un direct télévisé entre le président français et candidat du parti La République en Marche (LREM) à sa réélection Emmanuel Macron, à gauche, et la candidate à la présidence du parti d’extrême droite français Rassemblement national (RN) Marine Le Pen, à droite, le 20 avril 2020. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)

Il a également inclus dans sa déclaration sur les Palestiniens ce qui s’est avéré être son plus grand cadeau pour Lapid lors de cette visite.

Alors que le Premier ministre par intérim tente de convaincre suffisamment d’électeurs qu’il peut diriger le pays et former une coalition, Macron a dit au monde que Lapid pourrait être un leader historique.

« Vous avez l’étoffe de quelqu’un qui peut relever ce défi », a proclamé Macron, faisant référence à la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien.

Il a également évoqué « la nécessité de retrouver la stabilité dans la vie politique israélienne », une allusion possible à Netanyahu, qui tente pour la cinquième fois ces dernières années de rassembler une coalition durable.

Macron n’a pas manqué d’embrasser Lapid devant les caméras – bien que l’enthousiasme soit devenu quelque peu maladroit en pratique – et est entré dans le palais avec son bras autour de l’homme dont il espère clairement voir diriger Israël en 2023 et au-delà.

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