Mandelblit défend la police suite à l’enquête contre Netanyahu
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Mandelblit défend la police suite à l’enquête contre Netanyahu

Le procureur général a condamné des ‘reportages mensongers’ et a rejeté les accusations selon lesquelles la police était influencée par la politique

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d'une cérémonie à Jérusalem, le 26 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d'une cérémonie à Jérusalem, le 26 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Répondant à la critique publique concernant la conduite de la police dans les enquêtes du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le procureur général Avichai Mandelblit s’est livré à une défense passionnée des forces de police lundi, condamnant ceux qui « veulent affaiblir la confiance du public dans la primauté du droit ».

S’exprimant lors d’un événement à la Knesset en l’honneur de la police israélienne, Mandelblit a déclaré que les allégations portant sur une quelconque influence par des considérations politiques « n’avaient aucun fondement ».

« Malheureusement, la réalité n’est pas toujours représentée avec précision et équité dans la sphère publique, et nous avons parfois été témoins de tendances inquiétantes », a-t-il déclaré à quelque 200 hauts responsables de la police lors de l’événement.

« Récemment, nous avons vu diverses tentatives visant à suggérer que la police était influencée par des forces extérieures dans le cadre de son travail, ce qui porte atteinte à la confiance du public en elle et dans son travail », a accusé Mandelblit. « La police est extrêmement limitée dans sa capacité à répondre à de telles insinuations contre elle. Je rejette entièrement ces revendications qui n’ont aucune base. »

Ces derniers mois, Netanyahu a minimisé l’importance de futures recommandations de la police aux procureurs de l’Etat alors qu’il est inculpé dans deux enquêtes de corruption. Il a également critiqué le traitement des enquêtes par la police et suggéré que le commissaire de police Roni Alsheich était à l’origine de diverses fuites concernant les enquêtes.

Le chef de la police israélienne Roni Alsheich, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie de bienvenue en l’honneur d’Alsheich, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Miriam Alster / Flash90)

« Je voudrais féliciter le commissaire Alsheich et les policiers qui dirigent diverses unités de l’institution, y compris l’unité des enquêtes et du renseignement », a déclaré M. Mandelblit dans une référence évidente aux enquêtes menées par l’unité anti-corruption du Lahav 433.

« La police fait tout ce qu’elle peut afin de résoudre les crimes et traduire les criminels en justice. Elle travaille sans relâche pour le bien de la population, et ceci au-dessus de toute autre considération », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que « la confiance du public dans la police était l’un des facteurs les plus importants qui permettent de faire appliquer la loi. C’est la base morale pour l’application de l’État de droit. Nous devons préserver la confiance du public dans la police et empêcher les efforts visant à affaiblir la confiance du public dans la primauté du droit. »

Mandelblit avait déclaré la semaine dernière que les deux enquêtes concernant Netanyahu étaient sur le point de se conclure et a rejeté les rapports des médias affirmant qu’il les auraient manipulées.

Tous les samedis soirs depuis plus d’un an, des manifestations sont organisées devant la maison de Mandelblit à Petah Tikva, sous le prétexte qu’il bloquerait les avancées dans les enquêtes de corruption contre Netanyahu. Elles ont engendré des rassemblements anti-corruption beaucoup plus importants à Tel Aviv et à travers le pays.

Les enquêtes sur Netanyahu se poursuivent depuis plus d’un an. Dans la dénommée « affaire 1000 », Netanyahu et sa femme, Sara, sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne du producteur hollywoodien d’origine israélienne Arnon Milchan.

Dans l’Affaire 2000, Netanyahu est accusé d’être impliqué dans un accord présumé illégal avec Arnon Mozes, l’éditeur du journal Yedioth Ahronoth. En échange d’une couverture plus favorable du Yedioth, le Premier ministre aurait accepté d’affaiblir le quotidien rival Israel Hayom, dirigé par Sheldon Adelson.

Netanyahu a nié toute malversation dans les deux affaires.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à l’Affaire 3000, une vaste enquête de corruption présumée entourant l’achat de navires et de sous-marins pour plusieurs milliards de shekels à un constructeur naval allemand. Alors que Netanyahu n’a pas été désigné comme suspect, ses proches, y compris son avocat personnel, ont été arrêtés ou interrogés.

S’exprimant après Mandelblit, Alsheich, le chef de la police, qui a rejeté les attaques de Netanyahu à son encontre, a de nouveau défendu les enquêtes, affirmant que « seule une force de police fidèle à ses principes avait le droit d’exister ».

« La force du pays repose sur la force de sa police », a-t-il déclaré avec emphase.

S’exprimant également lors de l’événement, Yuli Edelstein, président de la Knesset, a exprimé son soutien à Alsheich et aux forces de police, tout en soulignant la nécessité de limiter les fuites dans les médias.

« L’intérêt suprême de l’Etat d’Israël est d’avoir une force de police indépendante et forte qui a confiance en elle-même et en qui nous faisons tous confiance », a déclaré Edelstein. « Nous croyons en nos forces de police et nous saluons les officiers. Lors de cet événement, je tiens à dire une chose : le travail de la police est mieux fait quand il est fait dans la tranquillité et avec humilité. »

En s’adressant à Alsheich, le président de la Knesset a ajouté : « Lorsque vous avez pris vos fonctions il y a deux ans, j’ai été très heureux de vous entendre dire que vous alliez faire la guerre au problème majeur des fuites. C’est une bataille très difficile et je vous demande de la poursuivre. »

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, lors d’un événement organisé par la Knesset en l’honneur de la police israélienne, le 5 janvier 2018 (Crédit :Yitzhak Harari / Knesset)

« Personne ne sait mieux que moi que les fuites n’existent pas seulement au sein de la police israélienne, mais il ne doit pas y avoir de lien direct entre les studios de télévision et les salles d’interrogatoire. Cela sape la confiance des citoyens israéliens dans la police israélienne et fragilise petit à petit leur objectivité, acquise avec beaucoup d’efforts », a-t-il dit.

La semaine dernière, Edelstein a été enregistré critiquant sévèrement les attaques de Netanyahu contre les médias et contre ses opposants politiques et avertissant que le parti au pouvoir, le Likud, pourrait subir un revers majeur aux prochaines élections.

Dans cet enregistrement d’une réunion privée diffusée par la radio publique Kan, on entend Edelstein affirmer : « Nous nous retrouverons dans l’opposition si les choses continuent ainsi. »

« Le Likud fait face à un problème très sérieux », a-t-il dit, ajoutant qu’il « serait heureux si environ la moitié des députés rentraient chez eux ».

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