Mais que diable Netanyahu cherche-t-il ?
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Opinion'Le ridicule stupéfiant de la crise actuelle de la coalition en Israël'

Mais que diable Netanyahu cherche-t-il ?

Il ne manque pas de réels défis à la sécurité d'Israël et à notre bien-être à tous actuellement. Alors pourquoi autant d'acrobaties de la part du Premier ministre sur ce dossier mineur qu'est le radiodiffuseur d'état, allant jusqu'à brandir la menace de nouvelles élections ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Dan Balilty/Pool/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 19 février 2017. (Crédit : Dan Balilty/Pool/AFP)

Le journal Yedioth Ahronoth a publié mardi un dessin humoristique qui souligne puissamment le ridicule stupéfiant de la crise actuelle de la coalition en Israël. Il montre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara pétrifiés d’horreur sous une légende qui dit « Menace existentielle ».

A leur gauche, des missiles entrants, déployés par l’Iran, le Hezbollah et le Hamas. Mais ce ne sont pas ces menaces croissantes planant sur Israël qui sont à l’origine de l’inquiétude du couple Netanyahu ainsi caricaturé. La « menace existentielle » qui les fige, à leur droite, est une présentatrice de télévision nommée Geula Evan-Saar, lisant les informations nocturnes au nom de ce qu’on suppose être le nouveau radiodiffuseur d’état, dont le lancement est normalement prévu le 30 avril.

Netanyahu est en Chine cette semaine pour renouveler les relations avec une puissance mondiale déterminante. Samedi soir, quelques heures avant son départ, il a amorcé une crise au sein de la coalition en s’attaquant une nouvelle fois à l’affaire de la nouvelle corporation.

Il a ainsi posté sur Facebook qu’il avait « changé d’avis » et qu’il ne soutenait plus son établissement – en dépit du fait qu’il a lui-même voté la législation ayant décidé de sa mise en place – parce qu’il avait soudainement réalisé que des centaines d’employés du radiodiffuseur sortant, l’Autorité israélienne de radiodiffusion (IBA), perdraient leurs postes et que le nouveau service ne serait pas moins coûteux. Auquel cas, s’interrogeait-il plaintivement, « pourquoi établir une nouvelle corporation ? »

Si le ministre des Finances Moshe Kahlon n’abandonne pas le nouveau radiodiffuseur – aurait dit Netanyahu à certains de ses collègues ministériels du Likud les plus proches – il réclamera de nouvelles élections, deux ans à peine après les dernières (qui, au cas où vous l’auriez oublié, se sont tenues deux ans après les précédentes en raison du renvoi de deux ministres, Yair Lapid and Tzipi Livni, par Netanyahu en raison de leur déloyauté ostensible).

Dieu sait ce que le Premier ministre est prêt à faire. Tout comme – potentiellement – son épouse.

Les autres plus grands pontes israéliens en sont réduits à la spéculation. Parmi les théories :

1) Netanyahu veut humilier Kahlon, ancien ministre du Likud qui a eu la témérité d’abandonner sa formation pour monter son propre parti et qui pourrait bien un jour le défier au poste de Premier ministre.

Les sondages montrent que le parti Koulanou de Kahlon, qui détient actuellement 10 sièges à la Knesset, pourrait tomber à six fauteuils ou moins au Parlement si des élections avaient lieu aujourd’hui. Netanyahu le considère donc comme vulnérable.

Une caricature parue dans le quotidien  Yedioth Ahronoth mardi 21 mars 2017
Une caricature parue dans le quotidien Yedioth Ahronoth mardi 21 mars 2017

2) Netanyahu estime que de nouvelles élections compliqueraient son éventuelle inculpation par le procureur général dans un ou plusieurs des dossiers de corruption le concernant actuellement. La notion selon laquelle il serait plus difficile pour l’état d’engager des poursuites contre un Netanyahu nouvellement élu et fraîchement reconduit a été largement citée dans les médias hébreux cette semaine, même si cela semble toutefois peu probable.

De manière certaine, un recours à un nouveau scrutin, processus qui au niveau légal ne doit pas durer moins de trois mois, inciterait plutôt les procureurs de l’état à accélérer le cours de leurs enquêtes et à atteindre une conclusion définitive d’une manière ou d’une autre pour engager des poursuites avant que le pays ne se rende aux urnes.

3) Netanyahu est obsédé par l’idée d’optimiser son contrôle sur les médias en Israël, comme en témoigne sa discussions présumée sur un accord de compromis avec Arnon « Noni » Mozes, propriétaire de Yedioth Ahronoth, le tabloïd le plus vendu en Israël.

Selon les termes de cet accord présumé, Mozes aurait accepté de couvrir plus favorablement les actions de Netanyahu dans son journal si le Premier ministre parvenait à réduire la circulation du quotidien le plus lu au sein de l’état juif, le quotidien gratuit Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson et pro-Netanyahu jusqu’à en être servile (L’accord supposé entre Netanyahu et Mozes est au centre d’une des affaires de corruption impliquant le Premier ministre qui a toujours nié toute malversation).

Netanyahu est devenu de plus en plus critique des médias en public dans un style qui rappellerait Trump, et a récemment qualifié les enquêtes entremêlées qui le concernent de produits des « efforts gauchistes des médias bolcheviques de le faire inculper ». (Sont-ce les mêmes « médias gauchistes et bolcheviques » à qui revient la responsabilité de l’enquête, de la démission et de la condamnation finale qui a mené à l’emprisonnement de son prédécesseur Ehud Olmert, qui suivait un agenda de gauche lorsqu’il a été contraint à renoncer à ses fonctions ? Netanyahu ne l’a pas précisé).

Et il a reconnu que la nouvelle corporation de radiodiffusion sera férocement indépendante et qu’elle a embauché des administrateurs et des journalistes qui ne sont pas tous des acolytes de Netanyahu.

Gideon Saar, à gauche, ancien ministre de l'Intérieur du Likud, et la présentatrice Geula Even. (Crédit: Yoav Ari Dudkevitch/Moshe Shai/Flash90)
Gideon Saar, à gauche, ancien ministre de l’Intérieur du Likud, et la présentatrice Geula Even. (Crédit: Yoav Ari Dudkevitch/Moshe Shai/Flash90)

Dans cette théorie, le fait que la nouvelle corporation ait fait appel aux services de Geula Evan-Saar pour devenir sa présentatrice vedette des informations ne peut qu’avoir attisé la fureur de Netanyahu.

Evan-Saar est une présentatrice expérimentée et hautement respectée. Mais elle est également l’épouse de Gideon Saar, un autre ancien ministre du Likud qui s’est actuellement retiré de la politique mais que Netanyahu considère à juste titre comme un adversaire potentiel à son poste de Premier ministre.

4) Il y a une quatrième théorie, à laquelle personne n’accorde toutefois de crédibilité : Que Netanyahu en soit véritablement venu – même si c’est tardif – à penser que le démantèlement de l’IBA est une terrible erreur et que ses personnels méritent de conserver leur emploi.

Cette théorie est rejetée en partie parce que Netanyahu est, depuis longtemps, un critique amer de l’IBA dont l’orientation anti-israélienne ostensible a été une caractéristique centrale de ses propres publicités télévisuelles en amont des dernières élections, et en partie parce que si Netanyahu avait souhaité garder l’IBA, il lui aurait suffi de ne rien faire. Et il a au contraire supervisé la législation qui a mené à sa clôture.

Le ministre des Finance et le chef du parti Koulanou, Moshe Kahlon, lors de la réunion d'ouverture du ministère des Finances à Jérusalem, le 18 mai 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)
Le ministre des Finance et le chef du parti Koulanou, Moshe Kahlon, lors de la réunion d’ouverture du ministère des Finances à Jérusalem, le 18 mai 2015 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Et si vous suivez encore ce soap opera politique, vous avez mon admiration – et aussi ma commisération. De manière plus pertinente, on devrait offrir également notre commisération à tous les Israéliens.

Comme l’établit ce dessin humoristique de Yedioth, Israël, comme toujours, ne peut se payer le luxe d’entrer dans des combines politiques. Le Hamas creuse encore ses tunnels, le Hezbollah affine ses compétences militaires en Syrie et renforce ses arsenaux de missiles. La frontière syrienne s’échauffe. Les services de renseignements s’inquiètent d’attentats terroristes programmés par le Hamas pour Pâque. L’Iran est plus belliqueux que jamais, enhardi par l’accord sur le nucléaire et tente d’établir une présence plus affirmée que cela n’a jamais été le cas en Syrie… La liste est longue.

Au lieu de se concentrer en premier lieu sur ces problèmes véritablement critiques, Netanyahu fait de la destinée du radiodiffuseur d’état, que finalement peu de gens regardent ou même écoutent, l’alpha et l’omega de l’attention de sa coalition.

Il semblerait improbable que Netanyahu bénéficie d’un recours, encore une fois, à un scrutin anticipé. Yesh Atid, de Yair Lapid, enregistre de bons chiffres dans les sondages. Le parti Habayit Habeyudi de Naftali Bennett nourrit pour sa part une rancune amère après avoir été manipulé lors de la course au vote de 2015.

Le parti du Likud pourrait se retrouver affaibli, voire même manquer de sièges pour prendre la tête d’une nouvelle coalition. Mais on ne devrait jamais sous-estimer les talents politiques de Benjamin Netanyahu.

Mais ce sur quoi on doit de plus en plus s’interroger, toutefois, c’est de savoir quelles sont ses priorités.

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