Malgré les clivages, le cabinet devrait approuver le confinement dimanche
Rechercher

Malgré les clivages, le cabinet devrait approuver le confinement dimanche

Le ministre de la Santé a menacé de s'opposer aux changements aux restrictions strictes prévues pour les grandes fêtes - des restrictions condamnées par certains ministres

La police à un "point de contrôle"  sur la route 1 autour de Jérusalem le 9 avril 2020 pour vérifier que la population respecte les consignes du gouvernement sur le confinement afin de limiter la propagation du coronavirus. 
(Photo par Olivier Fitoussi/Flash90)
La police à un "point de contrôle" sur la route 1 autour de Jérusalem le 9 avril 2020 pour vérifier que la population respecte les consignes du gouvernement sur le confinement afin de limiter la propagation du coronavirus. (Photo par Olivier Fitoussi/Flash90)

Le gouvernement devrait se réunir dimanche pour approuver un plan de confinement national à phases multiples, malgré les objections exprimées ces derniers jours par plusieurs ministres – Yaakov Litzman, ministre du Logement et ex-ministre de la Santé, a annoncé sa démission pour cette raison ce dimanche – et en dépit de l’opposition des entrepreneurs, des commerçants et d’une grande partie de l’opinion publique israélienne.

Les niveaux d’infection au coronavirus continuent d’augmenter dans le pays et les responsables des hôpitaux ont averti que les personnels soignants étaient dépassés par l’ampleur de l’épidémie. Un rapport établi par l’armée, dimanche, confirme que la propagation du coronavirus continue à s’accélérer dans le pays à un niveau alarmant.

Selon ce rapport réalisé par un groupe de travail issu de l’administration des renseignements militaires, le virus circule actuellement plus rapidement que cela n’a jamais été le cas au cours des deux derniers mois – un rythme qui a encore gagné de la vitesse ce week-end.

Il note également que le taux de résultats positifs aux tests de dépistage au COVID-19 au sein de l’Etat juif – à environ 9 % – est l’un des plus élevés dans le monde, ce qui indique des taux d’infection importants dans tous les groupes de population du pays.

L’heure de la réunion du cabinet consacrée au futur confinement n’a pas été précisée. Le plan doit néanmoins être approuvé avant 23 heures, lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu partira pour les Etats-Unis pour y signer les accords de normalisation qui ont été conclus avec les Emirats arabes unis et Bahreïn.

Certains aspects du plan de confinement ont été approuvés de manière préliminaire par les ministres du dit « cabinet du coronavirus » jeudi – mais le soutien qui leur a été apporté n’a pas été unanime.

Le nouveau ministre du Logement et ancien ministre de la Santé Yaakov Litzman, lors de sa cérémonie d’investiture au ministère du Logement à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Olivier FitoussiFlash90)

Le ministère de la Santé propose de lancer le nouveau confinement national en date du 18 septembre à 6 heures – soit vendredi prochain – en faisant fermer les établissements scolaires le 16 septembre, selon de multiples informations qui ont filtré auprès des médias, qui en ont fait état samedi.

La première phase du confinement, qui devrait durer au moins deux semaines, prévoit de limiter les déplacements des Israéliens dans un périmètre de 500 mètres autour de leurs habitations. Ils pourront toutefois dépasser cette distance pour satisfaire des besoins essentiels, comme acheter des produits alimentaires et des médicaments.

Tous les magasins non-essentiels seront fermés au public, même s’ils pourront effectuer des livraisons. Les restaurants pourront assurer des services de vente à emporter et de livraison à domicile.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, gauche, préside une réunion d’urgence de ministres du cabinet pour décider des mesures à prendre pour endiguer la propagation du coronavirus, le 16 juillet 2020. (Chaim Tzach/GPO)

Les lieux de travail pourront opérer à hauteur de 30 % de leurs capacités ou accueillir 10 employés. Des exceptions seront néanmoins faites concernant certaines activités essentielles.

Selon la Douzième chaîne, la limitation à 500 mètres des déplacements des Israéliens autour de leurs habitations a été adoptée malgré l’opposition du responsable de la lutte contre le coronavirus au sein de l’Etat juif, le professeur Ronni Gamzu, qui l’a jugée non-nécessaire. Elle a toutefois été exigée par des responsables qui ont estimé qu’elle était psychologiquement indispensable pour établir clairement aux yeux du public que le quotidien n’allait pas se dérouler « comme d’habitude ».

Les prières publiques à l’occasion de Rosh HaShana et de Yom Kippour seront autorisées sous réserve de certaines restrictions qui doivent encore être finalisées, ont indiqué certains médias, mais le ministère aurait suggéré des groupes de prière réunissant 20 personnes dans les espaces en plein air. Dans les secteurs connaissant les taux d’infection les plus élevés, des prières en espace fermé seront autorisées en présence de dix personnes – le nombre de fidèles restant proportionnel à la taille du lieu accueillant la cérémonie.

Dans les autres secteurs, les prières en espace clos pourront accueillir jusqu’à 25 personnes – selon la taille de l’endroit accueillant le service.

Les évaluations du ministère des Finances laissent entendre que le coût, pour l’économie du pays, des fermetures pour les fêtes atteindra au moins un montant de 18 milliards de shekels, a noté la Douzième chaîne.

La deuxième phase du confinement devrait débuter aux environs du 1er octobre – sous réserve de ce qui se déroulera d’ici là – et devrait durer une quinzaine de jours. Elle correspondra à une période intermédiaire de « restrictions resserrées », au cours de laquelle les rassemblements en plein air, dans tout le pays, seront limités à 50 personnes et à 25 personnes en espace clos. Les déplacements entre les villes israéliennes seront interdits, et les activités de loisir et de plein air seront fermées. Les entreprises n’auront pas l’autorisation d’accueillir des clients et les bureaux ne pourront opérer qu’à une capacité de 30 à 50 %.

Une policière donne une amende à une femme pour non-port du masque à Jérusalem, le 24 juin 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Lors de la troisième phase – qui sera aussi la dernière – le gouvernement réimposera son plan de « signalisation » – qui se décline en rouge, vert et orange selon chaque ville et municipalité, en fonction du taux de morbidité local.

Alors que le pays doit faire face à son deuxième confinement national et que les politiques mises en œuvre par le gouvernement face à la pandémie sont largement perçues comme étant désordonnées, voire hasardeuses par moment, de nombreuses entreprises ont, ces derniers jours, juré de défier les ordonnances de fermeture, affirmant qu’elles ne pourront pas survivre à un nouveau confinement. Pour leur part, d’éminentes personnalités du monde des affaires ont averti Netanyahu vendredi qu’un deuxième confinement serait désastreux pour l’économie locale.

Selon des informations, des centaines – et peut-être des milliers – d’entrepreneurs refuseraient de baisser le rideau en cas de fermeture du pays, dans l’incapacité d’assumer le fardeau financier d’une nouvelle interruption de leurs activités. Ils ont dénoncé des promesses d’indemnisation inadaptées, expliquant qu’ils refuseraient de fermer leurs portes s’ils ne recevaient pas les aides gouvernementales de manière anticipée.

Même si le plan de confinement du ministère de la Santé devrait être adopté, il a été rejeté avec force par certains. Un ministre, qui a conservé l’anonymat, a déclaré samedi à une chaîne de télévision israélienne que le projet de fermeture était « dément » et d’autres ont promis de s’y opposer.

Les ministres qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat à la chaîne, samedi, ont indiqué qu’ils n’accepteraient pas d’approuver la proposition sous sa forme actuelle, fustigeant les dégâts causés par une telle fermeture à l’économie israélienne alors même que les chefs d’entreprise se révoltent contre le projet, menaçant de se rebeller contre les nouvelles restrictions.

Le ministre de l’Economie Amir Peretz et le ministre du Tourisme Asaf Zamir ont ouvertement fait savoir qu’ils s’opposeraient au plan. La présidente de la commission du Coronavirus à la Knesset a, pour sa part, noté qu’elle espérait qu’il serait abandonné.

Le ministre de l’Education, Yoav Gallant, a dit samedi qu’il était défavorable à la fermeture des écoles avant le lancement du confinement national, estimant qu’elle devait avoir lieu vendredi, journée de la mise en vigueur de toutes les autres mesures.

« Un système d’éducation fonctionnel est nécessaire pour tous les enfants et pour toutes les familles et il est une condition de base pour une économie de qualité », a-t-il déclaré.

La Treizième chaîne a fait savoir que des responsables du ministère des Finances et d’autres, au sein du gouvernement, œuvraient afin d’assouplir les mesures de manière significative. La chaîne a précisé que de nombreux politiciens et responsables de la santé avaient la certitude que les restrictions prévues seraient finalement revues à la baisse.

Sur cette photo du 28 mars 2020, un homme roule à vélo sur une route déserte lors d’un blocage de la circulation suite à des mesures visant à contenir la propagation du coronavirus, à Tel Aviv. (AP Photo/Oded Balilty)

De son côté, Yuli Edelstein, ministre de la Santé, a dit devant les caméras de la Douzième chaîne qu’il n’y « aura pas de négociations » sur le plan, ajoutant qu’il n’y avait actuellement aucune autre alternative et insistant sur le fait que conserver la nation ouverte pourrait avoir finalement des conséquences plus dramatiques qu’un nouveau confinement.

Le ministre de l’Intérieur, Aryeh Deri, a indiqué samedi au cours d’une allocution religieuse, prononcée devant un public ultra-orthodoxe, que ne pas adhérer aux ordonnances gouvernementales édictées pour Rosh HaShana et Yom Kippour s’apparenterait au meurtre. Il a vivement recommandé de ne pas recourir à des « ruses » pour défier l’interdiction des grands rassemblements dans un objectif festif.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Cette proposition est hautement controversée parmi les Israéliens. Les hôtels sont furieux de devoir annuler des réservations à quelques jours seulement des grandes fêtes, après avoir embauché du personnel et acheté des quantités énormes de produits alimentaires pour accueillir leurs clients.

Certains déplorent également le fait que le confinement vienne frapper le pays tout entier plutôt que de se concentrer exclusivement sur les « zones rouges » de contamination au COVID-19, décriant un manque de volonté politique alors que le gouvernement semble rechigner à singulariser les quartiers ultra-orthodoxes ou arabes qui, actuellement, présentent les taux de contagion les plus élevés dans le pays.

Par ailleurs, la Grande synagogue de Jérusalem a annoncé vendredi qu’elle serait fermée pour les fêtes – c’est la première fois depuis 1958, année où elle avait ouverte dans la synagogue Heichal Shlomo voisine avant de s’installer dans le bâtiment dans lequel elle se trouve encore aujourd’hui en 1982.

La synagogue avait été fermée depuis l’annonce du premier confinement au mois de mars, mais de nombreux fidèles avaient espéré qu’elle reste ouverte pour Rosh Hashana et pour Yom Kippur — qui sont normalement l’occasion des services les plus importants et les plus suivis de l’année.

« Nous espérions des cieux plus cléments », a noté la synagogue dans un communiqué. « Nous avions de nombreuses raisons d’ouvrir et d’organiser les services d’une manière ou d’une autre… Mais le facteur décisif a été la sûreté personnelle de chacun d’entre vous ».

La synagogue a expliqué sa décision en citant sa taille – elle peut accueillir plus de 2 000 fidèles – ainsi que la difficulté logistique représentée par les inspections individuelles de toutes les personnes entrant dans le lieu de culte et le respect des règles de distanciation sociale, en plus de l’incertitude et des changements constants survenant dans les instructions données par le gouvernement.

Le ministre de la Santé a fait savoir dimanche matin que 2 715 nouveaux cas avaient été confirmés dans toute la journée de samedi. Un chiffre inférieur aux derniers jours – qui ont été marqués par approximativement 4000 contaminations quotidiennes – mais une baisse qu’il faut probablement attribuer au nombre moins importants de tests pendant le week-end, le taux de positivité des résultats restant le même.

Le ministère a annoncé que 29 549 résultats de tests de dépistage étaient revenus samedi, après que ce nombre a atteint quotidiennement les 40 000 au cours des cinq derniers jours.

Le nombre total de cas confirmés depuis le début de la pandémie reste à 153 759 avec 38 008 cas actifs – une augmentation de presque 14 000 cas actifs pendant la semaine qui vient de s’achever, même en prenant en compte les personnes considérées comme guéries dans l’intervalle.

Le ministère a indiqué que 513 personnes se trouvaient dans un état grave – contre 495 samedi soir – avec notamment 139 personnes qui ont été placées sous respirateur. 206 sont dans un état modéré et les autres présentent une forme légère, voire asymptomatique de la maladie.

Il y a eu 1 108 décès consécutifs au coronavirus en Israël depuis le début de l’épidémie – soit cinq morts supplémentaires depuis le dernier bilan.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...